S'il y a un événement qui a marqué 2011, c'est bien le printemps arabe.

 

Non seulement a-t-il pris tout le monde par surprise, mais il nous a prouvé qu'il ne faut jamais vendre la peau du chameau avant de l'avoir décapité.

 

LE DOIGT DANS L'OEIL

 

Voici ce que les spécialistes du monde arabe écrivaient au début des manifestations en Égypte:

 

«Les islamistes égyptiens n'ont plus le pouvoir qu'ils avaient» (The Guardian)

 

«Il n'y aura pas de révolution islamiste en Égypte» (Tunisie Presse)

 

«Nous assistons à une révolution post-islamiste» (Le Monde)

 

«Les cache-ta-joie de la révolution égyptienne qui craignent une montée de l'islamisme ne connaissent rien à ce pays» (Libération)

 

«Ceci n'est pas une révolution islamique, islamiste ou islamisante. C'est même le contraire» (Le Devoir)

 

Or, tous ces pseudo experts se sont carrément fourvoyés. Le printemps fleuri s'est rapidement transformé en automne glacial, et le premier tour des élections législatives égyptiennes s'est soldé par l'écrasement des partis laïcs et la victoire éclatante des barbus.

 

Comme quoi Jean Gabin avait raison lorsqu'il disait: «Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien.»

 

À QUI APPARTIENT LE PRINTEMPS?

 

Pendant que les Occidentaux tendent la main aux barbus qui ont pris le pouvoir en Égypte et en Tunisie en se disant que l'Islam qu'ils défendent est «ouvert» et «modéré» (bonjour la contradiction), certains intellectuels orientaux, eux, refusent d'être aussi naïfs et optimistes.

 

C'est le cas de l'écrivain d'origine afghane Atiq Rahimi, qui a signé un texte corrosif dans l'hebdo culturel français Les Inrocks.

 

"Le monde arabo-musulman n'a pas bougé depuis le XVIIIe siècle, écrit-il. Il est resté comme en vacances. Il y a 300 ans, le monde musulman dominait le monde, avec des teintes spirituelles : ils en sont restés là, sur leurs chameaux. Pendant ce temps, le monde occidental inventait la locomotive, ou plutôt le train de l'histoire. Bref, vivait à une autre vitesse.

 

"En Égypte, au Maroc, en Tunisie, et en Algérie bientôt, ce sont les mouvements islamistes qui sont en train de s'implanter, grâce à l'intervention de l'Arabie saoudite, qui a distribué de l'argent à tout-va.

 

«Nous allons assister à une »saoudisation« des pays qui se sont révoltés au printemps. Le nombre de lapidations qui ont lieu en Arabie saoudite est incroyable et personne n'en parle, parce qu'ils détiennent le pétrole. Et puis La Mecque s'y trouve, donc c'est le centre de l'Islam.»

 

LE MYTHE DES MÉDIAS SOCIAUX

 

Il n'y a pas que les spécialistes du Moyen-Orient qui se sont plantés: les adeptes des médias sociaux aussi.

 

À les croire, il suffit maintenant d'avoir un téléphone intelligent et un compte Twitter pour implanter la démocratie dans un pays. Or, comme l'a écrit le journaliste Alain Franchon dans Le Monde, tout ça est de la foutaise.

 

"Le pouvoir ne revient pas aux gentils utilisateurs de Twitter, Facebook et autres réseaux sociaux, écrit-il: il se prend à l'ancienne, avec des partis de militants bien organisés comme ceux des islamistes.

 

«Les élections ne se décident pas dans les cafés Internet.» Après les illusions de 2011, la réalité de 2012 ?

 

 

 

 http://www.canoe.com/infos/chroniques/richardmartineau/

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