Les Tunisiens redoutent qu'un comité de prévention du vice ne vienne mettre en danger leurs libertés, mais le fondateur de ce groupe affirme qu'il ne s'en tiendra qu'à confirmer "l'identité islamique de la Tunisie".

Par Houda Trabelsi pour Magharebia à Tunis – 07/12/11

[AFP/ Fethi Belaid] Les manifestations des salafistes à l'extérieur de l'Université de Manouba révèlent des tensions croissantes au sein de la société tunisienne.

[AFP/ Fethi Belaid] Les manifestations des salafistes à l'extérieur de l'Université de Manouba révèlent des tensions croissantes au sein de la société tunisienne.

Des hommes barbus traînant dans les rues et frappant à coups de bâton ceux qu'ils perçoivent comme différents de leur secte, terrifiant les femmes et les jeunes. Monia Jawadi, une Tunisienne, décrit avec force ce à quoi pourrait ressembler le pays si ce dernier devait institutionnaliser sa première police des moeurs.

Des communiqués laissant entendre que la Tunisie pourrait créer un comité de promotion de la vertu et de prévention du vice sont à l'origine d'une vague d'anxiété parmi les citoyens, en particulier dans la mesure où le pays lutte encore pour préserver ses acquis sociaux.

"Ce serait un désastre majeur si un tel comité obtenait une autorisation légale", déclare Jawadi, qui ajoute que cette instance serait "étrangère" à la Tunisie et à ses coutumes.

Adil El Almi, fondateur du comité, affirme toutefois que la création d'une police religieuse est devenue "indispensable" dans le pays.

"La récente élection a prouvé qu'on ne peut pas remettre en question l'identité islamique de la Tunisie", a-t-il expliqué à Magharebia.

"Notre domaine d'activité sera principalement social, et nous tenterons de trouver des solutions aux problèmes avant qu'ils ne soient confiés aux tribunaux", indique-t-il. "Nous redresserons aussi les torts et défendrons les opprimés. Nous commencerons par cela, puis suivrons une politique faite d'étapes graduelles et de débats".

L'institution se compose "d'un organisme de la charia comprenant un certain nombre d'érudits et d'experts en jurisprudence de la charia islamique, ainsi que de spécialistes issus des instances législatives et médiatiques", ajoute El Almi, précisant que ce groupe devrait "soumettre prochainement une candidature pour se lancer dans le travail associatif".

"Nous pensons que les Tunisiens en seront fiers, et qu'ils n'auront plus à recourir aux chaînes satellitaires religieuses en quête de fatwas", poursuit-il. "Le travail de cette instance de la charia sera directement lié aux érudits, et nous n'aurons donc plus besoin des fatwas délivrées par les imams du Moyen Orient."

Le comité d'El Almi a protesté contre la nomination d'Iqbal Gharbi au poste de directrice de la station religieuse de radio Zaytouna. Lors de sa première apparition publique, le groupe a organisé une manifestation en face du siège de la station pour réclamer son départ.

"Si une autorisation légale était octroyée à ce comité, il viendrait se placer en parallèle à l'autorité de l'Etat, ce qui n'est pas concevable dans un Etat de droit et d'institutions", a déclaré Gharbi à Magharebia. "Nous respecterons la loi si cette autorisation est accordée, mais je pense qu'elle ne le sera pas ; nous nous retrouverions avec Etat au coeur de l'Etat".

Commentant cette manifestation, elle a déclaré : "Les agissements de ce comité constituent une violation complète des droits de l'Homme, car il s'est opposé à moi sur la base de ma philosophie et de mes opinions. Ce comité a donc violé ma liberté d'expression, et il juge les consciences d'autrui. Il deviendrait une sorte de force de police religieuse, totalement étrangère à la civilisation et aux moeurs tunisiens".

Pour sa part, Hicham Mouaddeb, porte-parole du ministère de l'Intérieur, a déclaré à Magharebia que son ministère est "chargé de l'octroi des autorisations délivrées aux organisations et aux partis après la révolution".

Or, la loi tunisienne interdit les associations qui "fondent leur organisation, leurs programmes ou leurs activités sur des appels à la violence, à la haine, à l'intolérance et à la discrimination sur la base de la religion, du genre ou de la région", a-t-il répété.

"Quelles sont les entités dissimulées derrière ces groupes, qui sèment la panique parmi les citoyens ?", s'interroge Mohamed Belsadek. "Elles sont certainement porteuses d'un Islam politique, visant notamment à imposer le voile, quand bien même ce serait au nom d'un comité pour la promotion de la vertu et pour la prévention du vice".

Ce contenu a été réalisé sous requête de Magharebia.com.
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