photo ninon pednault, la presse

Porter le voile est un symbole dévalorisant pour les femmes et passéiste pour la communauté qui vous accueille.

Ghislaine Gendron

Fonctionnaire à Québec, l'auteure répond à Dalida Awada, dont l'opinion intitulée «Je ne veux pas être tolérée» a été publiée samedi dernier.

Je trouve véritablement regrettable, aussi sympathique et intégrée vous paraissez être, que vous ne réalisiez pas que le symbole que vous portez, le voile, peut avoir une résonnance offensante pour la communauté qui vous entoure et qui vous accueille

Pourtant, de tout temps et dans toutes les sociétés, quand un individu fait le choix de s'associer à un «symbole», il n'est plus en contrôle du sens que ce symbole véhicule dans le regard de l'Autre.

Or, au Québec, dans la communauté dans laquelle vous évoluez, le voile est un symbole considéré par plusieurs, à tout le moins, décalé des valeurs consensuelles sociales modernes.

Les Québécois n'ont pas toujours été le peuple que vous fréquentez aujourd'hui. Il n'y a pas si longtemps, c'était un peuple catholique pratiquant. Or, dans les années 60, la société québécoise a choisi de se départir des dogmes religieux. Les Québécois ont, du même coup, cessé d'être terrorisés par les notions de diable, d'enfer, et autres épouvantails brandis par les curés, échappant ainsi à des manipulations sociales et politiques qui les avaient souvent desservis. Ils ont abandonné les églises. Massivement.

 

Pas de violences, pas de tueries, pas de bain de sang. Ils ont simplement cessé de les fréquenter. Sans même qu'il y ait eu concertation. Ce n'était même pas l'air des réseaux sociaux. Personne n'a twitté «dimanche, on ne va plus à l'église». Ça s'est fait tout seul, de façon toute naturelle. Vous qui étudiez en sociologie, êtes en mesure d'apprécier la rareté d'un phénomène aussi remarquable dans l'histoire.

Je ne crois pas que ce mouvement de masse s'explique parce que la religion pratiquée par les Québécois était pire que les autres religions. Vous conviendrez, j'espère, qu'il se trouve dans toutes les religions (et la vôtre ne fait pas exception) l'équivalent de nos bons curés.

J'imagine que les Québécois ont simplement cessé de «tolérer» les dogmes religieux et l'ascendant qu'ils avaient sur leur vie, leur communauté et leur organisation sociale.

Or, vous portez, et revendiquez, j'ose le croire à votre insu, un symbole du dogmatisme religieux et, qui plus est, dévalorisant pour les femmes, ce qui ajoute un élément offensant supplémentaire au symbole. L'émancipation des femmes étant l'autre progrès social, qui a marqué ces années de changements sociaux majeurs.

Il faut en être conscient: en portant le voile, vous choisissez, contre votre gré sûrement, d'arborer un symbole dissonant et passéiste pour la communauté qui vous accueille. Dès lors, je pense qu'il vous faut assumer les regards désapprobateurs, quand il y en a. Vous savez, la plupart des Québécois préféreront réprimer ces regards. Par gentillesse, parce qu'ils ne sont pas violents, par politesse, par acceptation de l'autre. Eh oui! Ce pays est formidable. Vous avez toute la liberté du monde de vous vêtir comme bon vous semble, et même d'arborer des symboles allant à l'encontre de cette notion de liberté elle-même. Il est possible cependant que quelques personnes, plus sensibles que d'autres, vous lancent des regards réprobateurs. Vous n'allez pas leur demander d'applaudir...

Ces personnes ne désirent pas le retour à ces dogmes qui ont servi à contrôler leur destin et restreint leur émancipation pendant des années. Cette liberté, que vous appréciez tant, est le fruit de cette émancipation. Utiliser cette liberté pour porter un symbole qui la méprise peut, c'est possible paraître... arrogant aux yeux de certains.

Je sais bien que ce n'est pas, pour vous, ce que votre voile veut dire. Mais votre voile est un symbole et vous n'êtes pas en contrôle de son sens, c'est le problème de l'utilisation des symboles dans sa tenue vestimentaire. Et c'est aussi leur puissance de manipulation, tous les politiciens, les publicitaires et les curés vous le diront.

 

 

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