L’horreur des viols systématiques commis sur les femmes algériennes durant la décennie noire du terrorisme islamiste (1991-2002) a été, pour tout Maghrébin normal, c'est-à-dire non islamiste, une réalité difficile à accepter et à comprendre. Les témoignages qui nous sont parvenus rapportent que,durant cette décennie , au moins 10 milles femmes et jeunes filles ont été victimes de rapts et de viols collectifs perpétrés par les terroristes islamistes. Les récents viols commis en Tunisie démontrent une complicité tacite des autorités provisoires, ce qui, d'après l'ONU, s'apparente à un crime contre l'humanité. De plus, ce gouvernement de la honte accuse d'attentat à la pudeur la jeune femme qui porte plainte, pour viol, contre une troïka de flics. (Journal La Presse du 29/9/2012, page 4). En Algérie la police protège les citoyennes contre les exactions islamistes. En Tunisie, après les graves incidents (contrôles musclés contre les femmes seules ou accompagnées en voiture la nuit, pour le seul fait qu'elles soient dévoilées), voici maintenant que des membres de la police passeraient à une autre étape pour terroriser les Tunisiennes. Il n'est guère étonnant que des appels à la désobéissance civile aient été émis ces jours, incitant les femmes non voilées de ne pas s'arrêter aux contrôles de police.

Bien que le sujet de la femme dans les sociétés musulmanes soit souvent discuté et analysé, il semble que le viol n’ait pas beaucoup retenu l’attention des oulémas, des écrivains ou des chercheurs: très peu de documents abordent ce sujet.
Afin de comprendre quel est le regard de l’Islam face à la problématique du viol, nous nous basons ici sur une étude publiée en 1995 dans la revue RELIGIOLOGIQUES, par Lyne Marie Larocque, docteur en sciences des religions (Université du Québec à Montréal), et détentrice d’une maîtrise sur l'Islam en Asie centrale (Université Carleton, Ottawa).

Que dit la Loi islamique au sujet du viol ?

Dans la Loi islamique, la charia, les relations sexuelles permises sont bien définies. L’adultère et la fornication sont strictement interdits pour les croyants: c’est ce que l’on nomme le zinaa. Le zinaa est par définition n’importe quelle relation sexuelle entre deux personnes qui ne sont pas légalement mariées ou reconnues légalement comme ayant une relation de concubinage. Le viol est habituellement apparenté à la notion de zinaa. Les quelques écrits qui traitent du viol et du zinaa ont comme préoccupation principale le débat qui existe autour des punitions imposées aux coupables.
Les punitions, dites hadd, peuvent être appliquées aux personnes déclarées coupables de zinaa, et peuvent être la lapidation, l’amputation de membres ou des coups de fouet, cette punition variant selon le statut marital du ou de la coupable. La communauté légale s’entend généralement pour affirmer qu’il faut quatre témoins afin de prouver la culpabilité d’une personne dans un cas de zinaa. Ces témoins doivent être des hommes musulmans (et non des femmes) de bonne réputation. Sans de tels témoins, il est impossible d’appliquer le hadd, à moins que la personne plaide volontairement coupable. Dans le cas où il n’y aurait pas de témoins, la sanction appliquée pourra être des coups de fouets, des amendes et/ou l’emprisonnement.

Ainsi donc, en cas de viol, comme il est rare qu’un tel crime soit commis en public devant quatre bons musulmans mâles, punir le coupable est donc impossible. Ce qui revient à dire que la Loi Islamique punit « virtuellement » ou "théoriquement" le violeur. Dans les faits, si on suivait cette Loi, le violeur ne risque pas grand chose.

L'application de la Loi Islamique
Les difficultés de l’application en société de ces principes légaux sont visibles dans la loi pakistanaise qui régit le zinaa. Établie en 1979, très peu de distinctions existent dans cette loi entre les crimes de viol, ceux d’adultère ou de fornication: ils sont tous considérés comme des crimes faisant outrage aux bonnes mœurs et aux règles sexuelles formulées par le Coran. En faisant de la fornication et de l’adultère un crime, cette loi réduit l’abomination du viol, puisque la fornication, l’adultère et le viol sont considérés sur le même pied d’égalité par la loi. Cette loi pakistanaise est machiavélique car si une femme intente des poursuites pour viol un homme, et qu’il est possible de prouver qu’il y a eu une relation sexuelle, mais impossible de déterminer si la femme n’a pas été consentante, elle pourrait être poursuivie pour le crime de fornication ou d’adultère! C’est souvent le cas en pays musulman, et à fortiori islamiste.
Une autre loi, celle-ci tunisienne, démontre bien que ce n’est pas l’acte de violence qui est punissable dans le zinaa, mais bien le statut illégal de la relation sexuelle. La loi de 1969 sur le viol impose qu’un tel crime soit puni, sauf si l’agresseur consent à épouser sa victime. Dans ce cas, le violeur ne sera pas puni. Cela veut dire aussi que, si un bandit, un criminel, ou n'importe quel mâle en rût, a envie d’une femme, et que celle-ci n’en veut pas, il suffit à ce mâle de violer cette femme et de déclarer ensuite vouloir l’épouser. C’est le comble de l’injustice ! C’est pour cela qu’en ce moment, en terre d’islamisme, le viol se banalise.
Ce qui semble découler de ces différentes législations est que le viol n’est pas considéré indépendamment de la relation sexuelle. Alors qu’en Occident il est généralement accepté que le viol est un crime de violence qui a peu en commun avec la relation sexuelle, dans les divers pays de l’Islam, c’est l’acte sexuel non légitime qui est la source du crime.
Afin d’illustrer la différence entre les perspectives occidentale et islamique, G.-H. Bousquet explique que, dans l’école de droit malékite, une relation sexuelle avec un être non sexué — avec un animal ou avec un bambin, par exemple — ne peut pas être considérée comme un zinaa. Si un enfant est trop jeune pour éprouver une sensation sexuelle à la suite d'une agression sexuelle, il n’y aura pas eu de viol. Ces comportements ne sont pas souhaités et seront punis, mais ils ne seront pas considérés comme sexuels et il n’y aura pas eu de zinaa. Ce qui fait dire à beaucoup de gens, en Occident et ailleurs, que l’Islam ne punit ni la zoophilie ni la pédophilie. On a vu, récemment, un « pseudo-ouléma » émettant une fatwa autorisant la nécrophilie.

Le viol, une injure à l’ordre social

Les différentes perceptions face à la sexualité et face à la virginité des femmes se confondent avec les notions de vertu et d’honneur dans la plupart des sociétés musulmanes puisque, socialement, l’individu applique la notion d’honneur tant à lui-même qu’au clan. Ce lien entre l’honneur et la sexualité féminine semble particulièrement important dans les sociétés arabo-musulmanes.
Dans les sociétés islamiques, il n’y a pas d’échappatoires qui permettraient à une femme violée, souillée par une relation sexuelle non légitime, de se débarrasser de cette souillure et de réintégrer la société. Puisque le viol est une injure à un ordre établi — les règlements qui régissent les relations sexuelles établies par le Coran — et que la société est dépourvue de moyens pour classifier cette situation, la victime doit donc être évacuée et bannie de la société, tel que démontré dans les exemples cités en Algérie et au Pakistan.
Il est important de noter que les notions de virginité et d'honneur face à la problématique du viol circulent dans la plupart des sociétés musulmanes, indépendamment de la culture ou du pays d’origine.

L'Onu a fait du viol un crime contre l'humanité

Les Nations unies estiment que le viol et toute autre forme de violence sexuelle peuvent constituer "un crime de guerre, un crime contre l'humanité ou un élément constitutif du crime de génocide". (résolution 1820).
En conséquence, les Nations unies estiment désormais que le viol et toute autre forme de violence sexuelle peuvent constituer "un crime de guerre, un crime contre l'humanité ou un élément constitutif du crime de génocide". De facto, ces crimes deviennent donc imprescriptibles au regard du droit international, et le Conseil de sécurité appelle à les exclure du bénéfice des mesures d'amnistie prises dans le cadre de processus de règlement de conflits.

Conclusion

Malgré les principes de droit islamique qui stipulent qu’une femme n’ayant pas consenti à participer au zinaa ne doit pas être punie, l’application de ces principes n’est pas visible dans les sociétés musulmanes. Une corrélation semble s’établir à l’effet que le viol tend à avoir la même connotation qu’une activité sexuelle normale. Si on compare la situation d’une femme violée dans un contexte particulier et la situation des femmes qui sont collectivement violées dans un contexte de guerre, peu de différences apparaissent quant à la stigmatisation et à la marginalisation de celles-ci. Une telle stigmatisation s’applique même lorsque la communauté est parfaitement au courant des circonstances entourant ces viols, comme ce fut le cas en Algérie.

L’Islam, en tant que système religieux, est silencieux sur le viol. Les sociétés musulmanes, en tant que systèmes culturels, sont incapables ou ont de grandes difficultés à réintégrer les victimes de viol dans leurs sociétés. Les islamistes en profitent honteusement.
 
 
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