En effet, les partisans de la charia, affiliés à el-Qaëda, contrôlent des pans entiers du territoire du sud du Yémen, à commencer par Zinjibar, capitale de la province d’Abyane, prise en mai 2011. L’affaiblissement du pouvoir central pendant la contestation du régime de l’ancien président Ali Abdallah Saleh, les rivalités tribales et la contestation des autonomistes sudistes ont facilité la tâche d’el-Qaëda.
« El-Qaëda contrôle ou du moins agit à visage découvert dans un croissant de territoire allant de la frontière avec le sultanat d’Oman à Abyane et aux confins d’Aden en passant par la province désertique de Hadramout », constate l’analyste politique yéménite Farès al-Saqaf. « Il semble qu’el-Qaëda ait changé de tactique. Au lieu d’attaquer et de fuir, elle choisit une forte implantation sur le terrain. » « Le réseau semble vouloir convaincre la population qu’il représente une sorte d’administration et qu’il n’est plus constitué par des hordes de terroristes », dit-il. Dans les zones sous son contrôle, el-Qaëda administre la justice, selon les règles de la charia, et tente de gérer les affaires municipales. Cet analyste n’écarte pas une collusion entre el-Qaëda et des militaires encore fidèles à l’ancien président, accusé par ses opposants de vouloir mettre des bâtons dans les roues de la transition menée par son successeur, Abd Rabbo Mansour Hadi. Une frange des autonomistes sudistes, hostiles à l’unité du Yémen intervenue en 1990, n’hésitent pas aussi à collaborer, selon lui, avec el-Qaëda.

Pour Mustapha Ani, l’implantation d’el-Qaëda au Yémen est un tremplin pour des actions dans le reste de la péninsule arabique et plus particulièrement en Arabie saoudite. « Le Yémen ne peut être qu’une étape tactique pour atteindre un objectif stratégique, tel qu’il a été défini par Oussama Ben Laden », estime cet analyste. « Ben Laden a toujours considéré le Yémen, sa terre d’origine, comme le pont qui permet d’accéder à la péninsule arabique pour peser sur l’économie du monde en contrôlant la richesse pétrolière », affirme-t-il.
Ces dernières années ont connu de nombreuses infiltrations d’éléments d’el-Qaëda en Arabie saoudite à partir du Yémen, poussant les autorités saoudiennes à renforcer le contrôle des frontières. Selon la presse américaine, des documents trouvés dans la maison d’Oussama Ben Laden après sa mort dans une opération américaine en mai 2011 semblent accréditer la stratégie d’el-Qaëda en ce qui concerne le Golfe. Il y considérait le Yémen comme un point de départ pour agir dans les pays du Golfe et estimait qu’en contrôlant ces pays on peut contrôler le monde.
Sur le terrain, au moins 23 personnes, dont 20 membres d’el-Qaëda, ont été tuées hier dans une banlieue de Loder, où l’armée a envoyé des renforts, selon des sources tribales. En outre, l’armée de l’air yéménite a bombardé deux positions tenues par les insurgés islamistes à l’est de Moudia, une autre ville de la province d’Abyane, a annoncé un responsable local, sans fournir de bilan aux raids. Depuis le début des combats lundi, el-Qaëda a perdu 172 hommes, alors que l’armée a reconnu avoir perdu 14 hommes et les comités de résistance populaire (supplétifs de l’armée) 22 membres.
(Source : AFP)      
 
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