L'athéisme est interdit en Indonésie

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"Dieu n'existe pas." Pour ce message sur Facebook, l'Indonésien Alexander Aan, a failli se faire lyncher.
Les plus extrémistes veulent sa tête, littéralement. Et la police l'a jeté en prison.


Je vous livre ce reportage en Indonésie de Presi Mandari de l'AFP.


"Ce qu'on devrait faire avec ces athées, qui insultent l'islam, c'est leur couper la tête. C'est tout ce qu'ils méritent": des commentaires comme celui-ci ont inondé la page Facebook du groupe "Ateis Minang" ("Les athées") depuis que son ancien administrateur, Alexander Aan, y a affiché son "post" provocateur.

Quelques jours plus tard, une foule de musulmans en colère a attaqué le logement du jeune athée de 30 ans, dans le village de Pulau Punjung, sur l'île de Sumatra (nord-ouest), obligeant la police à intervenir et à le placer en prison "pour sa propre sécurité".

L'Indonésie, pays musulman le plus peuplé de la planète avec 240 millions d'habitants, est officiellement laïque. La Constitution garantit la liberté de culte et reconnaît six confessions religieuses: islam, bouddhisme, hindouisme, catholicisme, protestantisme et confucianisme.

Les musulmans représentent près de 90% de la population, devant les chrétiens (9%).

Mais l'athéisme n'est pas reconnu. La loi oblige ainsi tout Indonésien à choisir une religion sur ses papiers d'identité. Dire que Dieu - ou Allah - n'existe pas est considéré comme un blasphème, passible de cinq ans de prison.
C'est ce que risque Alexander Aan, coupable de crime de lèse-religion. Son commentaire a suscité une vindicte populaire qui a surpris plus d'un observateur dans ce pays à l'islam réputé modéré.

L'archipel connaît certes son lot d'attentats islamistes mais les groupuscules radicaux restent très minoritaires. Le porte du voile intégral est très mal vu dans le pays, tandis que le simple foulard est peu répandu, sauf dans la province d'Aceh (nord).

L'opprobre jeté sur le jeune fonctionnaire est cependant emblématique de la radicalisation d'une certaine frange de la population, en particulier à Sumatra. Dans la partie nord de l'île (région d'Aceh), la loi islamique a été instaurée et une police patrouille les rues, traquant les femmes qui ne porteraient pas le foulard. Un groupe de punks y a récemment été arrêté pour être "rééduqué".

Ailleurs dans le pays, les descentes de fondamentalistes dans les boîtes de nuit "impures" sont beaucoup plus rares, mais elles existent, souvent organisées par l'Islamic Society Forum (FUI), qui regroupe plusieurs organisations islamistes.

"On doit condamner à mort Alexander Aan", estime Muhammad al-Khaththath, secrétaire général du FUI. "On ne peut pas tolérer ce qu'il a fait. Il est important d'empêcher ce groupe de répandre l'athéisme dans le pays", ajoute-t-il à l'AFP.

La justice qui doit décider du sort de M. Aan n'a pas encore pris de décision sur d'éventuelles poursuites. Mais le chef de la police locale, Chairul Aziz, a averti qu'il n'échapperait pas à une condamnation, même s'il se repentait.

"Il a exprimé son intention de se convertir à l'islam... Mais, même s'il le fait, il ne pourra pas échapper à la justice", a-t-il expliqué, précisant que M. Aan était également susceptible d'être inculpé pour faux, car il s'était déclaré musulman en postulant pour la fonction publique.

Le cas du jeune athée a cependant suscité des messages de solidarité, toutefois bien moins nombreux que les critiques. "Vous êtes en butte à des personnes bornées, mais c'est comme ça en Indonésie, un terrain fertile pour le fondamentalisme", écrit un homme qui dit s'appeler Fahd Singa Diwirja sur le "mur" d'Ateis Minang.

L'Alliance internationale de l'athéisme (IAA, basée aux Etats-Unis) a écrit au président indonésien Susilo Bambang Yudhoyono, l'appelant à laisser en paix le jeune athée.

"La loi (contre le blasphème) sert en fait à cautionner les lynchages et les intimidations contre ceux qui ne sont pas d'accord avec les milices" religieuses, écrit le groupe.

 

 

http://religions.blogs.ouest-france.

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