Avec plus de 6000 morts dans le pays (et ce chiffre progresse de manière effrayante chaque jour), la Syrie est plongée dans ce qui ressemble de plus en plus à une guerre civile. Au milieu, les chrétiens ne savent plus à quel saint se vouer.

De Damas à Alep, la répression féroce de manifestants pacifiques réclamant des réformes politiques, ordonnée par le président Bachar Al Assad a entrainé la création d’une opposition armée, l’Armée syrienne libre, constituée principalement de déserteur de l’armée refusant de tirer sur leurs compatriotes. Près de 10% de la population, les membres des Églises chrétiennes sont pris dans cette spirale de la violence.

Quelle était jusqu’alors la situation des chrétiens en Syrie ?

La situation des chrétiens étaient l'une des plus paisibles du Moyen Orient. Ils pouvaient vivre leur foi et ne souffraient pas de discrimination. Toutefois, tout n’est pas si rose. En 1963, le régime syrien a nationalisé les écoles. Les Églises ont alors perdu beaucoup de biens immobiliers. « Depuis, les évêques ont été mis au pas et ne montent plus au créneau ; ils sont terrorisés », affirme Mgr Philippe Brizard, ancien responsable de l’Œuvre d’Orient.

La division des chrétiens en multiples Églises, fruit de l’histoire de ce berceau chrétien, facilite l’emprise du pouvoir politique. « Il y a sept évêques rien que dans la ville d’Alep, explique le père Brizard. Chaque évêque essaie de se faire bien voir du pouvoir pour sa petite communauté. Et les Eglise n’hésitent pas à cultiver leurs particularismes pour exister. »

Quelle est le positionnement des chrétiens dans le conflit ?

La hiérarchie chrétienne soutient très majoritairement le régime syrien, avec plus ou moins de discrétion. Certains évêques ou religieux n’hésitent pas à s’afficher avec le Président syrien depuis le début de la contestation dans des shows au service de la propagande du pouvoir. Comme sœur Mariam-Agnès de la Croix, ancienne carmélite et fondatrice du monastère Saint-Jacques-l'Intercis situé à Qâra, près de Homs, qui a basculé dans la politique.

S'exprimant majoritairement sur des sites d'extrême droite, elle s'est attelée à accueillir les journalistes voulant couvrir le conflit actuel estimant qu'ils ne font pas leur travail. Ce fut notamment le cas du groupes voyageant avec Gilles Jacquier, grand reporter de France 2 tué sur place le 13 janvier.

Devant eux, elle fustige les médias occidentaux : « Je veux montrer l'autre partie du tableau. Je joue un projet important, cela fait partie de ma mission. » Et de citer l'évangile : « L’homme ne vit pas que de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Cette parole, c’est la vérité. L’opinion publique a besoin de vérité. C’était faux qu’il y avait des armes de destruction massive en Irak, et on a attaqué Saddam Hussein. C’était faux que Kadhafi allait faire un génocide contre son peuple en Lybie. L’Onu a fait 150 000 morts. »

« Beaucoup de chrétiens, qui ont tiré leur épingle du jeu grâce au régime de Bachar Al Assad, raisonnent ainsi : aujourd’hui on sait à qui on a à faire, demain non », explique le père Brizard. La majorité des chrétiens s’accommoderait donc bien du leader actuel. D’autant plus qu’ils craignent l’arrivée d’un pouvoir sunnite salafiste, pratiquant un islam fondamentaliste et qui pourrait leur appliquer des discriminations.

C'est le discours que ne cesse de relayer soeur Mariam-Agnès : « Depuis des mois, en Syrie, les chrétiens d'Orient sont gravement menacés par des terroristes islamistes étrangers et syriens utilisés par les puissances occidentales (pour des raisons économiques et géopolitiques) pour faire tomber le régime laïc. Avec, à terme, l'installation inéluctable d'un régime islamique basé sur la charia, comme en Libye aujourd'hui. »

« Il faut les comprendre, justifie le père Brizard. Ils ont en tête ce qui est arrivé aux chrétiens irakiens, dont certains ont trouvé refuge en Syrie. Le gouvernement syrien est le dernier gouvernement laïque du Moyen-Orient. »

Toutefois les chrétiens ne sont pas un bloc monolithique. Certains ont rejoint individuellement la résistance pour faire tomber la dictature syrienne.

Y a-t-il aujourd’hui des menaces spécifiques contre les chrétiens ?

Pas actuellement, selon nos informations. Un religieux de Homs s’occupant d’aide humanitaire ne signale pas de menaces ou de violences spécifiques en direction des chrétiens. S’il y a des déplacements de population dans la ville de Homs, c’est en raison des combats en cours, pas d’une persécution.

« On ne peut pas aller travailler, explique un chrétien de Homs qui désire rester anonyme. Alors on se met à l’abri dans les villages où on a de la famille. »

Des chrétiens partisans de Bachar Al Assad, dont sœur Myriam-Agnès, signalent des exactions à Homs dans les quartiers tenus par l’opposition : des familles chrétiennes seraient incitées à partir, voire « assassinées par des terroristes ». Sans confirmation recoupant son témoignage.

Pour autant, l’avenir des chrétiens de Syrie est peut-être sombre. « Les chrétiens pourraient être persécutés à l’avenir pour des raisons politiques, pas religieuses », s’inquiète le père Brizard.

 

 

 

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