Essa Nagri, faubourg chrétien de la ville de Karachi, vit dans la terreur des islamistes armés de pistolets et de mitrailleuses qui y entrent jour et nuit pour ravager et biens et personnes, violant même les femmes, rapporte l’Agence Fides le 27 mars 2012. 50 000 chrétiens habitent dans ce quartier miséreux, toutes les dénominations sont frappées, qu’elles soient catholiques, presbytériennes, pentecôtistes, adventistes du septième jour, armée du salut, etc., et soumises à la djizîa, une taxe imposée aux non-musulmans selon la charia. Une mère raconte que ses deux filles ont été violées devant elle. Les agressions sexuelles sur des chrétiennes en raison de leur religion ne sont pas rares dans ce pays où, en mars 2010, une femme avait été violée par des policiers, devant ses enfants obligés de regarder la scène, alors qu’elle était allée porter plainte après que son mari avait été brûlé vif pour avoir refuser d’abjurer sa foi chrétienne malgré les menaces de son employeur. Un sentiment d’impunité est très perceptible dans ces crimes.

Essa Nagri, faubourg martyr, est un condensé des brimades et diverses violences supportées par les chrétiens du Pakistan jour après jour. Et la nuit qui chasse le jour est accompagnée des mêmes souffrances. L’ONG Mission and Action for Social Services, qui travaille dans ce quartier, a déposé une plainte officielle pour contrer la hausse de ces agressions ; cette action obligera la police à enfin intervenir mais, l’ordre n’ayant pas été maintenu jusque là en dépit des alertes, une protection sécuritaire ne sera pas forcément réelle ou totale. De leur côté, les islamistes appliquent la charia à leur convenance, en violant et saccageant malgré le paiement illégal de la djizîa. Le paiement de cet impôt islamique discriminatoire sur les dhimmis, ou non-musulmans, historiquement prélevé par le souverain, devait les prémunir contre les agressions. Si les intégristes qui hantent Essa Nagri extorquent une taxe, ils ne se privent pas de piller et violer. L’agression sexuelle étant un instrument dans la guerre contre les chrétiens.

Le viol, arme d’une domination religieuse

Mukhtar Mai est une musulmane, une femme qui a été brisée. Son nom a fait le tour du monde il y a dix ans, elle avait été violée dans un contexte de « crime d’honneur ». Son frère, âgé de 12 ans, avait été accusé d’avoir eu une relation avec une femme d’un autre clan, sans que la charge fût jamais démontrée. Pour laver l’honneur, le conseil tribal avait décidé qu’une femme de la famille du garçon devait être déshonorée, l’infamie retombant sur toute la maison. Condamnée, Mukhtar avait été abusée par 6 hommes de son village. Après tout un processus judiciaire, seul l’un des coupables avait été condamné à la réclusion à perpétuité. Mukhtar Mai était une pieuse musulmane, enseignant bénévolement le Coran aux enfants de son village. Si c’est dans une affaire d’honneur que cette femme a été violée, les chrétiennes qui le sont subissent cette agression dans le contexte de la persécution. Le viol est alors une arme religieuse.

« Le but de ces violences est d’éliminer la présence chrétienne dans la zone, réalisant une sorte de nettoyage ethnique : nous sommes considérés comme des esclaves, indignes de fouler le sol pakistanais. » (Michel Javed, parlementaire catholique)

« Viols et tortures sur des enfants chrétiens : « nettoyage ethnique et religieux » », titrait déjà l’Agence Fides le 14 janvier dernier à propos des quartiers d’Essa Nagri, d’Ayub Goth et de Bhittaiabad, rapportant le témoignant d’un parlementaire catholique du Sind, Michael Javed. En décembre 2011, 15 viols avaient été perpétrés lors de raids menés par des groupes à visage ethnique et islamiste comme les Pachtouns. A Essa Nagri, pas loin des familles, des enfants sont torturés, notamment violés, dans des cellules, et rendus méconnaissables aux parents quand ces derniers ne peuvent payer une rançon allant parfois jusqu’à 100 000 roupies. Craignant les représailles, les familles n’osent pas porter plainte, et l’inertie des autorités qui ne peuvent ignorer ces drames semble les confirmer dans leur effroi. Une maison de tolérance a été ouverte près d’une église à Ayub Goth, de jeunes chrétiennes très pauvres sont forcées de s’y prostituer. La drogue est même en circulation dans ces quartiers, et ces pratiques interdites en islam ne sont cependant pas contrôlées par la police pourtant avertie des crimes, l’objectif étant de chasser les chrétiens. Reste alors la fuite comme seule issue apparente, peut-être véritable.

Au-delà de la souffrance, la négation de la souffrance

Alors que les autorités fédérales ont décerné une haute distinction à deux missionnaires catholiques pour « services rendus dans le domaine de la santé, de l’éducation et des relations interreligieuses », le 23 mars 2012, l’Etat de droit n’est pas toujours réalisé sur le terrain en différentes zones du pays dès lors que des minorités sont concernées. Les autorités de police, voire les juges font montre d’une réelle complaisance envers les agresseurs dans diverses affaires. Le dramatique cas de l’épouse du chrétien brûlé vif, allant porter plainte pour dénoncer l’injustice, et qui subit un viol collectif de la part de plusieurs policiers devant leur poste témoigne du mépris manifesté à ces victimes, à la souffrance desquelles des représentants de l’autorité publique peuvent rajouter d’autres tortures. Bien qu’une enquête ait été lancée pour sanctionner ces fonctionnaires, ce drame est emblématique d’un certain déni de protection et, en aval, de justice. Tout semble parfois se passer comme si la souffrance des victimes importait peu.

En 1997, une fillette de sept ans, revenant de chez une amie, avait été violée sur son chemin par les quatre fils adultes d’un voisin, les médecins ont constaté que les dégâts étaient tels que Nagina Masih ne pourrait jamais concevoir d’enfant. Son père a porté plainte et refusé des offres financières et matérielles en échange d’un abandon des poursuites. Deux ans après, la petite Nagina a dû affronter ses bourreaux dans un tribunal pour adultes, et donc ouvert au public, avant que l’affaire ne soit transmise à un tribunal anti-terroriste. Ghulam Masih, le père de l’enfant a été arrêté un an avant le procès des violeurs, suite à leurs accusations prétendant qu’il avait assassiné une femme avec qui il n’avait pourtant aucun contact. Deux semaines après l’interpellation, son arrestation n’était toujours pas enregistrée.

La déshumanisation par le déshonneur

La question de la virginité féminine est essentielle en islam, une personne l’ayant perdue est considérée comme vile. Ainsi, certains pays musulmans sont peu regardants sur les crimes d’honneur, par exemple la justice jordanienne assez souvent confrontée à des assassinats de filles par un oncle, un frère ou le père pour laver l’honneur de la famille atteint lors du viol de la fille. La victime ne s’appartient pas à elle-même, elle est membre d’un groupe et la flétrissure est « réparée » par le crime. Sans aller jusqu’à mettre à mort la femme ayant connu un viol, il y a une distance plus ou moins importante qui s’installe, sans que l’on puisse dire si c’est une attitude très généralisée. Appliquant leurs schémas de pensée, les agresseurs pensent ainsi détruire à jamais socialement les personnes abusées, que les filles chrétiennes ne pourront jamais se marier. Dans une société où avoir des fils est une assurance pour les parents d’être appuyés dans leurs vieux jours, ne pas pouvoir marier sa fille est considéré comme l’avoir élevée de façon inutile. Divers cas, comme celui de Ghulam Masih refusant l’argent, ou des parents payant pour récupérer leurs filles, montrent que les chrétiens pakistanais ne rejettent pas leurs celles-ci après un viol. Mais, au-delà des enfants ou des jeunes filles, ce sont aussi les familles qui sont visées, une supposée tare s’attachant à eux, l’espoir des islamistes étant qu’ils partent. Parfois, le viol sert à s’emparer de la fille et en faire son épouse, les enfants naissant du mariage ne pouvant qu’avoir la religion du père quand la femme n’est pas convertie de force. Hindoues et chrétiennes sont les premières victimes de ces rapts. Ces pratiques ont fait l’objet d’une question au Parlement européen en novembre 2011 à laquelle le Haut Représentant de l’Union pour les affaires étrangères, Catherine Ashton, a répondu de manière plutôt floue, ne se prononçant pas vraiment sur les chrétiens et hindoues, cibles de ces atteintes à l’humanité, mais parlant des difficultés des minorités en général, et assurant que l’Union pressait le Pakistan d’agir pour la sécurité des minorités.

Témoignage de la représentation de la valeur de la femme chrétienne chez certains Pakistanais, en juillet 2010, une infirmière a été défenestrée une fois les désirs de son violeur assouvis. Le coupable, un médecin, a été arrêté, mais la police a cherché à savoir si la victime ne s’était pas jetée elle-même dans le vide. Si l’enquête doit être totale pour établir la réalité, et sans se prononcer sur cette recherche, il reste que, dans ces cas, de tels choix d’orientation visent à alléger les charges pesant sur les coupables. Néanmoins, l’on notera les manifestations de catholiques et de musulmans devant l’hôpital, lieu du drame, pour protester contre ces injustices sociales.

Les autorités pakistanaises tentent de changer le sort des femmes, une loi sur la protection des femmes sur leurs lieux de travail a été votée en mars 2010, mais de nombreux crimes se déroulent en dehors du temps de travail, sur les lieux de vie, comme à Essa Nagri. Et la justice ne tranche pas toujours avec droiture, comme dans le cas de Shazia Bashir, 12 ans, violée et tuée en 2010, et dont le meurtrier, un riche avocat musulman, a été acquitté. De plus, en cas de procès, l’application d’une doctrine islamique reconnaît aux témoignages des hommes musulmans une valeur double à ceux des chrétiens, et n’accorde à ceux des femmes que la moitié de la valeur de la parole d’un homme. Huit millions de Pakistanais appartiennent à des minorités, chrétiennes ou hindoues, et sont concernés.

 

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