Mohammed Merah : épiphénomène social ou engagement religieux ?

Nous sommes loin de tout savoir sur Mohammed Merah et sur sa sanglante équipée qui fit sept victimes dont trois enfants, dont les familles ont été reçues, hier lundi, par les juges chargés du dossier. Avec le temps, de nouvelles révélations seront faites qui surprendront sans doute. Un fait, pourtant, commence à s’imposer de manière irréfutable : un jeune homme issu de l’immigration s’est livré à un acte de terreur aux motivations politico-religieuses avérées. L’imprécatoire Mohammed Merah n’a guère invectivé contre la montée du chômage ou des discriminations. Pour justifier ses actes, il s’est référé au conflit du Moyen-Orient, à l’expédition israélienne sur Ghaza, à la présence militaire française en Afghanistan et à l’interdiction du voile intégral.
Une analyse volontairement unidimensionnelle ?
Pourtant, quand il est mort, une grande partie des média s’est efforcée de gommer les motivations exprimées de son acte pour y substituer une pure causalité sociale. L’accent fut mis sur le sort tragique des jeunes issus de l’immigration, sur leur "aliénation", sur leur manque de perspectives dans une société barrée par l’horizon grisâtre du chômage. Bref, nous fûmes plongés dans ce qui s’appelle la culture de l’excuse. Elle se double de la "politique de la culpabilité" en direction des citoyens français.
La palme pourrait revenir au New York Herald Tribune qui écrivit le 30 mars : « Ce n’est pas Al Qaïda qui a créé Mohammed Merah, c’est la France. » Manière de dire : la responsable c’est la société française et ses injustices. Le journal américain reprenait, d’ailleurs la phrase d’un des camarades de classe du terroriste.
Certes, il n’est pas prouvé que Merah fût un agent d’Al Qaïda. Il est cependant impossible de passer sous silence les influences islamistes qui se sont exercées sur lui, bien que les média les aient édulcorées et atténuées au maximum. On sait néanmoins qu’il s’est "radicalisé" en prison en lisant le "Coran", qu’il avait, nous dit-on, un frère salafiste qu’il a rencontré en Egypte, dans une école coranique où il séjournait. Ajoutons qu’il a voyagé en Syrie, en Turquie, en Afghanistan, au Liban, tous pays où la mouvance islamiste est bien représentée.
Malgré cela, cet aspect de la personnalité du tueur fut minimisé. Nombre de journalistes ont préféré souligner son côté "loup solitaire". En somme, tout s’est passé comme si les média ne voulaient pas trop inquiéter le français moyen.
Rares finalement furent les commentateurs, comme Ivan Rioufol, qui mirent les pieds dans le plat, par exemple dans sa tribune du 30 mars au Figaro : « La majorité des Français musulmans ne peut que se sentir horrifiée et déshonorée par cette barbarie commise au nom d’Allah. Pour autant, le feu de l’islamisme couve dans les cités. Pour certains, Merah est devenu un héros. Des pages Facebook dédiées à sa mémoire ont dû être fermées. Des professeurs n’ont pu faire respecter à leurs élèves la minute de silence en mémoire des victimes. Des enseignants reconnaissent dans leur classe l’ancrage des sentiments anti-juifs. »
Peut-on, dès lors, avancer qu’il y a deux analyses du cas Merah ? Selon l’une, il serait un produit de ces cités "sensibles" où le manque de perspectives jette les jeunes dans la "désespérance". Selon l’autre, il serait le produit de la vague islamiste venue du le Proche-Orient jusqu’à nos rivages européens.
Une réalité plus complexe ?
En fait, chacun comprendra qu’opposer ces deux types de causalité est artificiel. Les deux analyses que nous venons d’évoquer n’ont rien de contradictoire. Comme l’a dit également Rioufol, le 28 mars : « Une société qui produit un tel monstre est malade, mais une religion qui enfante un tel culte de la mort est aussi une religion malade. » Tout est dit.
Entasser des immigrés par millions dans des cités plus ou moins sordides où le travail et l’opportunité de progresser socialement sont rares ne peut rien donner de bon. Que sur ce terreau se répandent des influences politico-religieuses très dangereuses est une évidence qui crève les yeux. Ces influences se répandent d’ailleurs là parce que l’ambiance politico-religieuse importée par la nouvelle immigration musulmane les favorise. Voilà une autre évidence aveuglante. Dans leur majorité, les média français se refusent à l’admettre.
Point n’est besoin cependant d’être un grand sociologue pour comprendre que la porosité de nos banlieues à l’islamisme vient de ce qu’elles sont largement musulmanes. Tous les musulmans ne sont pas des islamistes et c’est heureux. Mais rien ne garantit qu’il en sera toujours ainsi. En fait, les banlieues sont des bombes à retardement. Chômage plus islamisme, voilà en effet une combinaison détonante. Reste à éviter qu’elle n’explose. Pour cela, rien n’est plus important que d’empêcher les médias audiovisuels de provoquer la mise à feu.
La mèche des medias
J’ignore à quelle stratégie répond le déversement sur les ondes françaises, depuis 20 ans, d’une propagande calquée sur celle du FLN algérien. Mais c’est un fait, nous y avons droit et massivement. Depuis deux décennies, et avec une intensité redoublée par le cinquantenaire de l’Indépendance, les grands média nous servent, à propos de l’Algérie et de la Guerre d’Algérie, une rhétorique systématiquement anticoloniale. Au point qu’elle pourrait passer telle quelle à Radio-Alger : dénigrement inlassable de la colonisation, dénigrement de l’armée française durant le conflit, édulcoration des crimes de la rébellion et « oubli » des souffrances de diverses catégories de populations algériennes de l’époque. C’est là une pure folie.
A l’occasion du cinquantenaire, c’est un déferlement de productions biaisées, de débats truqués et de propagande anti-française. Certains journalistes et « historiens » nous servent cette soupe « agrémentée » de quelques ingrédients plus ou moins subtils, mais c’est bien de la soupe FLN qu’il s’agit : éloge déguisé du terrorisme, éloge de certains terroristes, accusations démesurées contre la colonisation et l’œuvre françaises en Algérie, accusations démesurées contre notre armée. Ceci ne peut se faire qu’avec la connivence de hautes autorités engagées dans un sombre rapprochement avec Bouteflika et consorts. Ceux qui agissent ainsi prennent une lourde responsabilité. Une fois de plus : "Caveant Consules !"
Chômage + islamisme + propagande FLN, que voilà une formule explosive au sens propre du terme ! En inondant les banlieues d’une propagande anti-française, on prend le risque d’y créer des terroristes par centaines. A continuer de la sorte, les "loups solitaires" à la Merah ne tarderont pas à chasser en meute.
 
 
Jean Monneret (historien) / http://metamag.fr/metamag-
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