Lettre du frère Rachid* au roi du Maroc

 

Je m’appelle Rachid, un chrétien marocain depuis des années. Je vous adresse ce message à l’occasion des évènements que subit notre aimable pays afin de vous exprimer nos souffrances, à nous les chrétiens du Maroc.

En tant que chrétien, je respecte S.M. le roi Mohammed VI et je lui souhaite le succès et la bénédiction conformément aux enseignements de l’Évangile qui nous le recommande. Je suis certain que tout chrétien marocain éprouve les mêmes sentiments et le même respect à l’égard de S. M. le roi.

En tant que chrétien marocain je voudrais réclamer du roi directement, en sa qualité de roi du pays et premier responsable de sa sécurité et de tout ce qui s’y passe, je réclame mon droit et celui de nombreux marocains comme moi qui endurent l’amertume dans le contexte d’une absence totale de liberté de croyance et d’expression.

Je réclame le droit pour des Marocains, de pouvoir changer de religion et de choisir celle que nous souhaitons sans que l’État s’y immisce, puisque la religion demeure une affaire personnelle qui relève de chaque individu. Nous ne voulons pas nous trouver condamnés, par le fait des pressions exercées par des agents de sécurité, ou bien à la servilité et au silence amer, ou bien à fuir notre pays par crainte de la violence de ces services qui sont censés veiller à notre sécurité et non pas à nous horrifier.

Je réclame qu’il y ait pour nous chrétiens marocains le droit de pouvoir disposer de la Bible en langue arabe dans les librairies et bibliothèques, ainsi que dans nos maisons, nos bureaux et nos valises sans être en butte à des fouilles et des ennuis. Je ne crois pas que le Maroc puisse être à l’aise si on empêche les Marocains à l’étranger de disposer d’un Coran dans leurs valises, leurs maisons et leurs magasins. Pourquoi cette politique de deux poids et deux mesures ? Pourquoi veut-on nous priver du livre saint que nous sanctifions et sublimons ?

Je réclame que le gouvernement nous accorde le droit au mariage civil ou au mariage chrétien à l’église, et qu’il soit officiellement reconnu. Nous refusons d’être forcés à conclure un mariage et qu’il serait reconnu parce qu’ayant été conclu selon la sunna d’Allah et de son messager, même si on ne croit pas à ce dernier ni à sa sunna.

Est-ce que les musulmans marocains acceptent qu’ils soient forcés à l’étranger de se marier, par exemple, selon le rite d’une religion autre que la leur ? Où est la justice ? Faut-il donc imposer la religion de la majorité à la minorité ?

Je réclame le droit d’enseigner à nos enfants la religion chrétienne. Il est impensable pour nous chrétiens, que nos enfants doivent apprendre la religion musulmane dans les écoles. Est-ce que les musulmans marocains accepteraient volontiers que leurs enfants doivent apprendre la religion chrétienne, ou n’importe quelle autre religion dans les pays étrangers ?

Je réclame que le gouvernement nous accorde le droit de réunion, le droit du culte et la pratique de nos rites religieux, car c’est une composante fondamentale de notre religion. Nous ne voulons pas être acculés à nous réunir dans des maisons closes afin d’échapper à tout instant à des descentes de police.

Nous ne sommes ni des voyous ni des trafiquants de drogue pour être traités de la sorte. Nous sommes des gens qui croient en Dieu et suivent Jésus Christ. Nous voulons obtenir les droits que les traités internationaux nous garantissent.

Le Christianisme n’est ni une secte ni un schisme. C’est une religion reconnue dans le monde entier. Il faut la respecter et respecter également ceux qui y appartiennent.

Je réclame que le gouvernement et les services de sécurité et de renseignements cessent de nous poursuivre, de nous surveiller, de nous menacer, de nous harceler parfois par des campagnes abusives parfois par des interpellations et des détentions illégales.

Nous sommes des citoyens marocains prêts à mourir pour notre patrie. Nous ne cherchons ni le pouvoir ni un coup d’état. Nous sommes pacifistes. Jamais un chrétien marocain n’a été impliqué dans un acte criminel, ni dans des manœuvres subversives ou opérations terroristes.

Certes, nous ne différons en rien des citoyens ordinaires que par la croyance seulement.

Je réclame le droit d’octroyer à nos enfants des noms chrétiens. Il n’est ni concevable ni raisonnable qu’on leur donne obligatoirement des noms musulmans, sous prétexte que le ministère de l’Intérieur fournit une liste des noms autorisés dans le pays. C’est une violation flagrante de nos droits et de ceux de nos enfants. Nous voulons des noms qui reflètent l’identité religieuse de nos enfants. C’est un droit naturel que les traités et accords internationaux garantissent à tout être humain.

 

Je réclame que les femmes chrétiennes puissent avoir le droit de se marier avec des hommes chrétiens étrangers. Jusqu’alors, la loi marocaine considèrent comme musulmanes toutes les marocaines. Elles ne sont pas autorisées à se marier avec des non musulmans. C’est une loi abusive qui viole gravement le droit des chrétiennes marocaines. Comment peut-on forcer des jeunes filles chrétiennes au mariage avec des musulmans ?

 

Je réclame que les nouvelles réformes au Maroc reflètent le respect des minorités religieuses dans le pays. Sinon, toute constitution, ou toute loi ne respectant pas la liberté de croyance ni celle de son expression, sera considérée comme abusive et inhabituelle. Elle sera, par conséquent destinée à disparaître tôt ou tard. Les lois injustes ne durent pas éternellement.

 

Majesté ! Permettez-moi de vous dire enfin : Vous êtes jeune, vous avez étudié à l’étranger, vous avez voyagé, vous avez bien remarqué que les libertés constituent les fondements du progrès des peuples. Accordez-nous notre liberté pour vivre comme chrétiens ! Interdisez à vos services de sécurité de nous harceler ! Éloignez-les de nos maisons, de nos familles ! Libérez notre frère Jamih Ayat Belkrim, incarcéré à cause de sa croyance à la prison de Qoneitra depuis 2005, uniquement parce qu’il est chrétien. Donnez vos instructions afin de nous permettre d’adorer Dieu à notre manière ! C’est un péché de la part de vos services de nous affliger dans notre vie quotidienne, uniquement sous prétexte que nous ne sommes pas musulmans comme eux, alors que nous adorons Dieu aussi ! !

 

Finalement, et afin que personne ne soit sanctionné ni poursuivi à cause de mes déclarations et qu’on ne leur applique pas le proverbe marocain : « Le minaret de la mosquée est écroulé et ils ont pendu le coiffeur » (Ce qui veut dire que ce dernier n'est pour rien dans l'écroulement du minaret, mais il est accusé et condamné), j’avoue donc que je demeure l’unique responsable de ces déclarations.

Tout chrétien marocain ne peut en être considéré comme responsable s’il les approuve librement dans la discrétion ou publiquement.

 

Je demande à tous les Marocains libres de soutenir la liberté et les droits de l’homme, car ce sont les seules garanties pour nous afin de pouvoir vivre ensemble dans un climat de dignité et de liberté, même si des désaccords intellectuels, politiques ou idéologiques subsistent entre nous.

Je salue tout le monde !

 

Oui, pour un Maroc démocratique, juste !

 

Non, pour une constitution qui ne respecte pas les libertés, y compris la liberté religieuse !

 

*Le frère Rachid est pasteur évangéliste. Il anime en arabe depuis 2005 à la télévision Alhayat l’émission « Question audacieuse », un programme diffusé en direct tous les Jeudis de 19.00 à 20.00 (GMT) et que plus de 100 millions de téléspectateurs dans le monde arabo-musulman regardent régulièrement. Dans ce programme, le frère Rachid reçoit régulièrement des musulmans qui témoignent de leur conversion au Christ, débat avec des musulmans sur les questions concernant leur doctrine et condamne la persécution des chrétiens en terre d’islam.

*Le texte est traduit de l’arabe par Maurice Saliba.

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