Les socialistes et l'étiquette halal

Rayonnage halal dans un supermarchéDès l’an dernier, un député PS exigeait une information claire sur l’abattage rituel.

Lorsque l’on est élu de Seine-Saint-Denis, la question du halal n’est pas nouvelle. Et un consommateur, musulman ou non, doit être informé de ce qu’il va acheter. C’est un droit et c’est à l’État de veiller au respect de ce droit. Cette affirmation, qui déclenche un scandale à gauche quand elle est prononcée par la droite, n’est pourtant le fait ni de l’UMP ni du Front national. Rapportée par le Bondy Blog, un média en ligne qui veut faire entendre “la voix des quartiers populaires”, elle émane de Daniel Goldberg, député PS de Seine-Saint-Denis et conseiller municipal de La Courneuve. Cet élu dionysien avait alerté les pouvoirs publics dès l’an dernier, en insistant sur le droit des consommateurs musulmans à savoir ce qu’ils mangent. Des contrôles avaient révélé la présence de porc dans des saucisses de volailles présentées comme halal et distribuées en hypermarché.

« Alors que le marché de la viande et des produits halal est en forte croissance, le caractère halal de certains produits est de plus en plus fréquemment mis en doute par des consommateurs musulmans », résumait Daniel Goldberg en août2011.

Aussi demandait-il que « l’État impose une normalisation de l’information par un étiquetage simple et compréhensible qui permette au consommateur musulman d’être mieux informé sur la réalité de son achat (techniques d’abattage, références du certificateur…) ». Il avait écrit dans ce but à Frédéric Lefebvre, secrétaire d’État à la Consommation, et à Claude Guéant, ministre de l’Intérieur.

Le PS – qui n’avait rien trouvé à redire à cette proposition – s’indigne quand elle est reprise par Nicolas Sarkozy et Claude Guéant, au motif que Marine Le Pen en a reparlé. Il dénonce aussi les propos du ministre de l’Intérieur sur le droit de vote des étrangers, que François Hollande veut leur accorder aux élections locales. « Nous ne voulons pas que des conseillers municipaux étrangers rendent obligatoire la nourriture halal dans les repas des cantines ou réglementent les piscines à l’encontre des principes de mixité, a dit le ministre le 2 mars. Accepter le vote des étrangers, c’est la porte ouverte au communautarisme. »

Porte-parole de François Hollande, Manuel Valls a aussitôt jugé ces propos « nauséabonds ». « Jour après jour, M.Guéant continue de se vautrer comme un pourceau obsessionnel dans ses idées dégoûtantes », a renchéri Cécile Duflot, révélant la vraie nature d’une gauche prompte à donner des leçons d’élégance. Pour le PS et ses alliés, le halal à la cantine relèverait du fantasme. La lecture d’un rapport du Haut Conseil à l’intégration (HCI) devrait pourtant les inciter à la prudence. Ce document de janvier 2011 s’intitule “Les défis de l’intégration à l’école”.

Les cantines sous pression communautaire

Selon ses rédacteurs, « des groupes se forment au sein des cantines » dans plusieurs collèges des communes qu’ils ont visitées. « Les raccourcis langagiers pour désigner les groupes témoignent d’une vision communautarisée de ces établissements [on y parle de “tables porc” et de “tables sans porc”]. La demande de menus halal est forte, et cette demande concerne aussi, dès le plus jeune âge, les crèches collectives ». Des pétitions de demandes de repas halal ou parfois casher circulent dans certaines villes. « Lors de périodes religieuses comme le ramadan, les élèves sont soumis à la pression communautaire et doivent suivre le groupe sous peine d’en être exclus. Les railleries, les moqueries, les insultes sont le lot de ceux qui n’affichent pas leur pratique ».

Dans son livre, Banlieue de la République (lire pages 32 et 33), Gilles Kepel consacre plusieurs pages à ce problème. Des familles n’inscrivent pas leurs enfants à la cantine car le coût en est trop élevé. Cette barrière sociale se double, dans le cas de certains musulmans, « d’une prévention culturelle et religieuse face à une nourriture refusée car non halal ». Il évoque aussi « la gestation d’un lobby musulman » que veut incarner une organisation locale, l’Union des associations musulmanes de Seine-Saint- Denis (UAM 93). « En sautant le pas du vote communautaire, [ses responsables] manifestent, à leur manière, la prise en compte de la citoyenneté de leurs ouailles pour exprimer des revendications spécifiques dans un espace politique français qu’ils aspirent à transformer », écrit-il.

S’il est trop tôt pour « en apprécier l’attractivité sur les électeurs musulmans » auxquels s’offrent évidemment d’autres voies d’expression politique, cette tentation communautaire ne peut pas être ignorée. 

 

Fabrice Madouas : http://www.valeursactuelles.

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