"Pour réduire les inquiétudes que suscite l'islam, les discours tenus par les " élites " naviguent entre le désir de relativiser son importance et celui de l'installer dans le paysage français. [...] En France, la presque-totalité des musulmans sont des immigrés ou des enfants d'immigrés. Le développement de l'islam y est donc lié à l'immigration étrangère. On pourrait en dire autant de la plupart des autres pays d'Europe occidentale. L'islam y est bien une nouveauté. L'argumentaire sur l'importance quantitative des musulmans en France est ambigu et oscille entre deux pôles : souligner leur caractère minoritaire ou insister sur leur importance (deuxième religion de France). Qu'en est-il ?

 

Le nombre de musulmans serait de 4 millions en 2008, soit 6,4 % de la population (estimation à partir de l'enquête " Trajectoires et origines ", INED-Insee, 2008). Le bon sens nous dit que 4 millions d'individus ne sont pas en capacité de bouleverser nos modes de vie, notre rapport au religieux et nos acquis, dont certains n'ont pas encore subi l'épreuve du temps (libération des moeurs et condition féminine). Parmi les jeunes adultes, un peu plus d'un jeune sur dix est musulman. On compte en France, entre 18 et 50 ans, un peu plus d'un musulman pour quatre catholiques. Si l'on s'intéresse maintenant aux plus fervents d'entre eux, ceux qui déclarent accorder une grande importance à la religion, les musulmans surpassent les catholiques d'environ 150 000 entre 18 et 50 ans. Ils sont trois fois plus nombreux parmi les jeunes nés en France dans les années 1980. L'expansion de l'islam se produit dans une France en état de déchristianisation avancé. [...]

 

A défaut d'islamisation de la France, force est de constater une islamisation de la question religieuse et de certains territoires. [...] Si l'islam est encore une religion minoritaire, il a pourtant déjà changé nos vies dans un domaine vital à la démocratie : la liberté d'expression. A la crainte de se faire traiter de raciste, ou maintenant d'islamophobe (il faut saluer ici le succès en Occident de cette notion qui est pourtant l'arme préférée des radicaux pour réduire la liberté d'expression), s'ajoutent l'intimidation et la peur (l'" affaire Redecker ", la censure des programmes scolaires). La jurisprudence Rushdie a même conduit à une inversion de la notion d'incitation à la haine semblant vouloir désormais prévenir les réactions violentes des défenseurs des normes islamiques chaque fois qu'ils se sentent offensés (les caricatures danoises)."

 

 

Michèle Tribalat    Le Monde

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