Pour le P. Pascal Gollnisch, directeur de l’Œuvre d’Orient, l’évolution législative dans le monde arabe laisse craindre une fragilisation des minorités, en particulier chrétiennes.

Pendant ce temps, chez nous, le quotidien La Presse publie un article de Jocelyn Coulon citant Antoine Basbous, un chrétien dhimmi qui cherche à nous endormir :

«La société libyenne est, certes, conservatrice et religieuse, mais de là à s'inquiéter d'un péril islamiste, il faut savoir raison garder, estime Antoine Basbous, directeur de l'Observatoire des pays arabes, à Paris. Placer l'islam - une valeur refuge pour un peuple longtemps opprimé - au coeur des lois n'a pas de quoi alarmer», explique-t-il.

 

Tunisie-islamiste

Une sympathisante du parti islamiste tunisien Ennahda à Ben Arous, au sud de Tunis, vendredi 21 octobre. Photo : Amine Landoulsi/AP (source)

 

 

Le patriarche maronite Béchara Raï et le patriarche orthodoxe Ignace IV d’Antioche s’inquiètent de la montée des salafistes en Syrie. En Égypte, les chrétiens retiennent leur souffle… Ces craintes sont-elles justifiées ?

P. Pascal Gollnisch : Deux sortes de peur se mêlent. La première, qui touche l’ensemble de la population, est due au fait que lorsqu’on abat une dictature, il y a une sorte de vide juridique, politique et policier qui s’installe. Ce vide est anxiogène, surtout pour les minorités qui peuvent être la cible de fondamentalistes.

L’autre crainte concerne plus spécifiquement les chrétiens : c’est celle de l’influence islamiste sur l’évolution politique de ces pays. Que les islamistes prennent directement le pouvoir, ce qui me semble peu probable en Tunisie ou en Égypte, ou qu’ils aient suffisamment d’influence pour imposer un certain nombre de mesures.

De quelle façon la situation des chrétiens peut-elle se dégrader ?

Les chrétiens risquent d’être considérés comme des minorités tolérées, ce qui est inacceptable. L’Empire ottoman les considérait déjà comme les protégés des musulmans. Ce terme est extrêmement méprisant ; les chrétiens doivent être reconnus comme des citoyens de plein droit. De plus, l’accès à un certain nombre de fonctions risque de leur être barré. Il est aberrant que dans ces constitutions soit stipulé que le chef de l’État doit être musulman. C’est absolument contraire à la démocratie.

 

L’idée qu’un chrétien puisse nourrir des ambitions nationales en Égypte, en Libye ou en Tunisie, semble très peu réaliste…

Certes ! Mais alors pourquoi l’inscrire dans la constitution, si ce n’est pour renforcer l’idée que les chrétiens ne sont pas des citoyens comme les autres, et que, d’une certaine manière, ils doivent être soumis aux autres ?

Certains s’inquiètent de voir la charia prendre une place prépondérante dans les nouvelles législations des pays arabes. Partagez-vous cette crainte ?

Vouloir faire de la charia la source principale du droit est quelque chose d’assez nouveau dans le monde arabe, y compris en Égypte. Et cette volonté d’islamiser le droit n’est pas acceptable. En ce qui concerne le droit de la famille, le droit civil, il n’y a aucune raison d’appliquer un droit d’origine islamique à des chrétiens.

Dans ces pays, la tradition a longtemps été la coexistence d’un droit d’inspiration musulmane pour les musulmans et d’un droit d’inspiration chrétienne pour les chrétiens. Quant à l’influence de la charia en matière pénale, elle pose un grave problème. En Égypte, un homme chrétien vient d’être condamné à la prison pour blasphème. C’est proprement insupportable.

Que peut faire l’opinion internationale face à cette évolution ?

Les gouvernements occidentaux doivent prendre position contre ces mesures, de la même manière qu’ils se sont élevés contre la répression des manifestants par le régime de Hosni Moubarak. Je ne suis pas de ceux qui méprisent l’islam, loin de là. Mais voir un chrétien condamné pour blasphème me semble totalement contraire à un minimum de droit de pensée et d’expression. Et je pense qu’il faut réagir maintenant et fortement. Car à terme, ces mesures risquent d’être invoquées abusivement pour affaiblir les chrétiens.

N’y aurait-il pas, chez certains chrétiens, une nostalgie des dictatures déchues ?

Tous les chrétiens ont en mémoire le traumatisme irakien. On a renversé un dictateur, certes. Mais les chrétiens ont été massacrés. On peut comprendre que la perte de la dictature soit vécue comme une situation menaçante. Non seulement les chrétiens sont victimes quand les islamistes prennent le pouvoir, mais aussi quand les musulmans se déchirent entre eux. Dans le conflit qui oppose les sunnites et les alaouites en Syrie, l’inquiétude est très forte pour la population chrétienne. Si la situation dégénère, ce n’est pas 3 000 morts qu’il faudra déplorer, mais 300 000…

RECUEILLI PAR FRANÇOIS-XAVIER MAIGRE

 

 

 

Source : La Croix, 24 octobre 2011 via Poste de veille

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