L'ex-Premier secrétaire du PS mis en cause dans un dossier de corruption


 
François Hollande n'a pu ignorer l'existence d'un système de corruption
C'est un ancien élu PS du Pas-de-Calais qui l'assure dans un livre
 
L'ancien maire de Hénin-Beaumont affirme que la corruption règnerait de longue date dans la région Nord-Pas-de-Calais. Gérard Dalongeville, écroué durant huit mois pour corruption en 2009, décrit dans cet ouvrage sorti jeudi, "Rose mafia", un dispositif, dit-il, devenu habituel, avec enveloppes d'argent en espèces, marchés truqués et clientélisme.

Il désigne François Hollande, premier secrétaire du PS de 1997 à 2008

"La révélation des turpitudes du Pas-de-Calais a donné le départ du bal des hypocrites, avec comme premiers danseurs sur la piste l'ancien Premier secrétaire du PS et l'actuelle", Martine Aubry, écrit-il.

"Qui peut croire que ni Aubry ni Hollande n'aient jamais été informés des irrégularités, des dérives de la fédération du Pas-de-Calais ?", ajoute-t-il. Il rappelle que François Hollande était venu le soutenir aux élections municipales de 2008, peu avant son incarcération.

François Hollande se mure dans le silence


Actuel candidat à la présidentielle, il tiendrait, selon le livre, à ses liens avec Jean-Pierre Kucheida, dit "JPK", député-maire de Liévin et homme fort depuis deux décennies du PS dans son fief du bassin minier. Gérard Dalongeville le désigne comme l'organisateur du système frauduleux supposé.

"Hollande avait besoin du soutien de JPK et du bassin minier pour sa réélection comme premier secrétaire, comme il en a eu besoin ensuite pour la primaire", écrit l'ancien maire. Les fédérations locales du Nord de la France sont parmi les plus puissantes du PS.
Sommé depuis mardi par l'UMP de s'expliquer, le candidat PS à l'Elysée n'a pas réagi.


Martine Aubry a en revanche vivement répliqué dans plusieurs media
Piquée au vif, la baronne régionale n'est pas solidaire
La maire de Lille s'en prend à un condamné qui a accompli sa peine.


Elle ne respecte pas la présomption d'innocence de celui qui fait toujours l'objet notamment d'une enquête interne au PS.
Elle accuse Gérard Dalongeville d'avoir ruiné sa commune.
"Pour moi M. Dalongeville n'a pas de crédibilité, je ne l'entends pas, je ne l'écoute pas", a-t-elle lâché, méprisante, à la chaîne de télévision LCP mercredi.

Paradis fiscaux du PS

Gérard Dalongeville décrit dans son livre son ascension dans le Pas-de-Calais, où il est né en 1970, et a d'abord travaillé pour les élus, comme Daniel Percheron, actuellement sénateur et président de la région Nord-Pas-de-Calais.
Très tôt, l'auteur a vu circuler les enveloppes de billets remises par des entrepreneurs obtenant les marchés. Selon lui, les "affaires" se traitent souvent entre élus et entrepreneurs au sein de loges maçonniques.
Les emplois, les travaux au bénéfice personnel des élus, le financement par des fonds privés de déplacements pour voir des matches de football se négocient là, dit-il. Les entreprises remettent en espèces des sommes aux militants PS qui les donnent ensuite aux partis, ce qui est une forme de blanchiment, dit-il.
"Par exemple, la commune achète à une entreprise amie un bien ou prestation qu'elle paye très au-dessus de sa valeur, et récupère ensuite le trop-perçu sous la forme d'un achat de publicité ou en espèces", écrit-il.
L'argent, conservé dans des coffres ou placé sur des comptes au Luxembourg, sert essentiellement à financer les campagnes, ou à aider les militants, une forme de clientélisme, selon l'ex-élu. Les marchés sont systématiquement truqués et des sociétés d'économie mixte ou para-publiques seraient pillées et lourdement endettées du fait de malversations.

Ce n'est pas une révélation de Mediapart !

Gérard Dalongeville dit en outre que les élus, avocats et autres personnes qui l'entouraient lui avaient garanti qu'ils achèteraient 60.000 euros la bienveillance du magistrat de Béthune qui présiderait son procès, qu'il nomme.
L'arrangement n'a visiblement pas fonctionné, puisque les contacts frauduleux de Gérard Dalongeville avec d'autres protagonistes lui ont valu une révocation de son contrôle judiciaire et un retour en prison en décembre 2009, ce qui l'a amené, dit-il, à tout révéler.

Ses déclarations à la justice ont amené l'ouverture de plusieurs enquêtes préliminaires à Lille.
L'ex-maire d'Hénin-Beaumont, qui devrait être prochainement jugé, conclut son livre par ces mots: "Ce système est à bout de souffle, notre vie politique a besoin d'air."
 
 
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