Au nord du Mali, l’application de la charia est source de désaccord entre les rebelles touaregs du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et le groupe armé Ançar Dine. La tension est montée d’un cran entre les deux mouvements dans la nuit du jeudi au vendredi derniers, dans la ville de Kidal.

Depuis le coup d’Etat du 22 mars dernier, le nord du Mali est sous le contrôle de groupes armés touaregs. Après un accord de fusion entre islamistes et membres du Mnla, des divergences sur l’application de la charia ont entrainé des affrontements entre les deux parties. Ce qui contribue à envenimer la situation au septentrion du Mali où les islamistes d’Ansar Dine et leurs alliés Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et Mujao, adeptes du djihad, sont désormais dominants aux dépens des touaregs du Mouvement national de libération de l’Azawad (Mnla) qui tient à sa république indépendante mais laïque.
Après l’échec de la tentative de rapprochement des deux groupes antagoniques, notamment avec la tentative avortée de fusion de la semaine dernière, des affrontements ont éclaté dans la nuit de jeudi à vendredi dernier entre les deux groupes armés, près de Kidal. Un fonctionnaire de la ville a annoncé avoir entendu des tirs nourris à l’arme automatique. C’est la première fois que ces groupes se trouvent réellement en situation de confrontation directe.
Une crise tribale?
Les affrontements à Kidal ont opposé les Touareg des tribus Tagamalète et Idnane, aux combattants Iforas d’Ançar Dine. C’est la preuve que la division s’installe progressivement au sein des groupes armés touareg. La crise devenant de plus en plus tribale. Pour le mouvement islamiste, cet affrontement est la suite logique d’une démarche de déstabilisation d’Ançar Dine par le Mnla qui manipule à Kidal des civils contre le mouvement islamiste.
Des habitants de la ville, surtout des femmes et des jeunes, avaient en effet manifesté à deux reprises, respectivement les 5 et 6 juin, contre la présence des islamistes en exprimant leur soutien au Mnla. Mais la première manifestation avait été violemment dispersée. Par ailleurs, un nouveau groupe armé, le Mouvement des patriotes pour la résistance et la libération de Tombouctou (Mprlt), a annoncé jeudi, sa création en vue de chasser les islamistes de Tombouctou. Il est essentiellement composé des Songhaï de Tombouctou.
La loi islamique au cœur des tensions
Ançar Dine et le Mnla avaient pourtant annoncé le 26 mai un accord de fusion pour créer un Etat islamique. Mais ce projet de fusion a été dénoncé par une partie des rebelles touaregs, évoquant des désaccords sur l’application de la charia.
L’un des porte-paroles du Mnla, Mossa Ag Attaher, a expliqué à une radio internationale que son mouvement avait accepté le mot d’Etat islamique, mais sur la base d’un islam modéré et tolérant, et le mot charia ne devait être mentionné nulle part. Aujourd’hui, le mouvement indépendantiste n’est pas prêt à se retrouver enfermé dans la charia du jour au lendemain.
L’Union africaine se tourne vers l’Onu
Dans ce contexte, l’Union africaine, qui avait rejeté la déclaration d’indépendance du Mnla, va saisir l’Onu pour obtenir son appui pour une intervention militaire dans le nord malien. Ils ont annoncé jeudi soir à Abidjan que les responsables des Nations unies, de l’Ua et de la Cédéao, réunis dans le groupe de soutien et de suivi sur la situation au Mali, ont jugé nécessaire de mobiliser tous les moyens appropriés, y compris militaires, pour aider le gouvernement de la transition à reprendre les régions du nord dans les plus brefs délais et combattre les groupes terroristes.
Le chef de l’Etat béninois et président en exercice de l’Ua, Boni Yayi, avait lancé le 30 mai dernier l’idée d’une saisine du Conseil de sécurité de l’Onu en vue de la création d’une force africaine d’intervention au Mali. Mais les contours, les composantes et le mandat exact d’une éventuelle opération militaire dans le nord malien ne sont toujours pas déterminés.
Cette tension entre le mouvement national de libération de l’Azawad et l’alliance islamiste est un signal fort pour le gouvernement malien et la communauté internationale pour accélérer le processus de l’intervention militaire.
Source : Le Prétoire
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