Les chrétiens pakistanais sont considérés comme des sous-hommes. C’est ce qu’enseigne la doctrine musulmane au Pakistan. Et c’est ce que dénonce un courageux homme politique pakistanais, Michaed Javed, dans un entretien accordé à l’Agence Fides. DH.

« Dans certaines zones de Karachi, les chrétiens se trouvent dans des conditions pires que l’esclavage et

Michael Javed (photo prise en 2005)

les institutions ne s’en occupent pas. Ils sont privés de droits, discriminés et violentés. Il sont considérés comme indignes du seul fait qu’ils sont chrétiens » : c’est ce que déclare dans un entretien accordé à l’Agence Fides, Michael Javed, homme politique catholique, ancien membre de l’Assemblée provinciale du Sindh. Javed, qui appartenait, par le passé, au Parti du Peuple pakistanais (le parti actuellement aux affaires au niveau fédéral au Pakistan) a récemment adhéré au Pakistan Tehreek-e-Insaaf (PTI), le nouveau parti formé pas l’étoile montante de la politique nationale, Imran Khan. Javed s’était, dans un premier temps, vu remettre le siège au Parlement fédéral qui avait été celui de Shabhaz Bhatti, mais la Commission électorale, au travers d’une décision contestée, a ensuite assigné le siège en question à un sénateur hindou.
Javed, quels sont les auteurs et les motifs des abus à l’encontre des chrétiens dans la zone de Karachi ?
Je voudrais tout d’abord dire qu’il s’agit d’une situation horrible : des enfants violés dans des « cellules de torture », c’est épouvantable. Plus de 5 000 chrétiens d’Essa Nagri, d’Ayub Goth et de Bhittaiabad se trouvent sous pression et vivent dans la terreur. Les auteurs des violences sont membres de partis ethniques et islamiques comme la Pasthun Student Federation et d’autres mouvements. Certains disent que nous sommes philo occidentaux et que nous ne devons pas avoir le droit d’aller à l’église. Ils ne nous veulent pas dans un État qui, selon eux, devrait être islamique. Souvent, nous ne pouvons pas ouvrir la bouche. Nous sommes pires que des esclaves. Ces jours derniers, dans le cadre d’une attaque ayant intéressé la zone de Butukaluni, les militants ont dévasté des maisons et des biens appartenant à des chrétiens sans que personne ne les arrête.
Quelles sont les causes de cette situation ?
Aujourd’hui, les chrétiens vivent au Pakistan dans de graves conditions d’insécurité. Ils ne disposent pas de représentation publique et n’ont aucun poids sur la scène politique. Avec le système de l’électorat conjoint [les membres des minorités religieuses sont élus sur les listes de tous les partis NDR], les chrétiens en politique sont nommés par les partis politiques et par suite conditionnés. Nous sommes en train de disparaître de la scène politique. Lorsque j’ai demandé à la police et aux institutions d’intervenir pour faire cesser les violences à Karachi, personne ne m’a écouté et tous semblent indifférents. Personne ne prend à cœur la situation des chrétiens parce que, dans la mentalité commune, nous sommes des « citoyens de seconde zone ».
Que demandez-vous à la communauté internationale ?
Je voudrais dire à la presse internationale qu’elle est la bienvenue ici, afin de documenter les conditions inhumaines dans lesquelles vivent les chrétiens. La communauté internationale ignore souvent cette situation et l’information est importante. Nous sommes très éprouvés et les institutions n’agissent pas. J’ai cherché à être une voix forte en défense des chrétiens après la mort de Shabhaz Bhatti. Je repose mes espoirs dans le nouveau parti d’Imran Khan. Je sais qu’en disant cela, je suis moi-même en danger mais dans le pays, il faut des voix fortes pour défendre la vie et les droits des chrétiens.

Source : Agence Fides

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