SITUATION SÉCURITAIRE À L'INTÉRIEUR DU MALI

Une véritable poudrière

 
Une véritable poudrière

Rebelles touareg et islamistes armés cherchent à s'approprier le nord du pays.

Les putschistes auraient-ils mal calculé leur coup? Pourront-ils assurer la sécurité du pays et contrer l'avancée des Touareg dans le Nord? Si elles ont fait une ouverture en proposant des discussions de «paix» avec l'opposition, les nouvelles autorités sont dans l'immédiat confrontées à la menace que fait peser l'avancée des rebelles touareg et des islamistes armés dans le nord du pays. En renversant les institutions républicaines au Mali, les insurgés donnent, sans forcément s'en rendre compte, un coup de main aux rebelles et autres terroristes estampillés Aqmi ou Boko Haram pour s'enraciner solidement en Afrique de l'Ouest. Latent depuis la décennie 1990, le conflit entre le nord et le sud du Mali s'est exacerbé avec l'effondrement de la Libye et son passage, par une invraisemblable légèreté occidentale, sous gouvernance islamique avec l'intervention de l'Otan. Une exacerbation amplifiée par la volonté prêtée à un ancien dirigeant touareg, Iyad Ag Ghali, de vouloir instaurer la Charia au Mali.

Face au double défi représenté par le réveil de la révolte touarègue, encadrée notamment par le Mouvement national de libération de l'Azawad (Mnla) et l'activisme des katibas d'Aqmi (Al-Qaîda au Maghreb islamique), le Mali risque fort d'en sortir très affaibli, confronté à la progression quasi quotidienne de l'offensive touarègue dans le Nord. De nombreuses incertitudes demeurent sur la situation militaire. La rébellion touarègue est bien décidée à poursuivre sa marche en avant. Effectivement, le Mnla a annoncé vendredi dernier que le putsch, justifié par ses auteurs par l'échec de l'armée face aux rebelles, ne changeait rien à «la poursuite de son offensive». L'absence d'interlocuteur pour d'éventuelles négociations conforte, évidemment, la rébellion touarègue, dans sa stratégie de refoulement par les armes des autorités nationales hors des frontières de l'Azawad, le pays touareg. L'une de ses composantes, le mouvement islamiste Ansar Dine affirme, quant à elle, viser Kidal, une des villes les plus importantes du Nord-Est, dont la chute est «imminente» selon le groupe islamiste armé touareg Ansar Dine.

Ce mouvement veut appliquer la charia (loi islamique) par «la lutte armée» et a déjà revendiqué le contrôle des localités d'Aguelhok, Tessalit et Tinezawaten (nord-est). Des combats auraient éclaté avant-hier dans cette ville qui est l'une des plus importantes de l'Azawad. La junte doit également faire face à un fort isolement diplomatique. Ce qui ne fait qu'aggraver son cas. De son côté, l'état-major malien ne s'est toujours pas «ouvertement» prononcé sur le soulèvement du capitaine Sanogo. Il est installé à Gao dans le nord pour diriger les combats contre la rébellion touarègue alors que le capitaine putschiste et son entourage sont retranchés à Kati, une ville garnison proche de Bamako.

La distance entre les généraux et les soldats mutins n'est pas seulement géographique. Peu payés, ces derniers accusent leurs supérieurs de s'être enrichis en couvrant les trafics transfrontaliers qui se sont développés ces dernières années dans le Sahara (...) Dans un contexte politico-militaire aussi tendu, les putschistes pourraient se voir usurper leur démonstration de force. Si les Touareg et le mouvement islamiste Ansar Dine continuaient leur avancée dans le Nord, les soldats du capitaine Amadou Sanogo, l'architecte du putsch, ne seront certainement pas capables, dans les circonstances actuelles, de les stopper et de faire face à la crise qui s'annonce très tendue. Et dire que le capitaine Sanogo avait justifié leur coup d'Etat par l'échec du régime déchu face à la nouvelle rébellion touarègue, lancée mi-janvier avec parfois le soutien de groupes islamistes armés, en particulier Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi)!

 

 

 

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