Les persécutions contre les chrétiens sont toujours plus graves et plus nombreuses. Quelle est votre explication ?

Cette progression des persécutions anti-chrétiennes se poursuit depuis les événements de septembre 2001. Certains extrémistes, et pas seulement musulmans, ont ressenti un sentiment de victoire. Les attaques sont dirigées contre les chrétiens, considérés comme les alliés de l’Occident. Au Moyen-Orient, les chrétiens sont assimilés aux croisés, anciens et récents, tandis qu’en Afrique du Nord, ils sont plutôt ressentis comme des colons.

La situation est particulièrement tendue en Égypte et en Syrie. Pour quelles raisons ?

Les chrétiens de Syrie ont beaucoup de soucis à se faire. Si le gouvernement tombe, cela va se passer comme en Irak. Jusqu’à maintenant, les chrétiens étaient protégés par Bachar al-Assad, comme ils l’étaient, en Irak, par Saddam Hussein. Le gouvernement syrien est un gouvernement de minorités, face à une majorité sunnite. En Égypte, les persécutions se renforcent, avec la montée en puissance des salafistes qui veulent instaurer la charia partout. Cela encourage les Coptes à partir. Depuis longtemps, il y a un mouvement de fuite des Coptes vers l’Amérique du Nord. Même en l’absence de persécutions, ils préfèrent vivre ailleurs qu’au Caire. Cela ne va pas s’améliorer…

Autre point chaud, le Nigeria. On semble découvrir le problème de la persécution des chrétiens dans ce pays d’Afrique. Mais, est-ce nouveau ?

En 2009, des centaines de fidèles ont été brûlés dans leurs églises. C’était à l’époque de la prise d’otages à Bombay, en Inde, dont on parlait beaucoup plus. Le Nigeria est coupé en deux et la situation ne s’y améliore pas mais c’est loin d’être nouveau.

Y a-t-il, dans certains pays, des raisons d’espérer ?

Globalement, la situation s’aggrave. Cependant, certains pays où les chrétiens sont persécutés ont pris conscience qu’il fallait agir pour endiguer la spirale de la violence. Je pense aux Émirats. À Abu Dhabi et au Qatar, on construit des églises. Celles-ci sont destinées aux immigrants chrétiens, tels que les Philippins. Ces pays sont sensibilisés aux problèmes interreligieux et organisent même des colloques sur la question où j’ai pu voir assis à la même table des rabbins israéliens et des cheikhs islamiques palestiniens. C’est extrêmement positif.

 

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