Salim Mansur, professeur de sciences politiques à l'Université Western en Ontario, publie le premier d'une série d'articles sur l'immigration.

Canada-multiculturalisme
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Outre l’économie, l’une des questions les plus importantes pour le Canada, ainsi que pour d’autres démocraties occidentales libérales, est l’immigration.

Salim-mansur-nomCette question concerne tout le monde, et pourtant ce sujet jette un froid dans la conversation dès qu’il est soulevé en privé ou en public. Or il faut s’y intéresser et apprendre à parler de l’impact de l’immigration sur notre pays en tant que démocratie libérale, sans proférer des insultes.

Il est tenu pour acquis que les nombreux avantages nets à long terme de l’immigration dépassent largement tous les coûts à court et moyen terme. Remettre cette hypothèse en cause heurte les vues, transformées en idéologie, de ceux pour qui de hauts niveaux d’immigration sont une caractéristique essentielle du Canada.

L'immigration n'est pas seulement une question de chiffres, mais les chiffres sont très importants car avec le temps, ils changent le profil démographique d’un pays. Ce changement en amène d’autres, et quand on y ajoute la politique du multiculturalisme, les changements accumulés au fil du temps peuvent modifier en profondeur la culture d’un pays - pour le Canada, il s’agit de sa culture de démocratie libérale.

Le parlementaire britannique Enoch Powell avait prévenu, dans un discours public à Birmingham en 1968, qu’en matière d’immigration, les chiffres sont importants. Il a dit : « l’impact du nombre d’étrangers admis dans un pays ou au sein d’une population sera radicalement différent selon qu’on parle de 1 % ou de 10% ». Powell a été publiquement accusé d’attiser le sectarisme et ce discours a mis fin à sa carrière politique. Or quatre décennies plus tard, dans le sillage des attentats-suicides de juillet 2005 à Londres et des inquiétudes sur le « terrorisme domestique », plusieurs considèrent aujourd’hui que le discours de Powell était prophétique.

Les niveaux d’immigration ont beaucoup retenu l’attention des médias récemment. Une étude récente d’Irvin Studin publiée dans la revue en ligne Global Brief propose que « le Canada devienne un pays de 100 millions d’habitants », ce qui en fera l’un des pays les plus importants dans le monde. L’étude de Studin n'est pas une simple provocation. L’ancien ministre libéral Robert Kaplan s’est publiquement félicité des idées audacieuses de Studin et a conseillé aux membres de son parti d’intégrer cette vision dans leurs réflexions stratégiques.

Cette chronique ne permet pas d’examiner en profondeur la politique d’immigration. Je compte en discuter dans d’autres chroniques où, par-delà les chiffres, j’aborderai la sociologie de l’immigration dans un contexte historique et culturel.

 

 

Sources : Immigration isn’t just about numbers, par Salim Mansur, Toronto Sun, 6 janvier 2012. Extraits traduits par Poste de veille

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