Gaber Asfour, ancien ministre égyptien de la Culture : Sans réforme du discours religieux, nous aurons l’Etat islamique dans tous nos quartiers

Gaber Asfour (Source : madamasr.com)

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Dans une récente interview télévisée, Gaber Asfour, ancien ministre de la Culture égyptien, évoque la nécessité d’une réforme de la pensée et du discours religieux. « À moins d’un renouveau et d’une réforme du discours religieux, n’ayez aucun doute sur le fait que vous aurez des gens comme l’Etat islamique dans chaque quartier », dit-il dans l’interview diffusée sur Al-Arabiya le 23 juin 2015. Extraits :

Gaber Asfour : Concernant la réforme du discours religieux, je crois qu’il nous fallait un président comme Abd Al-Fattah Al-Sissi, qui se charge personnellement de cette tâche, car cette question est, somme toute, une affaire de sécurité nationale.

Journaliste : De sécurité nationale ? Comment cela ?

Gaber Asfour : Oui. Je vais vous expliquer. À moins d’un renouveau et d’une réforme du discours religieux, n’ayez aucun doute sur le fait que vous aurez des gens comme l’EI dans chaque quartier. C’est une affaire de sécurité nationale. C’est une menace pour le pays. Observez bien les pays arabes. Prenez votre voisin le plus proche, la Libye. Que lui est-il arrivé ? Qu’est-il arrivé à la Syrie ? A l’Irak ? Tout ce qui s’est passé est le résultat d’une déviance dans la pensée religieuse. Cette déviance débute avec le cerveau, qui donne des ordres à la main, qui à son tour, commet des meurtres et des actes terroristes, d’abord par l’épée pour finir par des bombes.

[...]

Al-Azhar a moins d’influence sur le prétendu discours religieux que l’ensemble des institutions religieuses.

Journaliste : Mais c’est d’Al-Azhar que, paraît-il, sortent les prédicateurs modérés.

Gaber Asfour : C’est vrai. Cependant, les prédicateurs réformistes diplômés d’Al-Azhar se font de plus en plus rares. Deuxièmement, les prédicateurs qui n’adhèrent pas à Al-Azhar, mais plutôt à toutes sortes de groupes salafistes, sont plus nombreux que les prédicateurs d’Al-Azhar. Par conséquent, Al-Azhar n’a pas cette influence que lui prêtions. Je crois que le discours salafiste a beaucoup plus d’influence qu’Al-Azhar.

Journaliste : Au sein d’Al-Azhar ?

Gaber Asfour : Non, en Egypte en général.

[...]

Je dis toujours que la question du discours religieux est finalement une affaire de culture. Le discours religieux fait partie du discours culturel général. Tant que le discours culturel général sera rétrograde, il est normal que le discours religieux le soit aussi. La vie se renouvelant constamment, les pouvoirs religieux devraient également se renouveler. Les pouvoirs religieux sont l’effet, et [la vie] est la cause. Si la cause change, l’effet doit suivre et s’adapter. Prenez par exemple la question des femmes qui deviennent juges.

[...]

Les femmes de notre époque sont tout à fait différentes de celles de l’époque de la naissance des écoles de droit islamique Shafi, Maliki et Hanbal. Cela devrait être pris en considération quand vous débattez sur le droit des femmes à devenir juges. Les décisionnaires l’ont dit dans plusieurs pays arabes et ont autorisé les femmes à devenir juges. Le résultat est qu’il y a des femmes juges dans de nombreux pays arabes, mais pas en Egypte. N’est-ce pas décevant ? On a des femmes juges au Soudan, en Tunisie, en Algérie et, je crois, en Libye, mais elles ne peuvent devenir juges en Egypte, qui est la tête du monde arabe. N’est-ce pas décevant ?

http://www.memri.fr/2015/06/30/gaber-asfour-ancien-ministre-egyptien-de-la-culture-sans-reforme-du-discours-religieux-nous-aurons-letat-islamique-dans-tous-nos-quartiers/

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