"Il est des causes générales, soit morales, soit physiques, qui agissent dans chaque monarchie, l'élèvent, la maintiennent ou la précipitent. Tous les accidents sont soumis à ces causes. Et si le hasard d'une bataille, c'est à dire une cause particulière, a ruiné un état, c'est qu'il y avait une cause générale qui faisait que cet état devait périr par le hasard d'une seule bataille"

 

Montesquieu in "Considérations sur les causes de la grandeur et de la décadence des Romains". Ce texte est considéré comme le fondement du déterminisme historique.

 


 

Edmond About est un historien peu connu. Peu connu par ce qu'il était peu aimé. Peu aimé parce qu'il disait des choses peu agréables à entendre sur les pays dont il parlait. Pourtant, si on l'avait écouté, l'Europe aurait un visage différent, plus prospère.

Les hommes politiques ont de tout temps préféré leurs chimères à la dure réalité des chiffres et ainsi provoqué les catastrophes dont ils accusent ensuite ceux qui les précédèrent au pouvoir pour s'exonérer de leur responsabilité vis-à-vis des citoyens qu'ils ont bernés.

 

J'y pensais en écoutant hier soir à C dans l'air les commentateurs répéter sur tous les tons à l'envi : "Hollande a déjà mangé son pain blanc, il va découvrir les dures contraintes de la calculette"… "Embaucher 12 000 enseignants dès cette année ? Oui, il le fera, il l'a promis, mais comment va-t-il les payer ?" demandait Laurent Cayrol. Ah, la calculette ! solutions : soit il va rogner sur d'autres secteurs du service public, soit il va emprunter.

 

 

Bien oublions un instant la France et parlons de la Grèce dont les résultats électoraux sont encore plus absurdes que ceux de la France. Voilà un pays qui refuse de voir la réalité, refuse de voir son état et risque de se retrouver sans gouvernement ou avec un gouvernement hors d'état d'agir pendant on ne sait combien de temps.

 

C'est le moment de relire Edmond About :

 

"La Grèce est le seul exemple connu d'un pays vivant en pleine banqueroute depuis le jour de sa naissance. Si l'Angleterre ou la France se trouvait seulement une année dans cette situation, on verrait des catastrophes terribles : la Grèce a vécu plus de vingt ans en paix avec la banqueroute. Tous les budgets depuis le premier jusqu'au dernier sont en déficit."

 

Maintenant, devinez en quelle année About a écrit cette phrase. Avant de vous donner la réponse (puisque vous n'avez pas trouvé), lisons un peu plus loin :

 

"Lorsque, dans un pays civilisé, le budget des recettes ne suffit pas à couvrir le budget des dépenses, on y pourvoit au moyen d'un emprunt fait à l'intérieur. C'est un moyen que le gouvernement grec n'a jamais tenté, et qu'il aurait tenté sans succès. Il a fallu que les puissances (européennes) garantissent sa solvabilité pour qu'elle négociât un emprunt à l'extérieur."

 

Avez-vous trouvé ? Toujours pas ?

Un bonus : à l'époque, les trois puissances européennes les plus riches étaient la France, la Prusse et l'Angleterre. Guillaume 1er de Prusse n'avait pas encore proclamé la naissance de l'Allemagne dans la galerie du château de Versailles.

 

Vous comprenez pourquoi la connaissance de l'histoire est utile et que le refus de l'Education nationale d'enseigner l'Histoire à nos enfants ressort d'une idéologie perverse ?

 

Continuons :

 

"Les ressources fournies par cet emprunt ont été gaspillées par le gouvernement sans aucun fruit pour le pays ; et, une fois l'argent dépensé, il a fallu que les garants, par pure bienveillance, en servissent les intérêts : la Grèce ne pouvait point les payer. Aujourd'hui elle renonce à l'espérance de s'acquitter jamais. Dans le cas où les puissances (européennes) continueraient indéfiniment à payer pour elle, la Grèce ne s'en trouverait pas beaucoup mieux. Ses dépenses ne seraient pas encore couvertes par ses ressources."

 

Relisez votre journal d'hier, c'est en des termes plus modernes ce qui y était écrit !

Les Grecs ont dépensé l'argent européen qui leur a été donné pour sortir de la crise, ça n'a servi à rien, il leur en faudrait encore, mais ils n'ont pas l'intention de le rembourser plus qu'ils ne l'ont fait jusqu'ici et accusent l'Europe de les étrangler par la rigueur qui leur est imposée. A la TV on nous montre des images de la misère grecque à faire pleurer une chaisière socialiste.

 

"L'argent est si rare qu'il a fallu descendre de ce mode de perception (About parle du paiement de l'impôt). Le gouvernement a essayé d'abord d'affermer l'impôt, mais les Grecs, après s'être témérairement engagés, manquaient à leurs engagements et l'Etat, qui est sans force, n'avait aucun moyen de les contraindre".

 

Autrement dit, le gouvernement grec demande aux citoyens de s'engager individuellement sur un montant forfaitaire d'impôt sur le revenu qu'ils paieront à une date donnée quand ils en auront les moyens. Mais, au bout du compte, ils prétendent toujours ne pas pouvoir payer ! C'est le système toujours en vigueur, il explique qu'il y ait à Athènes plus de villas avec piscines et plus de Porsche Cayenne que de gens qui paient un seul euro d'impôt.

"Depuis que l'Etat s'est chargé lui-même de percevoir l'impôt…"

 

Là, je vous donne encore un bonus : autrefois, sous la royauté par exemple, l'Etat déléguait la perception de l'impôt à des entreprises privées, les "fermiers généraux" qui le reversaient ensuite, moins leur rémunération, à l'Etat. La perception de l'impôt par un "trésor public" est relativement récente, en Grèce notamment.

 

"…les frais de perception sont plus considérables, et les revenus sont à peine augmentés. Les contribuables ne paient pas".

About constate que la perception par le service public coûte plus cher que celle qui était effectuée par les entreprises privées et que de toute façon l'argent ne rentre pas plus pour autant.

 

Maintenant, Edmond About décrit une situation qui est encore celle de la Grèce aujourd'hui :

 

"Les riches propriétaires, qui sont en même temps des personnages influents, (l'Eglise orthodoxe, par exemple), trouvent moyen de frustrer l'Etat, soit en achetant, soit en intimidant les employés. Les employés, mal payés, sûrs d'être destitués au premier changement de ministère, ne défendent point les intérêts de l'Etat. Ils ne songent qu'à se faire des amis, à ménager les puissants et à gagner de l'argent".

Dans la deuxième partie de la phrase, on croit relire la situation décrite dans "Rose mafia" : les fonctionnaires mal payés sont sensibles aux pressions des élus et, moyennant quelques avantages, embauche de la fille à la mairie, emploi fictif pour l'épouse à la SEM du coin, etc. consentent à aider les élus à détourner à leur profit l'argent public.

 

L'idée de Sarkozy d'avoir moins de fonctionnaires mais mieux payés était une tentative pour les rendre plus efficaces et moins sensibles aux pressions des élus locaux. La gauche s'y est opposée, on comprend pourquoi.

"Quand aux petits qui doivent payer pour les grands, ils sont protégés des saisies soit par un ami puissant, soit par leur propre misère. La loi n'est jamais, en Grèce, cette personne intraitable que nous connaissons. Les employés écoutent les contribuables. Lorsqu'on se tutoie et qu'on s'appelle "frères"(comme chez nous dans les départements et territoires d'outre-mer, ou "camarades" comme dans les communes communistes et socialistes), on trouve toujours moyen de s'entendre… enfin le percepteur est prudent : il sait qu'il ne faut exaspérer personne, qu'il a de mauvais passages à traverser pour retourner chez lui (comme en Corse), et qu'un accident est bientôt arrivé.

 

Les gens du peuple se font un plaisir et presque un point d'honneur à ne point payer d'impôt. Ces braves gens se souviennent qu'ils ont été Pallicares : ils pensent comme du temps des Turcs, que leur ennemi c'est leur maître, et que le plus beau droit de l'homme est de garder son argent".

Les "Pallicares" étaient les résistants grecs qui combattaient les musulmans. Il faut se souvenir (toujours l'histoire) que les Grecs ont été sous domination turque et payaient le lourd impôt islamique dont les musulmans étaient dispensés, c'est pourquoi ils ont été les plus virulents ces dernières années à refuser l'entrée de la Turquie dans l'Europe, ils savent à quoi s'en tenir, et sur les Turcs et sur l'oppression islamique.

 

Bon ! Edmond About a écrit ces observations sur la réalité grecque d'aujourd'hui en... 1858 !

Vous avez bien lu, en 1858, il y a plus de 150 ans !

 

Et la situation n'a pas évolué depuis, les Grecs se débrouillent toujours pour ne pas payer d'impôts et pleurent pour que l'Europe leur prête ou leur donne de l'argent.

Papandréou, qui fut président de l'Internationale socialiste et dirigea la Grèce avec sa famille pendant des décennies, est le père spirituel de notre Hollandréou, comme l'a opportunément surnommé Mélenchon qui ayant fréquenté les bancs de l'Université et non ceux de l'ENA connaît un peu l'Histoire.

Papandréou a fait empirer la situation de la Grèce. Il avait compris que sa très riche tribu familiale et socialiste pourrait s'enrichir encore plus si elle savait étudier et utiliser ensuite à bon escient toutes les possibilités financières qu'offrait l'Europe.

Hollande, aujourd'hui, s'en inspire : "Laissez moi faire, vous ne paierez pas plus d'impôts et je vais relancer la croissance sans toucher aux déficits, je vais aller voir la sorcière Merkel et leur faire rendre gorge à elle et à sa banque européenne".

Il ne vous dira pas que ce qu'il propose, c'est le système grec. La gauche grecque applaudit des deux mains, les socialistes espagnols et italiens aussi. On les comprend. Il n'y a que ces crétins d'Europe du Nord adeptes de la rigueur budgétaire qui s'en effarent.

 

Qui survivra verra !

 

Maurice D: http://minurne.blog4ever.com/blog/lirarticle-431391-9296932.html

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