hashmi s zDans le cadre du procès des Shafia qui se déroule à Kingston, Sikander Ziad Hashmi, imam à l’Islamic Society of Kingston a mis les lecteurs du National Post (6 décembre 2011) au défi de trouver un seul texte islamique reconnu qui endosse le meurtre d’un membre d’une famille au nom de l’honneur. Voici sa requête précise en traduction française et dans sa formulation originale anglaise :

(Traduction PdeB) «Je vous demande de me trouver un seul texte islamique classique qui endosse le meurtre d’un membre d’une famille pour préserver l’honneur. Ça n’existe tout simplement pas.»

(Version originale anglaise) "I ask you to find me one classical Islamic religious text that sanctions the murder of a family member to preserve honour. It just doesn’t exist."

Point de Bascule répond à la requête de l’imam en présentant non pas un mais deux textes islamiques qui proclament l’immunité du père qui tue son enfant. Les textes présentés n’imposent pas de motif particulier pour garantir l’immunité au père qui tue son enfant. Les crimes d’honneur sont donc couverts par l’exemption. Les deux textes furent présentés par PdeB il y a quelques semaines dans un article publié à l’occasion du début du procès des Shafia.

Un texte sunnite garantissant l’immunité du père qui tue son enfant

Le premier texte provient du manuel de charia Umdat al-Salik (sunnite). La section o1.2 énumère plusieurs situations pour lesquelles le meurtrier bénéficie de l’immunité. Le quatrième des cas cités concerne spécifiquement celui du parent qui tue son enfant :

(Traduction PdeB) «o1.2 Les personnes suivantes ne sont pas sujettes à des représailles :

  1. Un enfant ou une personne démente, quelques soient les circonstances (…);
  2. Un musulman qui tue un non-musulman;
  3. Un juif ou un chrétien vivant dans un État islamique qui tue un apostat de l’islam;
  4. Un père ou une mère (ou leurs pères et leurs mères) qui tuent leurs descendants ou les descendants de leurs descendants;
  5. (…).»

Ahmad ibn Naqid al-Misri (1302 - 1367), Umdat al-Salik (Reliance of the Traveller – La dépendance du voyageur), Beltsville (Maryland), Amana Publications, 1994, pp. 583-584

Une reproduction de l’extrait du livre est disponible ICI.

L’Umdat al-Salik est disponible sur le site internet de l’Université de Waterloo.

L’Umdat al-Salik est endossé par l’Université al-Azhar d’Égypte, l’un des principaux centres d’études de l’islam dans le monde sunnite et par l’International Institute of Islamic Thought (IIIT), une organisation d’exégètes associée aux Frères Musulmans basée aux États-Unis.

Il convient de souligner également que l’Islamic Society of Kingston (ISK) recommande sur son propre site internet à ses supporteurs qui désirent approfondir leur connaissance de l’islam de consulter le site de l’IIIT.

Voilà bel et bien la preuve que l’imam Hashmi a tenté de berner les lecteurs du National Post en dénaturant un principe de base de la charia.

isk iiit
http://www.kingstonmuslims.net/more_links.php

Un texte chiite garantissant l’immunité du père qui tue son enfant

Le second texte que nous avons sous la main et qui proclame l’immunité du père qui tue son enfant provient de l’ayatollah Khomeini (1902-1989), une autorité de l’islam chiite.

À la section 2.3 d’une annexe (Appendix II) jointe à son ouvrage A Clarification of Questions, l’ayatollah Khomeini mentionne spécifiquement que, pour être puni, le meurtrier ne doit pas être le père de la victime.

(Traduction PdeB) «Représailles (Ghasas)
2.Conditions pour l’exercice de représailles:

  1. (...);
  2. L’égalité dans la religion. Un musulman ne doit pas être l’objet de représailles s’il tue un infidèle, à moins que le musulman n’ait l’habitude de tuer les infidèles;
  3. Le tueur ne doit pas être le père de la personne tuée (ni son grand-père paternel);
  4. Raison et sagesse;
  5. Puberté;
  6. Qu’il ne mérite pas d’être tué d’après la religion, comme c’est le cas pour la légitime défense.

Ayatollah Khomeini (1902-1989), A Clarification of Questions, Westview Press, Boulder (Colorado), 1984, p. 429

Une reproduction de l’extrait du livre est disponible ICI.

D’autres éléments dignes de mention

La question des écrits islamiques étant réglé, voici d’autres éléments d’information qui illustrent l’attachement des islamistes à l’immunité des parents qui tuent leurs enfants ainsi qu’au concept d’honneur.

Jordanie

En 2009, la reine Rania de Jordanie appuya des groupes de femmes qui faisaient campagne pour que la loi du pays soit modifiée et pour que les hommes qui tuent leurs proches obtiennent autre chose que des peines symboliques. Rania dénonça la recrudescence des crimes d’honneur en Jordanie et dénonça le fait que de tels meurtres pouvaient être punis par des peines aussi légères que six mois de prison. À l’époque, le Front d’action islamique, une organisation associée aux Frères Musulmans, avait mobilisé ses militants et ses députés et réussit à empêcher que la loi ne soit modifiée.

The Age : Jordan's Queen joins fight for action on honour killings (La reine de Jordanie se joint à la campagne au sujet des crimes d’honneur)

Canada

En 2006, Mahmoud Ayoub, un expert musulman faisant partie du conseil des exégètes de l’International Institute of Islamic Thought (IIIT), a témoigné devant une cour canadienne en faveur d’un musulman qui avait déjà été condamné pour le meurtre de son épouse. Son témoignage visait à faire passer l’accusation retenue contre cet homme de meurtre au premier degré à meurtre sans préméditation (manslaughter). Une décision favorable aurait allégé la sentence du meurtrier.

À cette occasion, Ayoub fit valoir que «la culture islamique accorde une grande importance au concept d’honneur dans la famille» (R. vs Humaid - section 67).

Il a également déclaré que «plusieurs sociétés islamiques permettent aux hommes qui soupçonnent leur femme d’adultère de les punir et parfois même de les tuer» (Canwest / National Post, 10 novembre 2006 - Top court refuses to hear whether religion can be a murder defence).

Ayoub ne cherchait rien de moins que de faire reconnaître par les tribunaux canadiens des principes de charia incompatibles avec l’égalité des individus devant la loi. Le juge rejeta ses arguments.

L’affaire fut portée devant la Cour Suprême qui refusa d’entendre la cause.

Mahmoud Ayoub est le même expert musulman qui témoigna en faveur d’un lobby islamiste qui poursuivit le magazine Maclean’s pour avoir publié un article de Mark Steyn qui citait des leaders musulmans appelant à conquérir l’Occident par l’immigration et la natalité.

Références supplémentaires

Point de Bascule : Syrie - "Le crime d'honneur est basé sur la charia, et on ne peut pas la changer"

Point de Bascule : Procès des Shafia : Rappel sur les crimes d’honneur

Point de Bascule : Documentaire sur le crime d'honneur en Jordanie

 

Écrit par Point de Bascule on 09 Décembre 2011.

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