Islamabad (Agence Fides) – Les manuels scolaires utilisés dans les écoles publiques et privées au Pakistan enseignent aux enfants pakistanais l’intolérance envers les minorités religieuses non musulmanes : c’est ce que révèle une étude, la première du genre, conduite par la Commission américaine sur la religieuse au niveau international (United States Commission on International Religious Freedom, USCIRF) et présenté aujourd’hui à Washington. Dans le texte du Rapport, envoyé à l’Agence Fides, la Commission, organisme indépendant et transversal du point de vue politique de l’administration fédérale américaine, indique le système scolaire comme la racine du radicalisme islamique diffus et aide à expliquer pourquoi le militantisme intégriste est souvent soutenu, toléré et justifié dans le pays.
L’étude, intitulée « Connecting the dots: education and religious discrimination in Pakistan », a examiné plus de 100 manuels des classes équivalentes à celles de l’école primaire et des collèges français dans quatre provinces du Pakistan. En février 2011, les chercheurs chargés de cette étude ont visité 37 écoles publiques interrogeant 277 élèves et enseignants ainsi que 19 medersas (écoles islamiques) dans lesquelles ils ont interrogé 226 élèves et enseignants.
« Les membres des minorités religieuses sont souvent décrits comme des citoyens inférieurs ou de seconde catégorie auxquels des droits et des privilèges ont été concédés par de généreux musulmans pakistanais et qui devraient donc leur être reconnaissants » affirme le rapport. « Les hindous sont à plusieurs reprise décrits comme des extrémistes et des ennemis éternels de l’islam » : leur culture et leur société « se base sur l’injustice et sur la cruauté alors que l’islam offre un message de paix et de fraternité, concepts retenus étrangers à l’hindouisme » poursuit l’étude. Les manuels scolaires contiennent également un certain nombre de références spécifiques concernant les chrétiens « qui sont généralement négatives, donnant un cadre incomplet de la plus importante minorité religieuse du Pakistan » indique le rapport remarquant que les minorités religieuses hindoue (1% de la population du Pakistan) et chrétienne (3%) mais aussi sikh et bouddhiste sont systématiquement présentées de manière négative.
Les manuels évitent les références au rôle joué par les hindous, les sikhs et les chrétiens dans la vie culturelle, militaire et civile du Pakistan. Dans la majorité des cas, « le révisionnisme historique semble conçu pour disculper ou glorifier la civilisation islamique ou pour dénigrer la civilisation des minorités religieuses » explique le rapport, suggérant des changements urgents « afin de présenter une histoire libre d’affirmations fausses ou infondées qui transmettent des préjudices religieux ».
Les textes promeuvent également l’idée selon laquelle « l’identité islamique du Pakistan est constamment menacée », sachant que « les forces anti-islamiques cherchent à mettre fin à la domination islamique sur le monde » ainsi que l’on peut le lire dans un manuel d’Etudes sociales utilisé dans la classe équivalente au CM2 français au sein de la province du Punjab.
De tels textes et enseignements islamiques se trouvent dans les manuels obligatoires et non pas seulement dans les manuels religieux, ce qui signifie qu’au Pakistan, les chrétiens, les hindous et les élèves appartenant à d’autres minorités sont endoctrinés sur la base d’enseignements à contenu islamique : un fait qui viole la Constitution du Pakistan qui affirme que les élèves ne sont pas tenus de recevoir une instruction dans une religion différente de la leur.
Les enseignants constituent eux aussi un problème. Selon l’étude, plus de la moitié des enseignants de l’enseignement public reconnaissent le droit à la citoyenneté des minorités religieuses mais la majorité estime que les minorités religieuses ne doivent pas se voir concéder l’accès à des positions de pouvoir « afin de protéger le Pakistan et les fidèles musulmans ». En outre, 80% des enseignants estime que leurs confrères non musulmans sont des « ennemis de l’islam ». (PA) (Agence Fides 09/11/2011)

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