Depuis le putsch du 22 mars 2012 qui a renversé le président Amadou Toumani Touré, le Mali cristallise l’attention internationale. Face à face la junte désormais au pouvoir, dirigée par Amadou Sanogo, et le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), un groupe indépendantiste touareg armé, et surtout les islamistes. Les militaires expliquent la prise du pouvoir par la nécessité de remplacer un gouvernement incompétent face au MLNA. Les « hommes en bleu » sont appuyés par les salafistes qui, aidés par al Qaïda, imposent déjà la charia dans des zones abandonnées par l’armée régulière et trahissent le MLNA. Les chrétiens sont menacés de mort.

Anciens de l’armée de Kadhafi, les rebelles touaregs sont entraînés et bien armés. La guerre entre les Occidentaux et le gouvernement libyen a eu pour conséquence la dissémination d’armes dans la région et jusqu’aux portes du Sinaï. Si le MLNA s’est défendu sur son site, le 27 janvier 2012, d’être associé à Aqmi (branche locale d’al Qaïda, connue pour des enlèvements d’Occidentaux) dont la zone de repli se trouve dans l’Azawad, le groupe terroriste est présent sur le terrain aux côtés des salafistes de la milice Ansar Dine. Le jour suivant la prise de Tombouctou par le MLNA, les salafistes sont entrés dans la ville avec leur chef Iyag Ag Ghaly, auparavant opposant à Aqmi, et ont décrété la charia, selon Jeune Afrique du 3 avril. Les témoins affirment qu’un dirigeant d’Aqmi accompagnait Ansar Dine, tandis que l’agence d’information mauritanienne, Al Akhbar parle de la présence d’un autre chef d’Aqmi et l’AFP de trois dans une note du même jour. La vente d’alcool est désormais interdite dans la cité que le MLNA, laïque, a étonnement cédé aux islamistes après sa victoire, et les religieux musulmans locaux sont priés d’aider à imposer la loi divine. Iyad Ag Ghaly aurait affirmé aux imams ne pas être venu pour l’indépendance mais la proclamation de la charia. Le but des islamistes semble être l’assujettissement de tout le pays à la loi islamique, ou au moins de le couper en deux. Les musulmans modérés et surtout les chrétiens sont en danger dans les zones où les islamistes semblent avoir chassé le MLNA qu’ils prétendaient épauler.

« Nous avons réussi à fuir la ville de Gao après avoir appris que certains groupes rebelles islamistes cherchaient à tuer les prêtres et les religieux. Nous avons également reçu des appels de chrétiens restés sur place, qui nous disent qu’ils se cachent et craignent pour leur vie. »

Selon Mali Actu du 3 avril, le local de la mission catholique Caritas Mali à Gao a été détruit, de même qu’une église de la ville. Caritas Mali lutte contre la crise alimentaire et aide plus de 100 000 personnes en distribuant nourriture et graines. Le Père Jean-Jacques, directeur de Caritas Gao raconte que les islamistes veulent tuer les prêtres et les autres religieux et que 200 chrétiens se cachent dans Gao, tremblant pour leur sécurité. Les zones contrôlées par Ansar Dine et Aqmi pourraient voir les chrétiens devenir les victimes d’une épuration religieuse comme au Nigeria où Aqmi semble collaborer avec la secte Boko Haram auteur de multiples attentats jusque dans les églises. Face au danger pour toute la société, 20 000 chrétiens et musulmans ont prié pour la paix, samedi dernier dans un stade.

Alors que l’ensemble des partis politiques ne contestent plus le coup d’Etat pour le moment, se concentrant sur le plus urgent, la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest a donné jusqu’au 2 avril au soir pour rendre le pouvoir sous peine d’un embargo diplomatique et financier. De la même façon que le MLNA a commis une erreur en s’associant aux salafistes alliés d’Aqmi qu’il veut chasser du pays, la Communauté ne semble pas avoir perçu tout le danger de la très rapide avancée des islamistes et les priorités à établir.

 

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