Le rapport qui jette une ombre sur les minorités invisibles

Depuis 9 mois que le gouvernement a, dans la perspective de la présidentielle, "droitisé" son discours sur la sécurité, qu'il avait remisé au placard sitôt l'élection de 2007 refermée (quoique prétendent les malhonnêtes politiciens de gauche), il ne se passe pas une semaine sans une déclaration bruyante, voire outrancière, ou sans l'annonce d'une mesure (rarement suivie d'effet) pour plumer la volaille "frontiste".
Publiée juste après l'annonce de l'examen d'une proposition de loi UMP le 1er mars à l'Assemblée nationale visant... à accroître les expulsions d'étrangers condamnés, l'étude de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (observatoire que le public a découvert à la même occasion) est le dernier et plus marquant épisode de cette campagne de marketing électoral.

Même si on aurait préféré qu'elle nous annonce une bonne nouvelle, cette étude confirme d'abord un fait: le fameux "sentiment" d'insécurité vis à vis de "l'étranger" ressenti par une bonne partie de la population n'est pas le leurre dont le sociologue très en cours, Laurent Mucchielli, a fait son fonds de commerce idéologique. Il se fonde sur une réalité statistique. En 2011, la part des étrangers dans les délits serait (conditionnel puisque nous les avons pas comptés nous-mêmes) proportionnellement plus important que celle des indigènes.
Près de 306 000 personnes ont été "mises en cause" par la police et la gendarmerie pour des vols, avec ou sans violence, ou pour un délit de dégradations. Les étrangers ont représenté 17,3 % d'entre elles. Pour les violences aux personnes, point noir de la délinquance depuis quelques années, cette part est de 12,4.
Entre 2006 et 2011, toujours selon l'ONDRP, "la part des étrangers mis en cause pour les atteintes aux biens" est passée de 12,8 % à 17,3%; ce qui semble après tout logique vu l'augmentation régulière de l'immigration: 200 000 personnes annuellement ( en dépit des engagements restrictifs de Nicolas Sarkozy lors des présidentielles de 2007). Le directeur général de la police nationale , Frédéric Péchenard, avait lui avancé, en janvier, le chiffre de 20 %. Cette part serait en revanche en baisse, sur cinq ans, pour ce qui est des violences et menaces (hors vol), rétrogradant de 14,2% à 12,4 %.
Attention aux minorités invisibles
Mais, une surprise au tableau d'honneur, si on peut dire, de cette délinquance. Alors qu'on s'attendrait, vu tout ce qui se dit ou se lit, ici ou là, à voir figurer les "minorités visibles" en première ligne, elles n'y sont pas. Et les "étrangers" qui sont épinglés méritent vraiment, eux, le qualificatif de minoritaires. Et, en plus, ils passent inaperçus car, parmi nous, ils sont invisibles, comme diraient "Les inconnus". Ils sont tout simplement blancs et européens. Et, en plus, aucune chance de les croiser dans des boucheries halal; ils sont le plus souvent chrétiens. Ces sont les Roumains ou les Roms; pour Claude Guéant, çe doit être la même civilisation tout ça!


Alain Bauer
Combien peuvent-ils être? On n'en sait trop rien. Mais ils ne chôment pas! Dans un pays qui passe (d'après une étude de Rexecode qui a fait du bruit en début d'année) pour travailler peu, eux seraient plutôt dans la moyenne européenne. Et ils en ont mis un coup ces derniers temps. Leur part dans les délits a fortement augmenté entre 2008 et 2010 : + 144,5% pour les vols avec violence, + 168,1% pour les vols avec effraction, + 153% pour les vols à la tire".

Et encore ces chiffres sont-ils minimisés puisque, selon l'ONDRP, le “mise en cause” n’est pas l’auteur du délit, mais le suspect interpellé par les services de police ou de gendarmerie. Or l'organisme estime que moins de 40% des vols et tentatives font l’objet d’une plainte et, une fois la plainte déposée, seuls 15% d’entre eux sont élucidés. Conclusion: “La population formée par les personnes mises en cause pour vols par la police ou la gendarmerie n’est pas nécessairement représentative de celle de la population d’auteurs.” Il s’agit de ceux qui se laissent attraper. Les autres courent toujours: dans nos potagers, nos chaumières, nos coupe-gorge.... En d'autres termes, les délinquant roumains/Roms seraient encore bien plus nombreux qu'on nous le dit.
Et, autre considération, l’Observatoire admet qu’il peut “exister un effet grossissant qui ferait qu’une population jouant un rôle croissant parmi les auteurs de vols apparaîtrait d’autant plus fortement parmi les mis en cause que la police et la gendarmerie auraient concentré sur elle leur action d’élucidation”. Ce qu'un spécialiste explique à sa manière : “Si le ministre insiste sur un certain type de délinquance, l’institution va produire plus de chiffre sur cette délinquance.” En d'autres termes, on laisse courir les Transylvaniens, les Munténiens, les Moldaves, les Valaches et peut être, même, les Syldaves... A côté, les délinquants des "minorités visibles" passeraient presque pour des dilettantes, avec une productivité (certes compensée par le nombre) bien moins élevée.
Et dire que nous avions été scandalisés, comme les bobos de gauche/droite, quand les sbires de Guéant étaient venus, façon SS, les tirer de leurs bidonvilles ( certes malsains) pour les mettre dans des cars inconfortables. Direction Bucarest! Ils nous ont bien eu, ces Roumains-Roms. On ne se laissera plus prendre par ces immigrés qui se camouflent derrières leurs apparences pour perpétrer leurs forfaits . Eugène Ionesco, Vladimir Cosma, Léa-Yohanna Adam ou Emile Cioran, d'accord. Mais pas les voleurs de poules et leurs familles!
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