Le groupuscule n'aurait pas supporté que le journal ait soutenu Charlie Hebdo après les caricatures de Mahomet.

 

Forsane Alizza, alias les «Cavaliers de la Fierté», lancé dans une délirante croisade contre les «ennemis de l'islam», avait décidé de frapper tous azimuts. Selon nos informations, ses militants pro-djihadistes exigeant notamment le retour de la charia avaient aussi pris pour cible Libération. Les fous d'Allah n'auraient pas supporté que le quotidien de la rue Béranger ait hébergé par solidarité, en novembre dernier dans ses locaux, la rédaction de Charlie Hebdodont le siège avait été réduit en cendres par une bombe incendiaire après la sortie d'un numéro spécial rebaptisé Charia Hebdo. «La mouvance Forsane envisageait de réserver à Libé le même sort que celui que venait de subir l'hebdomadaire satyrique», confiait mardi une source proche du dossier, sans vouloir préciser les contours de ce «projet pris au sérieux». Par ailleurs, toujours selon nos sources, Forsane avait aussi prévu de s'attaquer au groupuscule d'ultradroite Bloc identitaire. Considérés comme «xénophobes et potentiellement dangereux» par les services de renseignements, ces extrémistes portent notamment le fer contre «l'islamisation de la société» et la généralisation du «hallal dans nos assiettes». En deux mots, des thèses radicales en opposition frontale à celles de Forsane.

Dissous en février dernier par Claude Guéant, le groupuscule djihadiste avait été frappé de plein de fouet lors d'un coup de filet mené au début du mois par la Brigade criminelle de la préfecture de police et par la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI). Le 3 avril dernier, au moment de la présentation devant la justice de treize des dix-sept islamistes présumés gravitant dans le sillage des «Cavaliers», François Molins, procureur de la République de Paris, avait justifié l'opération de police par «la multiplication de messages laissant penser à l'imminence d'un passage à l'acte violent». Le haut magistrat avait révélé l'existence de «réunions physiques» pour établir des «stratégies d'action visant certaines cibles institutionnelles». Et avait cité un projet de kidnapping visant un «membre de la Ligue de défense juive» ainsi qu'un «magistrat lyonnais», le vice-président du tribunal de grande instance, Albert Lévy. «Des projets intellectuels, sans tentative de commencement d'exécution», avait précisé avec prudence François Molins.

L'hypothèse, confirmée de plusieurs sources, selon laquelle les djihadistes avaient aussi placé Libération et le groupuscule d'ultra-droite Bloc identitaire dans leur viseur en dit long sur l'éclectisme de leurs cibles. Reste à établir si le groupuscule dissous avait les moyens opérationnels de passer à l'action. Interpellé en Loire-Atlantique, l'émir Mohammed Achamlane a nié «tout lien avec une quelconque entreprise terroriste» lors de sa garde à vue à la DCRI. Ce qui n'empêchait pas sa mouvance de distiller des messages de haine visant ceux «entrés en guerre contre les musulmans». Au lendemain de l'incendie criminel de Charlie Hebdo, la page de garde de son site l'hebdomadaire avait été piratée par une photo de la Mecque en plein pèlerinage, accompagnée de cette mention: «pas d'autre Dieu qu'Allah». Sans que la Brigade criminelle ait, pour l'heure, confirmé la piste islamiste.

 

 

 

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2012/04/10/01016-20120410ARTFIG00506-forsane-alizza-voulait-s-en-prendre-a-liberation.php

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