Le 17 mars 2013, Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) a émis une déclaration sur les principaux forums djihadistes dans laquelle il appelle d´urgence à un renfort, y compris en hommes et en équipement, pour pouvoir poursuivre sa lutte contre la France dans le nord du Mali, et contre les apostats (le gouvernement algérien) au nord de l´Algérie.

Dans sa publication, AQMI exhorte également les hommes musulmans, en particulier de Tunisie, de peser soigneusement leur décision de faire la hijra (émigration), phénomène qui pourrait finir par vider leurs pays des forces nécessaires pour combattre les partisans de la laïcité.

 La déclaration d´AQMI comprend deux messages principaux.

 Le premier message : les hommes musulmans doivent se familiariser, en dépit du texte très bref présenté par AQMI sur la question, avec les exigences et les règles des différentes écoles de jurisprudence islamiques portant sur la hijra. Il convient de noter que la hijra à laquelle se réfère AQMI est exclusivement celle d´un musulman qui se trouve dans le dar al-kufr (demeure de la mécréance) et veut rejoindre le dar al-islam (demeure de l´islam). Si AQMI ne précise pas quels sont les pays qui entrent dans la catégorie des demeures de mécréance, il est aisé de déduire de son avertissement que la hijra ne doit pas se faire sans remplir certaines conditions.

La raison pour laquelle AQMI présente des conditions à la hijra est évoquée dans la suite du communiqué. En citant les règles relatives à la hijra, AQMI veut mettre fin aux "illusions" des hommes musulmans convaincus que la hijra de la demeure de mécréance à la demeure de l´islam est toujours une obligation. Au contraire, AQMI appelle les hommes musulmans à mettre sur la balance le masalih et le mafasid (les circonstances bénéfiques versus les circonstances nuisibles) dans leur prise de décision. En outre, AQMI précise que cette évaluation ne doit pas se baser sur des décisions personnelles, mais doit être effectuée par l´homme musulman sous les directives leadership djihadiste, qui possède la da´wa et l´expérience de la vie. Par conséquent, AQMI conseille aux hommes musulmans, de Tunisie en particulier et du Maghreb islamique en général, de suivre une certaine discipline, et d´éviter toute "improvisation" dans leurs actions, afin qu´elles soient profitables à leur oumma et aux moudjahidines.

AQMI met également en garde les hommes musulmans du risque de "vider l´arène" de leur présence, phénomène qui pourrait être exploité par les partisans de la laïcité et les sympathisants occidentaux dans leurs pays respectifs. Le second message d´AQMI appelle les hommes du Maghreb islamique, en particulier de Tunisie, qui sont persécutés par les autorités locales, ou dont la hijra a été jugée favorable, à rejoindre le mouvement. AQMI reconnaît être soumis à une grande pression dans sa lutte contre la "campagne des croisés" des Français dans le nord du Mali. Et affirme que sa branche nord, qui opère dans la région de Kabylie en Algérie, nécessite un renfort en hommes et en équipement pour affronter les apostats étrangers - allusion au gouvernement algérien et au soutien français dont il bénéficie. Selon AQMI, le front du Maghreb islamique appelle aujourd´hui à un renfort d´hommes tunisiens, marocains, libyens et mauritaniens, et la hijra vers ce front est devenue primordiale suite à l´offensive contre les musulmans, doublée de la pénurie d´hommes sur ce front.

Fait intéressant, AQMI conclut sa déclaration en avertissant les musulmans, en particulier ceux impliqués dans le djihad et la hijra, que la France, avec la collaboration des autorités locales, a pour objectif de "vider les pays du Maghreb islamique de leur potentiel djihadiste" en facilitant les déplacements des hommes musulmans vers d´autres fronts djihadistes que celui du Maghreb islamique (le nord du Mali). Il est à noter que la déclaration d´AQMI, qui enjoint les hommes tunisiens à suivre les conseils du "leadership djihadiste" de ne pas déserter la scène tunisienne, et émet l´idée que la France et les gouvernements locaux sont directement ou indirectement impliqués dans la facilitation du déplacement des hommes tunisiens vers d´autres fronts djihadistes, est dans la mouvance des récentes allégations similaires du cheikh Abou Iyadh Al-Tunisi, leader des Ansar Al-Sharia en Tunisie (AST).

Ce dernier, qui a fait une apparition dans une interview le 5 février 2013, avait appelé les hommes tunisiens à s´abstenir de rejoindre la Syrie pour le djihad, ajoutant que le front se suffit à lui-même. Abou Iyadh a également appelé les hommes tunisiens à rester dans le pays pour lutter contre la tentative des laïcs d´exploiter le vide créé par leur départ.

 

 [1] Pourtant, un grand nombre d´hommes tunisiens auraient rejoint les divers groupes d´opposition en Syrie. Note : [1] Voir MEMRI JTTM Report In Interview, Leader Of Ansar Al-Shari´a In Tunisia Defends Recent Gas Facility Attack In Algeria, Warns Tunisia Authorities Not To Assist France In Mali, 7 février 2013.

 

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