Responsables politiques tunisiens, militants de la société civile et citoyens ordinaires abordent l'une des questions fondamentales dans la rédaction de la nouvelle constitution.

Par Houda Trabelsi pour Magharebia à Tunis – 05/03/12

[Houda Trabelsi] Les députés de l'assemblée constituante en Tunisie ont discuté le 28 février de la place de la loi islamique dans la nouvelle constitution.

[Houda Trabelsi] Les députés de l'assemblée constituante en Tunisie ont discuté le 28 février de la place de la loi islamique dans la nouvelle constitution.

Alors que les débats se sont ouverts sur la nouvelle constitution tunisienne, les députés de l'assemblée constituante ont abordé l'une des questions les plus sensibles dans le débat national, celle portant sur l'identité tunisienne et la place de la religion.

"La constitution doit renforcer l'affiliation arabo-islamique de la Tunisie, et ses textes ne doivent pas être rédigés d'une manière qui soit contraire au Coran et à la Sounna", a déclaré Sahbi Atig, député d'Ennahda, lors de la séance pleinière du 28 février.

"La séparation entre religion et politique est une idée étrangère à l'Islam et à son histoire", a-t-il commenté, affirmant que les lois fondamentales devraient tirer leur inspiration des "valeurs islamiques, de l'histoire réformiste de la Tunisie et des acquis humains… sans intolérance".

Najib Hosni, membre du Bloc pour la liberté et la dignité, a ajouté les conventions internationales à la liste des sources juridiques importantes.

"L'arabe est notre langue et l'Islam notre religion et la plateforme de nos vies", a-t-il déclaré. "La constitution doit également garantir notre identité arabo-maghrébo-islamique et notre engagement en faveur de l'unité du Maghreb."

Le député Mohamed Hamdi d'Aridha Chaabia a indiqué que son parti souhaitait une constitution fondée sur "la charia et la Sounna" ainsi que sur "la liberté et l'héritage du peuple arabo-musulman".

"Elle peut également s'inspirer de l'expérience occidentale contemporaine en termes de protection sociale et d'aide aux chômeurs et pour la gratuité de leur logement", a-t-il souligné. "Certains ont exprimé des réserves concernant l'adoption de la loi islamique comme principale source de la constitution, mais nous pensons que ces craintes sont injustifiées."

Un avis que ne partage pas le député d'Ettakatol Mouldi Riahi.

"Nous avons peur que définir la charia comme la principale source de la législation ne puisse conduire à des errements et à des conflits", a-t-il affirmé, ajoutant que "le contenu de la loi islamique varie d'un parti à l'autre".

Riahi a suggéré de préserver "le texte de la première section de la constitution de 1959", qu'il considère comme "un point d'harmonie dans le paysage politique en Tunisie". Il a également souhaité que soit codifié le respect de la liberté de pensée dans la nouvelle constitution et "la définition de la relation entre la religion et l'Etat pour empêcher le pays de tomber sous la tyrannie de l'autorité".

Le même débat a eu lieu au sein de la société civile. L'Association de sensibilisation politique pour l'éducation politique a organisé, le 28 février, une rencontre sur les sources de la législation dans la constitution.

"L'adoption de la loi islamique comme principale source de législation est susceptible d'entrer en conflit avec les principes d'un Etat civil et la souveraineté du peuple, qui a lancé sa révolution pour ne pas devoir abandonner sa souveraineté entre les mains d'un groupe se désignant lui-même comme un représentant de la religion", a expliqué Jawhar Ben Mbarek, coordinateur du groupe Doustourna ("Notre constitution").   

Dans la rue, les opinions sont partagées.

"J'ai voté pour un parti islamiste pour qu'il applique la loi islamique en Tunisie", a déclaré Omar Fakir, 35 ans, à Magharebia. "Cette loi avait disparu depuis des années, nous entraînant loin des chemins de Dieu. Notre constitution doit être rédigée sur la base de notre religion islamique, rien d'autre."

Pour sa part, Radhia Chebi, 42 ans, explique que la loi islamique ne devrait pas être "la seule source" de la constitution.

"En tant que femme tunisienne, je ne suis pas prête à renoncer à des acquis obtenus grâce au Code sur le statut des personnes, qui constitue une avancée dans le monde arabe et dans le monde entier", a-t-elle indiqué. "Je rejette l'application de la loi islamique, par exemple, pour autoriser la polygamie. Franchement, l'application de la charia ferait plus de tort aux femmes qu'aux hommes."

Ce contenu a été réalisé sous requête de Magharebia.com
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