2014-09-18 15_07_26-‪The Koran _ Flickr - Photo Sharing!

Par : Y. Carmon, Y. Yehoshua et A. Leone *

Les séries d’atrocités commises par l’Etat islamique (EI, anciennement l’Etat islamique en Irak et au Levant – EIIL) ont détourné le débat de l’effort de compréhension requis du programme politique de cette organisation, créant la fausse impression qu’il s’agit juste d’une version aggravée d’Al-Qaïda. Selon cette approche, l’EI aurait pour objectif d’attaquer l’Occident par le biais de ses activistes étrangers détenteurs de passeports occidentaux, qui peuvent retourner dans leurs pays pour perpétrer des attentats. Il serait donc primordial de détruire sans plus attendre l’EI. Le roi d’Arabie saoudite Abdallah bin Abd Al-Aziz a défendu cette approche lorsqu’il a affirmé être convaincu que ces djihadistes « arriveront en Europe d’ici un mois et en Amérique d’ici deux mois ». [1]

Ce rapport tente de définir la doctrine de l’EI, sur la base des écrits et des discours officiels de ses dirigeants. Il montre que, contrairement à Al-Qaïda, l’EI accorde la priorité non pas au terrorisme mondial, mais à la création et au renforcement d’un État, et par conséquent, reporte la confrontation avec l’Occident à un stade ultérieur. En cela, il imite et réinstaure le modèle islamique ancien.

Contrairement à Al-Qaïda, l’EI accorde la priorité à la création d’un État

Si l’EI et les organisations djihadistes mondiales affiliées à Al-Qaïda partagent les mêmes croyances quant à la nécessité de mener le djihad pour Allah et d’établir un califat où régnera la loi islamique de la charia, leur ordre de priorités diffère. Tandis qu’Al-Qaïda met l’accent sur le djihad mondial, qui passe avant la proclamation du califat islamique tant attendu (voir la déclaration de djihad contre les croisés et les juifs d’Oussama ben Laden du 23 février 1998), l’EI accorde la priorité à la création et au renforcement de l’Etat de califat comme objectif immédiat et primordial [2]. Les dirigeants de l’EI font de cet objectif une question de survie [3], qui justifie les compromis, et notamment le report de la lutte contre l’Occident à une date ultérieure. En d’autres termes, la doctrine de l’EI sous Abu Bakr Al-Baghdadi reporte la confrontation avec l’Occident à plus tard pour se concentrer sur l’établissement du califat islamique dans la région [4]. Selon le magazine en anglais de l’EI, Dabiq, l’Etat islamique « est une merveille de l’histoire qui s’est produite uniquement pour paver la voie à al-Malhamah al-Kubra [la grande bataille contre les croisés de la fin des temps] ». [5]

En outre, la vision d’Al-Baghdadi d’un Etat islamique se calque sur l’histoire islamique ancienne et ne s’abaisse pas au niveau des débats contemporains sur la politique moyen-orientale. C’est pourquoi elle n’aborde les problèmes politiques tels que la lutte nationale palestinienne que de façon marginale, en reportant même le règlement à la fin des temps. [6]

Au stade actuel, l’EI se focalise sur le renforcement de sa domination dans les régions déjà conquises d’Irak et de Syrie et cherche à étendre son pouvoir dans ces pays, en commençant par les régions à majorité sunnite. L’étape suivante sera la conquête des pays musulmans voisins [8]. Le deuxième numéro de Dabiq cite un hadith du Prophète qui définit précisément l’ordre de priorités après la création de l’Etat : d’abord la conquête de l’Arabie saoudite, puis de l’Iran, et finalement de « Rome » [9] : « Vous envahirez la péninsule Arabique, et Allah vous permettra de la conquérir. Vous envahirez alors la Perse, et Allah vous permettra de la conquérir. Vous envahirez ensuite Rome, et Allah vous permettra de la conquérir. Puis vous combattrez le Dajjal, et Allah vous permettra de le conquérir ». Dans sa proclamation du califat, le porte-parole de l’EI, Abu Muhammad Al-Adnani, a déclaré que la région à partir de laquelle le califat se propagerait se trouve actuellement sous le pouvoir d’Al-Baghdadi, s’étendant « d’Alep à Diyala ». [11]

La lutte contre l’Occident à ce stade passe après les devoirs de hijra [immigration vers l’Etat du califat islamique] et de bayah [serment d'allégeance au calife], deux points essentiels de l’instauration du califat. Dans un message audio émis immédiatement après la proclamation du califat, Al-Baghdadi a déclaré aux musulmans dans le monde, y compris en Occident : « Quiconque parmi vous peut migrer vers l’Etat islamique doit le faire. La hijra vers Dar Al-Islam est obligatoire » [12].

Dans sa première apparition publique, lors de son sermon du vendredi à Mossoul, il a évoqué l’application de la charia comme « une obligation religieuse », éclipsant les appels au djihad mondial ou à attaquer l’Occident. Al-Adnani, dans sa proclamation du califat, tout comme Al-Baghdadi, dans son sermon de Mossoul, considèrent le califat comme une « obligation oubliée depuis des générations ». En cela, leur discours contraste, par exemple, avec celui de Muhammad Abd Al-Salam Faraj, illustre théoricien du mouvement du Djihad égyptien dans les années 1980, qui appelait le djihad (plutôt que la création d’un califat) « l’obligation oubliée ».

Dans son discours consécutif à la proclamation du califat, Al-Baghdadi a présenté sa vision du califat après la hijra. Il a affirmé : « Levez haut la tête, vous avez maintenant un Etat et un califat qui restaurent votre honneur, votre force, vos droits et votre souveraineté. L’Etat forme un lien fraternel entre les Arabes et les non-Arabes, les Blancs et Noirs, les Orientaux et Occidentaux. Le califat rassemble Caucasiens, Indiens, Chinois, Shamis, Irakiens, Yéménites, Egyptiens, Nord-Africains, Américains, Français, Allemands et Australiens… Ils sont tous dans la même tranchée, se défendant l’un l’autre, se protégeant l’un l’autre et se sacrifiant l’un pour l’autre. Leur sang se mêle sous un même drapeau [dans] un même objectif et dans un même camp… » [14]

Tandis que les publications d’Al-Qaïda en anglais, comme son magazine Inspire, abondent en incitations à la terreur, incluent des conseils pratiques et des informations professionnelles sur l’exécution d’attentats en Occident – en groupes organisés ou en « loup solitaire » – rien de tel n’apparaît dans les publications de l’EI ou dans les discours de ses dirigeants. Au contraire, les porte-parole de l’EI exhortent sans relâche les musulmans résidant en Occident à accomplir la hijra vers l’Etat islamique – qui manquerait d’experts et de personnel qualifié (médecins, ingénieurs, experts militaires, ecclésiastes et administrateurs) [15] – pour le renforcer et contribuer à sa réussite. L’ordre séquentiel est clair : la hijra est le sentier du djihad (notamment le djihad visant à préserver le califat naissant et ses frontières évolutives), et « l’Etat islamique passe avant Al-Malhama [la bataille contre les croisés] [16] ».Dabiq, rédigé en anglais à l’attention de lecteurs occidentaux, établit en outre : « Une vie de djihad sera impossible tant que vous n’aurez pas emballé pas vos affaires pour rejoindre le califat. » [17] Selon un autre article du même numéro, « la vie parmi les infidèles est éprouvante». [18]

Dans le même numéro de Dabiq, on peut lire : « Beaucoup de lecteurs s’interrogent probablement sur leurs obligations vis-à-vis du califat aujourd’hui. C’est pourquoi l’équipe deDabiq entend communiquer la position des dirigeants de l’État islamique sur cette importante question. La priorité est d’effectuer la hijra, d’où que vous soyez, vers l’État islamique, de darul-kufr à darul-Islam. Hâtez-vous de l’accomplir, tout comme Moussa (alayhis-salam) s’est hâté vers son Seigneur, en disant : « et je m’empressai vers Toi, mon Seigneur, pour Te satisfaire » [Taha : 84]. Précipitez-vous à l’ombre de l’Etat islamique avec vos parents, frères et sœurs, conjoints et enfants. Il y a des maisons ici pour vous et vos familles. Vous pouvez être un acteur majeur dans la libération de la Mecque, de Médine et d’Al-Qods. N’aimeriez-vous pas arriver au Jour du Jugement avec ces grands actes […] Enfin, si vous ne pouvez effectuer tout ce qui précède, pour des raisons qui ne dépendent pas de vous, Insh’Allah, vos intentions et votre croyance que l’État islamique est le califat de tous les musulmans suffiront à vous sauver de l’avertissement mentionné dans le hadith : « Celui qui meurt sans s’être lié par unbayah meurt d’une mort de jahiliyya’ [période pré-islamique]« .  [19]

En outre, la lutte pour créer l’État islamique inclut une confrontation majeure avec les organisations djihadistes rivales que l’EI entend démanteler et faire prêter allégeance au calife, ce qui repousse plus encore les étapes ultérieures du combat. Dans sa proclamation du califat, le porte-parole de l’EI, Al-Adnani, s’est adressé aux autres organisations en ces termes : « Maintenant que le califat est établi, la légitimité de vos groupes et organisations est nulle et non avenue. Ceux parmi vous qui avez foi en Allah ne peuvent passer même une seule nuit sans déclarer sa loyauté au calife. » Or la réponse à cet appel nécessite une série d’affrontements sanglants qui prolongeront la première étape de création du califat et retarderont encore le passage aux étapes deux et trois. Dabiq met à plusieurs reprises l’accent sur la lutte idéologique interne et l’illégitimité des organisations rivales, tournant en dérision ses dirigeants, dont le comportement, selon l’EI, dévie du véritable modèle islamique. Ce mépris n’épargne pas le chef d’Al-Qaïda, Ayman Al-Zawahiri, ni celui de Jabhat Al-Nusra, Abu-Muhammad Al-Joulani.

L’EI adresse même une critique indirecte au mouvement djihadiste mondial qui exhorte les musulmans occidentaux à rester chez eux et à mener des attentats là où ils se trouvent. Ainsi, dans le troisième numéro de Dabiq, on peut lire que quiconque demeure en Occident est un hypocrite qui aime les plaisirs illicites de la vie occidentale et se contente de surfer sur les forums djihadistes au lieu de participer à la préservation et la défense de l’Etat islamique. En outre, quiconque ne soutient pas l’Etat islamique lui-même fait semblant de s’associer au djihad : « Ceux qui s’associent faussement au djihad se détournent de l’État islamique, et déclarent même publiquement leur hostilité à son égard, concurrençant étrangement les croisés et les apostats. » [20]

La création d’un État est prioritaire, même au prix d’un compromis – Imitation de la stratégie de Mahomet

Dans son approche qui privilégie le renforcement de l’État islamique par rapport à la lutte généralisée contre les ennemis de l’islam, Al-Baghdadi imite le Prophète Mahomet, ultime modèle de l’islam. [21] Le Prophète, cruel dans la bataille – une cruauté imitée par l’EI – reporte les batailles avec ses ennemis et intègre des compromis et des accords tactiques dans sa politique, afin de reprendre des forces avant de reprendre l’action pour atteindre ses objectifs ultimes. [22] L’EI, qui gouverne depuis sa capitale officieuse Al-Raqqa en Syrie, adopte un comportement similaire, appliquant les lois de la charia tout en vendant du pétrole à l’Europe sur le marché noir.

Évaluation de la menace de l’Etat islamique pour l’Occident

L’idéologie, le discours et le comportement de l’EI révèlent que les attaques terroristes en Occident arrivent tout en bas de sa liste de priorités. Il est toutefois clair que, une fois l’ennemi proche et immédiat vaincu, le tour de l’Occident viendra. En outre, s’il est autorisé à appliquer sa stratégie par étapes, en atteignant la troisième étape, celle de la guerre contre l’Occident, l’État islamique ne mobilisera plus seulement quelques milliers de combattants dans des fourgonnettes. Au lieu de cela, il recourra à un large éventail de moyens militaires modernes, englobant peut-être des avions, des missiles guidés et des armes chimiques ou d’autres types d’armes de destruction massive. Par conséquent, le report de l’affrontement avec l’Occident sert les intérêts de l’EI plutôt que ceux de l’Occident (ce qui est précisément la raison pour laquelle il choisit de le reporter). [24]

En outre, si la menace terroriste en Occident ne fait pas partie de l’ordre du jour immédiat de l’EI, la menace portant sur les intérêts occidentaux au Moyen-Orient, par exemple dans les pays du Golfe, le Yémen et la Jordanie, se concrétise dès la deuxième étape, bien avant les batailles millénaristes.

Soulignons que, si le principe du report de l’affrontement avec l’Occident est solidement implanté, comme en témoignent les écrits et agissements de l’organisation, il ne peut être exclu que d’éventuels bouleversements, comme une attaque massive de la part de l’Occident, bousculeraient l’ordre des priorités de l’organisation et accéléreraient le conflit avec l’Occident. La stratégie occidentale consistant à étouffer l’État islamique dans l’œuf pourrait provoquer des contre-attaques non prévues par l’organisation au départ. L’Occident se retrouve face à un dilemme : l’inaction induit une menace à long terme, tandis qu’une action immédiate pourrait impliquer un lourd tribut qu’Al-Baghdadi n’avait pas prévu de faire payer à ce stade.

En effet, les parties qui auraient dû s’opposer au califat, prenant les dispositions nécessaires pour éviter une intervention occidentale, sont les Etats musulmans régionaux menacés par l’EI. Mais ces pays sont incapables d’agir seuls. Ils ont besoin des États-Unis pour former une coalition anti-EI, et même avec l’aide de l’Amérique et d’autres pays occidentaux, la tâche paraît ardue, comme en témoigne le refus de l’Egypte, de la Jordanie et de la Turquie de s’engager sur le terrain. [25]

* Y. Carmon est président de MEMRI ; Y. Yehoshua est vice-présidente à la recherche et directrice de MEMRI ; A. Leone est rédacteur à MEMRI.

Notes :

[1] Okaz (Arabie saoudite), 30 août 2014.

[2] En pratique, les idées d’Abu Bakr Al-Baghdadi sur la création de la République islamique lui viennent de ses prédécesseurs, notamment d’Abu Moussab Al-Zarkaoui. Les porte-parole de l’EI ont reconnu cette dette idéologique. Al-Zarqaoui a promis « la création d’un émirat islamique » de son vivant. Dans une interview, il a souligné les étapes que son organisation suivrait dans cette « entreprise politique » : « Nous éliminerons d’abord l’ennemi et établirons l’Etat islamique, ensuite, nous jaillirons de [cet Etat] pour conquérir les pays musulmans et y restaurer l’islam, et [enfin] nous combattrons les infidèles. » (Al-hesbah.org, 7 décembre 2006). Selon le premier numéro du magazine Dabiq en anglais, Al-Zarqaoui a pavé la voie à la création de l’Etat islamique.

Sous les successeurs d’Al-Zarqaoui, Abu Hamza Al-Muhajir et Abu Omar Al-Baghdadi, l’organisation a annoncé en octobre 2006 la création de « l’Etat islamique en Irak » (EII). Abu Omar a été proclamé « Amir al Muminin » (Commandant des Croyants, titre du souverain musulman), et d’autres hauts responsables ont été nommés « ministres ». Cependant, même s’il s’est proclamé « Etat » et a affublé ses dirigeants de ces titres, l’EII n’a pas « libéré » les territoires et n’a pas davantage établi d’institutions gouvernementales. Il a fonctionné comme une organisation terroriste agissant contre l’occupation américaine, et par la suite contre le régime irakien (à majorité chiite).

Abu Bakr Al-Baghdadi, qui a succédé à Abu Omar Al-Baghdadi en mai 2010, était plus charismatique qu’Abu Hamza et Abu Omar, et est entré en scène dans des circonstances beaucoup plus favorables à l’organisation. Les forces américaines qui avaient entravé l’activité de l’organisation étaient soient parties, soit sur le départ, laissant derrière elles l’instabilité. Cette instabilité a été aggravée par le Printemps arabe, qui a conduit à la guerre civile en Syrie. En outre, le Premier ministre irakien d’alors, Nouri Al-Maliki, a joué le jeu de l’organisation avec sa politique discriminatoire et répressive à l’égard des sunnites, et sa soumission à l’Iran.

En résumé, les aspirations des quatre dirigeants de l’organisation sont identiques, mais c’est Abu Bakr Al-Baghdadi qui a eu la chance de réaliser cette vision commune, avec sa forte personnalité et son charisme.

[3] Le deuxième numéro de Dabiq, « The Flood », déclare en page 5 : « C’est soit [établir] l’Etat islamique soit [être éliminé par] le déluge. »

[4] Notons que, dans les rares cas où, dans ses discours, Al-Baghdadi fait référence à l’Amérique et la menace, il le fait en réaction à autre chose : l’Amérique doit cesser d’attaquer l’islam. Voir son discours de janvier 2014 (Twitter.com/wa3tasimo 19 janvier 2014) et celui de juillet 2012 dans lequel il déclare que l’EI attaquera les Etats-Unis « immédiatement » (Shamikh1.info, 22 juillet 2012). Plus de deux ans se sont écoulés depuis.

[5] Dabiq3, p. 6.

[6] Dabiq 2 indique en page 4 : « Concernant les massacres qui ont lieu à Gaza contre les hommes, femmes et enfants musulmans, l’État islamique fera tout son possible pour continuer à frapper tous les apostats qui se dressent comme des obstacles sur son chemin vers la Palestine. Ce n’est pas l’habitude de l’État islamique de prononcer des paroles sèches, vides et hypocrites de condamnation et de condoléances, comme les Tawāghīt [tyrans] arabes le font à l’ONU et comme le fait la Ligue arabe. Au contraire, ses actes sont plus éloquents que ses paroles, et ce n’est qu’une question de temps avant qu’il n’atteigne la Palestine pour combattre les juifs barbares et tuer ceux d’entre eux qui se cachent derrière les arbres Gharqad – les arbres des juifs. » Notez qu’Al-Baghdadi a souligné qu’à ce stade, il combat les apostats qui l’empêchent d’atteindre la Palestine (à savoir les régimes arabes, plutôt qu’Israël). En outre, la référence aux arbres « Gharqad » situe clairement la confrontation avec les juifs au Jour du Jugement, selon le hadith bien connu : « Le Jour du Jugement ne viendra pas tant que les musulmans ne combattront pas les juifs et ne les tueront pas. Les juifs se cacheront derrière les pierres et les arbres, et les pierres et les arbres appelleront : ô musulman, ô serviteur d’Allah, il y a un juif derrière moi, viens et tue-le, sauf l’arbre Gharqad, l’arbre des juifs. »

Toutefois, à d’autres moments, l’EI se réfère aux Palestiniens comme faisant partie d’Al-Sham, qui sera libéré dans un proche avenir.

[7] Après la conquête de Mossoul en juin 2014, l’EI a averti que sa prochaine cible serait Bagdad. Pourtant, dans les faits, il n’a pas avancé en direction de la capitale, mais s’est étendu vers d’autres régions à majorité sunnite.

[8] Slogan de l’Etat islamique « dawlat al-islam baqiya » (« L’État islamique est là pour rester »), soulignant qu’il est éternel. Cette devise a été apparemment formulée le 17 avril 2007 par le précédent chef de l’organisation, Abu Omar Al-Baghdadi, et adoptée par Abu Bakr Al-Baghdadi, le 15 juin 2013. Le 19 août 2013, ce dernier a ajouté « dawlat al-islam baqiya watatamaddad » (« l’Etat islamique est là pour rester et s’étendra »), telle une nouvelle provocation destinée aux rivaux de l’organisation, annonçant que l’EI se propagera au-delà de l’Irak et de la Syrie, où il opère actuellement.

[9] Dans les textes islamiques du septième siècle, « Rome » fait référence à l’empire chrétien byzantin. Dans les textes islamistes contemporains, c’est une allusion à la chrétienté en général.

[10] Dabiq 2, p. 44.

[11] Compte Twitter d’Al-I’tisam, le 29 juin 2014. Voir le rapport de MEMRI JTTM “ISIS Declares Establishment Of Islamic Caliphate, Appoints ISIS Leader Abu Bakr Al-Baghdadi As ‘Caliph’: ‘It Is Incumbent Upon All Muslims to Pledge Allegiance To The Caliph… And Support Him’”, 29 juin 2014.

[12] Compte Twitter d’Al-I’tisam, 1er juillet 2014. Voir le rapport de MEMRI JTTM, “In New Message Following Being Declared A ‘Caliph,’ Islamic State Leader Abu Bakr Al-Baghdadi Promises Support To Oppressed Muslims Everywhere, Tells His Soldiers: ‘You Will Conquer Rome [If You Follow My Advice]‘”,  1er juillet 2014.

[13] Compte Twitter d’Al-I’tisam, le 4 juillet 2014. Voir MEMRI TV clip n ° 4335, “ISIS Leader Al-Baghdadi Calls on Muslims to Wage Jihad, Says: Becoming a Caliph Is a Heavy Responsibility”, 4 juillet 2014.

[14] Compte Twitter d’Al-I’tisam, 1er juillet 1 2014.

[15] Voir Dabiq 3, p. 26.

[16] Dabiq 3, p. 5.

[17] Dabiq 3, p. 31.

[18] Dabiq 3, p. 32.

[19] Dabiq 3, p. 4.3.

[20] Dabiq 3, p. 6.

[21] Al-Baghdadi prétend également s’inscrire dans la lignée du Prophète en prenant le nom d’Al-Qurayshi, un membre de la tribu de Quraysh, à laquelle appartenait le Prophète.

[22] Illustré par la Constitution Al-Medina de 622, qui confère des droits aux juifs pour garantir leur intégration politique. Ces droits ont été retirés quand Mahomet les a expulsés de la ville, en 628. Autre exemple : le traité de paix de Hudaibiya avec les Mecquois en 628, qui a été respecté pendant 18 mois, jusqu’à ce que le Prophète réalise son objectif premier : contrôler la Mecque et la sainte Kaaba.

[23] Middleeastmonitor.com, 3 septembre 2014. Un cas de figure comparable dans l’histoire : la doctrine de Staline qui prône « le socialisme dans un pays » – comparée à la vision de la révolution mondiale défendue par Trotsky et Zinoviev. Staline a compris que plus il consolidait le modèle communiste et appliquait les principes du socialisme, tels qu’ils les comprenait, dans le territoire sous son contrôle, plus l’Union soviétique gagnerait en influence. Lors de la Seconde Guerre mondiale, pour que ses alliés américains et britanniques le soutiennent dans ses revendications territoriales, Staline a même dissout le Komintern – le mouvement communiste international, et fait assassiner ses adversaires au sein du mouvement communiste, Trotsky et Zinoviev. Son combat contre eux n’est pas sans rappeler la guerre interne, jusqu’aux exécutions, menée par l’EI contre ses opposants au sein du mouvement djihadiste mondial.

[24] Face à la brutalité de l’organisation, de ses décapitations de journalistes, certains objecteront que si l’EI souhaite renforcer sa domination avant de s’en prendre à l’Occident, pourquoi faire preuve d’une telle cruauté envers les Occidentaux, à ce stade ? Notons que les deux journalistes qui ont récemment été décapités ont été retenus en otages par l’EI pendant deux ans. Leur exécution était une réponse aux bombardements américains et une tentative de dissuasion rudimentaire. Cela apparaît clairement dans les vidéos diffusées par l’organisation. Quant aux atrocités commises à l’encontre les Yézidis et de la tribu Al-Shaitat, et les persécutions des chrétiens, elles sont conformes aux anciennes régulations islamiques relatives aux idolâtres, aux chrétiens et aux apostats, auxquelles adhère l’Etat islamique ; ces mêmes régulations constituent le fondement du report d’un affrontement avec l’Occident.

[25] Certains espéraient même que l’Iran participerait à l’effort. Toutefois, les déclarations des responsables iraniens n’ont pas tardé à éteindre cet espoir. S’adressant à la Conférence internationale du clergé musulman, qui s’est tenue le 10 septembre 2014 à Téhéran, Ali Akbar Hachemi Rafsandjani, président du Conseil de discernement iranien, a tourné en dérision l’incapacité des Etats sunnites à affronter le phénomène de l’EI, tout en soulignant que l’Iran chiite devait se tenir à l’écart de la question sunnite. IRNA (Iran), 10 septembre 2014.

 

 

 

 

http://www.memri.fr/2014/09/19/comprendre-abu-bakr-al-baghdadi-et-le-phenomene-de-letat-du-califat-islamique/

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