L'horreur, au-delà des mots. La peine, sans consolation possible. Et maintenant, le soulagement... L'horreur s'éloigne, qui a glacé d'effroi tout un pays. Son souvenir demeure: il restera dans les mémoires pendant longtemps. La peine est toujours là: pour les familles des victimes, pour la communauté juive, pour les armées, et pour l'ensemble des Français, blessés dans leur coeur par cette abominable sauvagerie.

Le soulagement s'installe: il est incontestablement à inscrire à l'actif des services de police et du gouvernement. L'assassin d'enfants a été mis hors d'état de nuire. Nicolas Sarkozy, candidat de la «France forte», ne pouvait faire plus belle démonstration de sa capacité à protéger les Français.

Mais ce soulagement serait illusoire, et de courte durée, si nous ne tirions pas, collectivement, toutes les leçons d'une tragédie dont la charge émotionnelle est loin d'épuiser la signification. Si dérangeante soit-elle, il ne sera plus possible, désormais, de nier la réalité. Sur le visage anonyme du mal absolu - celui d'un homme capable, parce qu'elle était juive, de tirer de sang-froid une balle dans la tête d'une fillette de 7 ans! -, les Français peuvent maintenant mettre un nom: celui de Mohammed Merah, Français d'origine algérienne, délinquant multirécidiviste, récupéré par l'islamisme, embrigadé en Afghanistan, dont le parcours criminel correspond point par point à celui dessiné par les experts, les responsables des services de sécurité et les quelques esprits lucides qui nous alertent - en vain - depuis des années.

Ahurissant aveuglement! Que nous disait-on, mardi encore? Que le bras de l'assassin - néonazi, forcément néonazi - avait été armé par une petite phrase de Jean-Marie Le Pen.

 Que sa folie meurtrière «s'enracinait» dans une politique qui fait «flamber les passions».

 Mais voilà: n'en déplaise à Jean-Luc Mélenchon, Mohammed Merah n'a pas puisé son inspiration dans les oeuvres complètes de Robert Brasillach!

Quoi qu'en pense François Bayrou, il n'a pas médité dans les montagnes de l'Afghanistan les discours prononcés par Nicolas Sarkozy !

C'est l'évidence: tous ceux qui - pour des motifs électoraux bien trop clairs - ont jugé bon de rompre le climat d'unité nationale que nos responsables politiques, dans leur ensemble, ont su imposer, ne sortent pas grandis de cette affaire.

Mais c'est toute notre société que cette cécité volontaire interroge. Les manipulations de Carpentras n'auraient donc servi à rien? Et l'attentat de la rue Copernic? Et la fusillade de la rue des Rosiers? Et le martyre d'Ilan Halimi?

Mais combien de temps faudra-t-il avant que nos bons esprits admettent que cet antisémistime, qui effectivement renaît, doit moins aux vieux démons européens qu'au conflit moyen-oriental et à l'islamisme qui s'en repaît?

 Bien sûr, on ne le répétera jamais assez, l'immense majorité des musulmans français ne souhaitent qu'une chose: pratiquer pacifiquement et tranquillement leur religion, dans le respect des lois de la République.

Bien sûr, il est capital de ne pas couvrir d'un injuste opprobre ceux qui ne le méritent en rien. Mais à force de dénoncer sur tous les tons, préventivement, et pour solde de tout compte, les dangers de «l'amalgame» et de la «stigmatisation», nous finissons par nous interdir de voir - et, plus grave, de traiter - les symptômes d'une inquiétante réalité. Oui, l'islamisme existe.

Oui, il existe en France, comme dans le reste du monde, des groupes violents qui haïssent indistinctement les juifs et les chrétiens, mais aussi les musulmans qui ne partagent pas leur idéologie barbare.

Oui, il y a dans nos banlieues, dans nos mosquées, dans nos prisons, des «religieux» qui prêchent la haine de la France et de l'Occident.

Oui, il existe des caches d'armes, des sergents recruteurs et des camps d'entraînement en Afghanistan.

Oui, ce terrorisme islamiste «s'enracine» bien dans une réalité sociale: celle d'un islamisme politique, radical, intolérant, indifférent à la légalité, dont il importe de circonscrire au plus vite les revendications si l'on ne veut pas qu'il fasse chaque jour davantage d'émules.

Mais quel scandale à gauche, aujourd'hui, quand on s'y attaque!

Quel tumulte, quand Jeannette Bougrab s'avise de dire qu'il «n'y a pas de charia light!»

Quelle émotion, côté socialiste, quand Brice Hortefeux proscrit le port de la burqa!

Quel trouble, chez nos belles âmes, lorsque Claude Guéant fait respecter l'interdiction de la prière dans la rue! L'islam? Moins on en parle, mieux on se porte: surtout, ne pas «stigmatiser». Les multirécidivistes (Merah avait 15 condamnations à son actif)?    

Avec eux, il faut moins de sévérité! Les polices municipales? Il faut les désarmer! Intenable. Mauvaise nouvelle pour François Hollande: après Toulouse, le ton - et les thèmes - de la campagne vont changer.

 

 

http://www.lefigaro.fr/lefigaromagazine/2012/03/22/01006-20120322ARTFIG00873-apres-toulouse.php

Retour à l'accueil