Le mythe de la tolérance en Andalousie : le point de vue des historiens(1)

« Il faut renoncer aussi à un autre mythe : celui d’une Espagne accueillante et tolérante. Il y a longtemps que l’historien Y.Baer a récusé le terme d’âge d’or que certains ont cru pouvoir employer pour désigner cette période de l’histoire des Juifs d’Espagne. Il fait observer que la prospérité des Juifs à cette époque n’a été possible que grâce à la négligence et au laxisme des autorités musulmanes, peu empressées d’appliquer rigoureusement le pacte de la dhimma. Cette prospérité était précaire ; bien loin d’être la conséquence d’une politique délibérée d’ouverture et de tolérante, elle dépendait entièrement de la bonne volonté, donc de l’arbitraire et du caprice des souverains. On peut faire les mêmes remarques à propos des mozarabes. La tolérance suppose l’absence de discrimination à l’égard des minorités. Ce n’est pas le cas dans l’Espagne musulmane, ni plus tard de l’Espagne reconquérante. Les maîtres du pays ont toujours été convaincus de la supériorité de leur foi. Juifs et mozarabes n’ont jamais été que des sujets de seconde catégorie. »

Perez Joseph, Histoire de l’Espagne, Fayard, 1996 p.46

 

Le mythe de la tolérance en Andalousie : le point de vue des historiens (2)

« Dans une perspective européenne, ou plus largement euro-arabe, par ailleurs, on a trop souvent mythifié l’histoire d’Al-Andalus, où l’on a voulu voir, aussi bien en Occident que dans l’imaginaire arabe, à la fois un paradis perdu et le modèle de possibles « Andalousies » consensuelles du futur. Dans un article paru dans le Nouvel Observateur en octobre 1994, Jean Daniel évoquait une « sacro-sainte Andalousie où, pendant une soixantaine d’années environ, [avait] régné ce phénomène merveilleux et bouleversant qu’on a appelé ‘l’esprit de Cordoue ‘. Il est permis d’admirer les réalisations du califat de Cordoue et de constater que, dans sa phase centrale, il a correspondu effectivement à un moment de relatif apaisement des tensions ethno-religieuses qui ont si souvent marqué l’espaces méditerranéen au cours de l’histoire. Mais on n’est pas obligé de respecter le tabou qui semble parfois affecter une histoire d’al-Andalus excessivement marquée de volontarisme consensualiste et à laquelle on ne pourrait pas toucher de peur de détruire le fragile espoir entretenu de part et d’autre de la Méditerranée de retrouver un jour cet « esprit de Cordoue ». [...] « L’avenir, cependant, ne peut s’édifier sur des équivoques et des mythes, et al-Andalus, comme beaucoup d’épisodes de l’histoire où l’Occident et le monde arabe se sont rencontrés et confrontés, a souvent donné lieu à des interprétations quelque peu mythiques. »

Guichard Pierre, Al-Andalus, Hachette, 2000 p.11

« Au tournant du IX et X siècle, la composition ethno-religieuse de la population a donc encore l’allure d’une mosaïque composite, où se juxtaposent plutôt qu’ils ne s’associent des éléments arabes, berbères et indigènes, musulmans et chrétiens, mais aussi juifs, toujours prêts à se dresser les uns contre les autres »
 
Ibid. p.68

Le mythe de la tolérance en Andalousie : le point de vue des historiens(3)



« Les grandes lignes de la légende, dans la forme simplifiée et dramatisée sous laquelle les grands événements historiques atteignent si souvent l’imagination populaire, étaient bien définies. Les juifs avaient prospéré dans l’Espagne musulmane, avaient été chassés de l’Espagne chrétienne, et avaient trouvé refuge dans la Turquie musulmane. La réalité était naturellement plus complexe, moins idyllique, moins unilatérale. Il y avait eu des moments de persécution sous les musulmans et des moments de prospérité sous l’autorité chrétienne en Espagne-et beaucoup d’Etats chrétiens, aussi bien que la Turquie, avaient donné asile aux réfugiés juifs espagnols. Même en ses meilleurs moments, l’Islam médiéval fut assez différent du tableau offert par Disraeli et par d’autres écrivains romantiques. L’âge d’or de l’égalité des droits était un mythe, et si l’on y croyait, c’était la conséquence plutôt que la cause de la sympathie juive pour l’islam. Le mythe fut inventé par des juifs d’Europe au XIX siècle comme un reproche adressé aux chrétiens-et repris par les musulmans de notre temps comme un reproche adressé aux juifs. » 

Lewis Bernard Le retour de l’islam in Islam Gallimard p.1086
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