Au Bangladesh, Aminul Islam, leader syndical, a été retrouvé mort, vendredi 6 avril, sur le bord d'une route. Un assassinat politique qui intervient dans des circonstances troubles.

 

DR: Worker Rights Consortium

 

Quelques semaines après avoir remporté un engagement majeur auprès du géant américain du textile, Phillips-Van Heusen afin d'améliorer les conditions de travail au sein de ses usines au Bangladesh, l’un des leaders du mouvement des travailleurs a été retrouvé mort, son corps mutilé, marqué par des traces de torture.

Aminul Islam, à la tête du Centre pour la solidarité des travailleurs du Bangladesh (BCWS) et de la Fédération des travailleurs de l’industrie et du textile de Bangladesh, a disparu du principal centre de confection d’Ashulia mercredi 4 avril après avoir fermé son bureau plus tôt que prévu.

Torturé puis abandonné le long d’une route

« Ses jambes sont recouvertes de graves marques de tortures faites par un objet tranchant. Tous ses orteils ont été brisés » a indiqué la police locale à l’AFP.

Le corps d’Aminul Islam a été découvert par la police le long d’une autoroute, dans la commune de Tangail, vendredi 6 avril. Non-identifié, son corps a ensuite été enterré dans un cimetière « d’État ». Ce n’est qu’une fois la parution de la photo de la dépouille dans un quotidien national, que le corps d’Aminul Islam a pu être reconnu par sa femme.

Le frère de la victime, Rafiqul Islam s’est alors chargé de l’identification du corps. Interrogé par le Daily Star, celui-ci a déclaré, « il est très clair qu’il est décédé à la suite de graves tortures. Les gens ordinaires ne peuvent pas battre un homme de cette façon. Ce sont forcément les forces de l’ordre qui sont responsables. »

Les forces de sécurité sont accusées

Pour Kalpona Akter, un responsable du BCWS, et proche d’Aminul Islam pour avoir été arrêté et emprisonné avec lui en 2010, à cause de leurs actions militantes, le constat est le même. Selon lui, les forces de sécurité du Bangladesh et les propriétaires d’industries du textile sont responsables de cet assassinat.

Aminul Islam, 40 ans, s’est battu pendant de nombreuses années pour convaincre les travailleurs de réclamer une hausse de leurs salaires et de meilleures conditions de travail, forçant l’un des pays dont la rémunération salariale figure parmi les plus faibles du monde, à augmenter le salaire minimum légal en 2010. Le mois dernier, le BCWS avait été au cœur d’une enquête de la chaîne ABC News sur les graves failles de l’industrie du textile au Bangladesh.

Le reportage de la chaîne d'informations s’est particulièrement concentré sur l’incendie d’une usine, qui a fait 29 victimes parmi les ouvriers, en 2011. Cet incident avait poussé le groupe Philips-Van Heusen à investir plus d’un million de dollars dans l’amélioration des conditions de travail et la sécurité des usines qui produisent des vêtements pour de grandes marques mondiales telles que Calvin Klein, Nautica, Kenneth Cole et Timberland.

Aminul Islam craignait pour sa sécurité

Un communiqué du Forum des droits internationaux des travailleurs indique qu’Aminul Islam s’était inquiété pour sa sécurité, quelques heures à peine avant sa disparition, alors qu’il venait de constater la présence d’une camionnette de la police pendant qu’il assistait à la prière du soir.

Aminul Islam avait déjà été victime d’actes de torture. Kalpona Akter confirme qu’en 2010, celui-ci avait été gravement violenté par des membres des Services de sécurité du Bangladesh.

« Ils l’ont interpellé au quartier général de l’agence, l’ont torturé, ont cassé un de ses orteils et l’ont emmené à Mymensingh d’où il est revenu miraculeusement vivant. »

Après avoir été exhumé, le corps d’Aminul Islam a été enterré, lundi 9 avril, dans le cimetière familial de Kaliakoir.

 

 

 

http://www.jolpress.com/article/bangladesh-aminul-islam-defenseur-des-droits-des-travailleurs-ete-assassine-torture-gouvernement-580332.html

Global Post / Adaptation Sybille de Larocque - JOL Press

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