Salman Rushdie est invité à participer au Festival littéraire de Jaipur qui aura lieu du 20 au 24 janvier. Des organisations musulmanes fanatiques, qui l'ont déclaré apostat et condamné à mort, ont demandé aux autorités indiennes d'empêcher sa venue, au motif que son livre «blasphématoire» Les Versets sataniques blesse leurs sentiments religieux. Ils ont menacé d'organiser des manifestations pour protester contre sa venue. Les spécialistes américains du Premier amendement qualifient ce genre de menaces de «véto des voyous» (dans le présent cas, on peut parler du «véto des assassins»).

The Hindu, un grand quotidien indien de gauche, dénonce ces menaces à l'encontre de la liberté d'expression et invite à soutenir Rushdie.

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Salman Rushdie est l'un des grands romanciers du monde. C'est une honte qu’une fatwa illégale du séminaire Darul Uloom Deoband fasse planer un nuage d’incertitude sur sa participation au Festival littéraire de Jaipur.

Au lieu de rejeter la fatwa avec le mépris qu'elle mérite et de déclarer qu’une protection adéquate serait offerte en vue d’assurer la sécurité de M. Rushdie et du Festival, le gouvernement fédéral et celui de l’État du Rajasthan ont adopté une attitude opaque et obscure. Le Premier ministre [du Rajasthan] Ashok Gehlot a admis que M. Rushdie est titulaire d’une carte de Personne d’origine indienne lui permettant de voyager en Inde sans visa, et qu’on ne peut l’empêcher de se rendre dans la capitale de l’État. Il a toutefois déclaré que son gouvernement ne veut pas de troubles à l’ordre public et qu’il avait informé New Delhi des «sentiments dominants» entourant la visite de l’écrivain. [...]

Après la fatwa du séminaire Deoband, un assortiment hétéroclite de politiciens, de religieux et d’organisations fondamentalistes - dont l’une a offert 100 mille roupies à celui qui lancerait une chaussure à M. Rushdie – a tenté de ranimer la vieille rengaine discréditée de l’atteinte aux sentiments des musulmans. Les élections en vue au Parlement de l’Uttar Pradesh expliquent ce concert de protestations. Rushdie, romancier gagnant du Prix Booker, a effectué plusieurs voyages en Inde depuis la fameuse fatwa lancée par l’ayatollah Khomeiny le 14 février 1989 et l'interdiction lâche de son roman Les Versets sataniques par l’Inde ; fait significatif : sa participation à l’édition 2007 du Festival littéraire de Jaipur n’a suscité aucun ennui.

Comme la Cour suprême de l'Inde l’a souligné dans une série de jugements, y compris le précédent historique Ore Oru Gramathile, il est absolument vital que les autorités publiques protègent la liberté d'expression garantie par la Constitution contre l'intolérance, et qu’elles n’interdisent pas des évènements au nom du maintien de l'ordre public. Le séminaire Deoband est peut-être l’un des plus importants séminaires en Asie, mais il est aussi connu pour ses positions réactionnaires sur plusieurs sujets. Les gouvernements de New Delhi et du Rajasthan, dirigés par le Parti du Congrès, auraient dû envoyer un message fort et clair à l’effet qu'ils ne permettront pas que la visite de M. Rushdie soit sabotée par ceux qui feignent la colère et les sentiments blessés tout en lorgnant les prétendus blocs de votes communautaires. Prétendre que les musulmans souhaitent qu’un auteur au talent prodigieux, né dans une famille musulmane, soit considéré persona non grata dans son pays natal, est une insulte à l’intelligence et au gros bon sens des 160 millions de musulmans que compte l’Inde.

 

Source : Stand up for Salman Rushdie, The Hindu, 19 janvier 2012. Traduction par Poste de veille

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