Tunisie | Les déclarations de Souad Abderrahim sur les mères célibataires suscitent un tollé. Provocation?

Ne pas se fier aux apparences. Souad Abderrahim, l’élue du parti islamiste Ennahda à Tunis, ne porte pas le hijab. Mais ça ne l’empêche pas de tenir des propos dignes d’un taliban. Et la polémique enfle autour du discours conservateur et régressif de cette pharmacienne de 47 ans.

Au lendemain des législatives, Mme Abderrahim déclarait que sa formation politique ne comptait «pas fermer les boîtes de nuit» mais avait l’intention «d’ancrer les bonnes mœurs». Mercredi, sur les ondes de la radio arabophone Monte-Carlo Doualiya, cette femme élue haut la main à l’Assemblée constituante s’attaquait aux mères célibataires, les qualifiant d’«infamie pour la société tunisienne». «Elles ne devraient pas aspirer à un cadre légal qui protège leurs droits», a-t-elle renchéri, avant de conclure qu’«éthiquement, elles (les filles mères) n’ont pas le droit d’exister». Des déclarations jugées scandaleuses, qui ont provoqué un véritable tollé dans les milieux laïques et féministes, notamment en Tunisie.

Or, cinq jours auparavant, cette mère de deux adolescents, présentée comme l’incarnation de la modernité du parti d’inspiration islamique, vantait les mérites de son mouvement politique au journal Le Parisien. «La Tunisie pratique un islam modéré», expliquait-elle. «Ennadha est un parti civil, respectueux des libertés», avait-elle précisé, avant d’assurer qu’il n’était pas question d’instaurer la polygamie ou d’imposer le voile en Tunisie.

Effectivement, dans son programme, Ennadha prône l’égalité entre les hommes et les femmes, proclame son attachement «aux acquis de la femme tunisienne» – unique dans le monde arabe – s’oppose à toutes contraintes vestimentaires et va même jusqu’à prétendre «combattre l’obscurantisme». Et durant sa campagne, Ennadha a tout fait pour éviter de se faire prendre en défaut.

Force est de constater que depuis sa victoire, le 23 octobre dernier, le ton de ses dirigeants et de ses militants s’est durci. Notamment sur les questions de la famille: polygamie, statut de la femme, égalité au travail et adoption, autant de sujets qui opposent ouvertement la loi islamique (charia) et le Code civil.

Mais jusqu’où ira donc ce double discours pratiqué sans modération par le parti islamiste? Jusqu’aux prochaines élections législatives, assurent certains intellectuels tunisiens, pour qui ce va-et-vient entre propos radicaux et modérés n’a rien de schizophrénique. Il ferait partie d’une stratégie de communication dont le but est de cerner ce qui accroche le mieux la société tunisienne. Peuple qui se révèle, selon Karima Brini, présidente de l’Association des femmes citoyennes du Kef, «très conservateur, peut-être même plus que le discours des partis», déplorait-elle hier dans Libération.

 

 

 

 

 

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