Hamza Kashgari est un journaliste saoudien de 23 ans accusé d'avoir insulté l'islam dans des messages sur Twitter. Il risque d'être condamné à mort par la justice saoudienne barbare. Une pétition internationale a été lancée pour le soutenir. Je vous encourage à la signer en cliquant ici.

L'ancien ministre de la Justice du Canada, Irwin Cotler, a offert d'agir comme conseiller juridique international pour Kashgari, qui milite pour la liberté de pensée, d'expression, de parole et de religion.

L'article ci-dessous du Washington Post est de David Keyes, co-fondateur de CiberDissidents.Org

Hamza-Kashgari
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Le journaliste saoudien Hamza Kashgari a été emprisonné en Malaisie mercredi soir et il est susceptible d’être extradé prochainement en Arabie saoudite, où il sera jugé pour blasphème. Kashgari, 23 ans, a fui le Royaume lundi après avoir reçu des milliers de menaces de mort. Son crime? Il a posté sur Twitter une série de conversations fictives avec le prophète islamique Mahomet.

«Le jour de ton anniversaire, je te retrouve en face de moi où que j’aille, a-t-il écrit dans un tweet. J’aime beaucoup de choses en toi, mais il y a aussi beaucoup de choses que je ne comprends pas ». Et aussi : «Aucune Saoudienne n’ira en enfer, parce qu’il est impossible de s’y rendre deux fois ».

Les tweets sont apparus la semaine dernière lors de la commémoration de la naissance de Mahomet ; l’épreuve de Kashgari venait de commencer. Quelques heures avant sa détention, Kashgari m'a parlé au téléphone de la maison où il se cachait. «J’étais assis avec des amis et l'un d'eux a vérifié Twitter sur son téléphone mobile », a-t-il dit. « Soudainement, il y a eu des milliers de tweets disant que je suis contre la religion et demandant que je sois exécuté ».

Kashgari a posté un tweet d’excuses : « J’ai effacé mes anciens tweets parce que je me suis rendu compte qu’ils pouvaient être pris pour une insulte au Prophète. Je ne veux pas être mal compris », dit-il. Mais le mal était fait. Le régime a demandé qu’il soit arrêté et jugé après la formation d’une foule électronique en colère et la création d’un hashtag se traduisant par « Hamza Kashgari le chien ».

Des amis lui ont conseillé de quitter l’Arabie saoudite immédiatement. «Je ne n’attendais pas du tout à cela. C'était une énorme surprise. Mes amis sont des auteurs et des blogueurs, et maintenant leurs vies sont aussi en danger», m’a-t-il dit. «Ils ont peur de ce qui va leur arriver. Le gouvernement tente de leur faire peur et de leur montrer que tôt ou tard, il connaîtront le même sort que moi ».

Kashgari a noté avec une profonde tristesse que de nombreux jeunes Saoudiens quittent le pays dans l'espoir d'échapper aux politiques répressives du gouvernement. « Ce n'est pas logique d’être contraint de quitter le pays quand on est en désaccord avec le gouvernement saoudien. Beaucoup de ceux qui ont été arrêtés se battent pour des droits simples dont tout le monde devrait jouir - la liberté de pensée, d'expression, de parole et de religion ».

Quand nous nous sommes parlés mercredi, Kashgari a demandé que je ne révèle pas l’endroit où il se cachait ni son plan d'évasion. Maintenant qu'il est détenu, ses amis espèrent que la publicité mettra de la pression sur le gouvernement malaisien afin qu’il refuse de l’extrader vers Arabie saoudite. Karpal Singh, un avocat et député bien connu de Malaisie a été encouragé à défendre Kashgari. L’ancien ministre de la Justice du Canada, Irwin Cotler, a offert ses services comme conseiller juridique international de Kashgari. Cotler a agi comme conseiller juridique de dissidents célèbres tels que Nelson Mandela, Saad Eddin Ibrahim, Natan Sharansky et Maikel Nabil. Plusieurs lui accordent le mérite d’avoir suscité la pression internationale qui a conduit à leur libération.

Kashgari a encouragé les pays occidentaux à soutenir les droits de l'homme dans son pays et à publiciser les noms des militants menacés. «La pression seule ne suffira pas, mais elle aide au moins les gens à sentir qu’ils ne sont pas seuls», a-t-il dit.

Le jeune écrivain a fait l’hypothèse que les menaces à son encontre s’expliquent, en partie, par les dizaines de millions de dollars que le roi d’Arabie a alloués à la police religieuse au printemps dernier. Beaucoup de dissidents saoudiens ont noté une répression accrue dans les derniers mois et sont terrifiés par l’arrivée au pouvoir du prince héritier Naif, qui a été ministre de l’Intérieur pendant des décennies.

L'ambassadeur saoudien à l'ONU, Abdallah Y. Al-Mouallimi, a déclaré devant une salle bondée de l’Université de New York cette semaine que l’Arabie saoudite est « une terre d’opportunités » où les dissidents ne sont pas opprimés. J’ai confronté l'ambassadeur à des listes de noms de libéraux, de femmes et de dissidents qui avaient été arrêtés, décapités et fouettés. Quand je l’ai interrogé sur Kashgari, Mouallimi a répondu que ce journaliste «avait dépassé les limites de ce qui est acceptable dans la société ». Ses tweets «ne sont pas acceptables dans un pays comme l’Arabie saoudite. Cela ne peut jamais être acceptable», a ajouté l’ambassadeur.

«Je pense que je ne pourrai jamais retourner dans mon pays», m’a dit Kashgari quelques heures avant son arrestation. Malheureusement, il semble maintenant qu’il y sera renvoyé conte son gré. Si cela se produit, son destin est scellé car dans la dictature théocratique d'Arabie saoudite, la culpabilité d'un blasphémateur est prédéterminée.

 

 

Source : Saudi writer Hamza Kashgari faces charge of blasphemy after tweets about Muhammad, par David Keyes, Washington Post, 9 février 2012. Traduction par Poste de veille

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