Une élève maldivienne quitte sa classe de Coran à Malé, le 13 février 2012.
Une élève maldivienne quitte sa classe de Coran à Malé, le 13 février 2012. Crédits photo : Gemunu Amarasinghe/APP

Les touristes et les habitants gagnés par l'islamisme radical vivent dans deux mondes cloisonnés.

Le paradis maldivien a son envers. Au dos de la carte postale, on pourrait dresser la liste de tous les défis du XXIe siècle, concentrés dans un petit État de 330.000 habitants et de 1192 îles, dont 200 habitées: grand écart entre riches et pauvres, corruption, choc des civilisations, montée de l'islamisme radical, réchauffement climatique, jusqu'à la piraterie…

Contrairement à un autre paradis pour touristes occidentaux, les Seychelles, territoire vierge peuplé au XVIIIe siècle par des colons français, les Maldives ont toujours été habitées. D'abord bouddhistes, ses habitants ont été convertis à l'islam, sans doute au XIIe siècle. Les quelque 900.000 visiteurs annuels qui louent des chambres à 200 euros minimum le savent à peine. Dirigés directement de l'aéroport de Malé, la capitale, vers leur «île hôtel», ils ne rencontrent de maldivien que les serveurs, les femmes de chambre, ou encore celles qui balaient la plage au petit matin.

Frustrations sociales

Le gouvernement veille à ce que les deux populations vivent dans des mondes séparés. L'accès des îles habitées est sévèrement réglementé, le logement chez l'habitant interdit. Les Occidentaux peuvent boire de l'alcool, pas les Maldiviens. L'islam est la seule religion acceptée, les autres sont interdites.

Les visiteuses se prennent des bains de soleil en maillots deux pièces, pas les Maldiviennes. Celles-ci sont fouettées si elles ont des relations sexuelles hors mariage, méthode défendue encore récemment par le gouvernement devant la responsable des droits de l'homme de l'ONU. Les touristes appartiennent aux classes aisées, les Maldiviens se trouvent en général au bas de l'échelle sociale. Le chômage et la drogue sont les deux principaux problèmes de l'archipel.

Les islamistes intolérants ont sans doute puisé dans ces frustrations sociales pour promouvoir une religion encore plus rigoriste. Depuis quelques années, des étudiants vont étudier dans les pays du Golfe ou au Pakistan, souvent grâce à des bourses versées par ces pays, et en reviennent avec des idées extrémistes.

Dans l'autre sens, des prêcheurs pakistanais ou saoudiens sont venus répandre un islam agressif. En 2007, une première alerte avait fissuré l'image idyllique du petit État. Un attentat à la bombe avait blessé 12 touristes de passage dans la capitale.

Des bouddhas détruits

Le coup d'État virtuel du7 février dernier est dû à une alliance entre les forces de sécurité et le parti islamiste Adhaalath, qui soutient le nouveau président. Cette formation avait déjà fait parler d'elle en obtenant brièvement la fermeture des spas dans les hôtels, lieux de débauche supposés.

Mardi, dès la démission du président Mohammed Nasheed, des hommes ont voulu signifier l'avènement d'une nouvelle ère. Ils ont fait irruption dans le Musée national et ont détruit des bouddhas de calcaire et de corail, inestimables témoins du passé bouddhiste de l'archipel.

Le parti islamiste a condamné le saccage, mais refuse dans le même temps le cadeau de trois œuvres bouddhistes ­offertes en novembre par l'Inde, le Sri Lanka et le Pakistan. Cette fureur représente une nouvelle victoire pour le ­courant le plus extrême de l'islamisme, celui des talibans ou des militants saoudiens.


Des élections anticipées

Le président déchu des Maldives, Mohammed Nasheed, a salué la tenue d'élections anticipées sur l'archipel, sans toutefois annuler un rassemblement de ses partisans organisé vendredi pour appeler à la démission de son successeur. L'élection présidentielle devait avoir lieu en octobre 2013.

Mais la date du scrutin a été avancée et a été acceptée par le nouveau chef de l'État, Mohammed Waheed, une semaine après qu'il ait pris le pouvoir aux Maldives dont l'ancien président a affirmé avoir été évincé par un coup d'État. Cet archipel est en proie à une crise politique émaillée de violences, après la démission le 7 février de Mohammed Nasheed, dans la foulée, d'une mutinerie de policiers et de semaines de manifestations d'opposants.

 

 

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