MISE À JOUR : La Malaisie a renvoyé Hamza Kashgari en Arabie saoudite. Elle a signé son arrêt de mort (source). Et Interpol y a honteusement contribué, à la demande de la police religieuse saoudienne (source).

Dans le Huffington Post, Jalees Rehman invite les musulmans progressistes-libéraux à dénoncer haut et fort les réactionnaires-conservateurs qui oppriment les dissidents en vertu de règles complètement archaïques. Il note que les grandes organisations musulmanes des USA, soit l'ISNA et le CAIR, sont restées silencieuses sur le cas du poète et journaliste saoudien Hamza Kashgari recherché par l'Arabie saoudite pour répondre d'accusations d'apostasie suite à des messages sur Twitter (reproduits à la fin du billet).

J'ai fait le tour du site de CAIR-CAN et d'organisations islamistes du Canada, et j'ai fait le même constat : à ce jour, c'est silence radio sur le cas Kashgari ! Ces musulmans vivent dans des nations libres et ne se portent pas à la défense d'un jeune musulman menacé d'être exécuté pour trois petits tweets inoffensifs. (Ajout : Muslims for Progressive Values Canada, a publié une déclaration demandant au gouvernement saoudien de retirer les accusations contre Kashgari)

Cliquer ici pour voir la vidéo enregistrée par ce gros bébé saoudien qui pleurniche pour des petits tweets, et qui aimerait voir un jeune poète pendu ou décapité pour se consoler.

Drama-queen

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[...] La réponse des oulémas et du gouvernement saoudiens à quelques tweets d’un jeune écrivain de 23 ans qui ne faisait qu’exprimer ses vues personnelles sur sa foi et sur Mahomet est révoltante.

Leur réaction n’est cependant pas surprenante compte tenu de l’horrible dossier des droits humains de l'Arabie saoudite. Plus choquant encore : des milliers de citoyens saoudiens ainsi que des milliers de musulmans dans d'autres pays ont participé à la campagne de haine contre Kashgari.

Les religieux musulmans contemporains en Arabie saoudite et d'autres pays musulmans exigent souvent des punitions sévères pour apostasie, blasphème, et même pour « sorcellerie » ; ils utilisent parfois des précédents juridiques et des interprétations légales établis il y a plus de 1000 ans. Selon Amnesty International, deux personnes ont été exécutées pour « sorcellerie » en Arabie Saoudite l'an dernier. Les crimes de blasphème, d’apostasie et de sorcellerie sont mal définis et peuvent être utilisés pour poursuivre et punir les personnes exprimant des vues dissidentes.

Dans l’histoire musulmane, des poètes, des artistes, des penseurs et d’autres qui ont contesté les interprétations établies ou traditionnelles de la foi ont souvent été qualifiés d’hérétiques ou d’apostats et sévèrement opprimés ou punis. Ainsi, le poète musulman Mansur Al-Hallaj a été exécuté au 10e siècle pour avoir dit « Je suis la Vérité » (« Ana l-Haqq »), ce qui a été vu comme une insulte à allah car seul dieu peut être la Vérité. Le spectacle de religieux musulmans contemporains appelant à ces châtiments du 10e siècle avec des moyens du 21e siècle comme Twitter et Youtube relève du théâtre de l’absurde. [...]

Dans ce contexte, il devient impératif que les musulmans progressistes-libéraux s’élèvent contre la propagation des idées réactionnaires-conservatrices dans les pays musulmans. L’oppression et la censure qui sévissent dans de nombreux pays musulmans comme l'Arabie saoudite et l’Iran rendent très difficile aux musulmans progressistes-libéraux vivant dans ces pays de contrer ouvertement les mouvements réactionnaires-conservateurs sans risquer de lourdes peines. En revanche, les musulmans qui ont la chance de vivre dans des pays garantissant raisonnablement la liberté d’expression sont en mesure d'aider et de soutenir les mouvements progressistes-libéraux naissants dans les pays musulmans.

Malheureusement, dans le cas de Hamza Kashgari, ce soutien se fait attendre. L’ISNA (Islamic Society of North America) et le CAIR (Conseil des relations islamo-américaines) sont deux des plus grandes organisations musulmanes aux Etats-Unis. Elles sont généralement promptes à dénoncer toute discrimination potentielle de musulmans américains ou d’immigrés musulmans aux Etats-Unis par des institutions américaines. Ces organisations se prononcent toutefois régulièrement sur les affaires internationales et les violations des droits humains des musulmans à l’extérieur des États-Unis. Sur son compte Twitter, le CAIR se décrit avec des mots à consonance progressiste-libérale : « Chefs de file de la défense de la justice et de la compréhension mutuelle », mais il critique rarement les graves violations des droits humains des musulmans et des non musulmans par des gouvernements musulmans réactionnaires.

Le 10 février, 2012, alors que de nombreux sites de nouvelles et de nombreuses pages Facebook commentaient l’arrestation de Hamza Kashgari en Malaisie, le CAIR a posté un article du Chicago Tribune sur la façon dont la FIFA exclue des femmes musulmanes de la pratique du football en limitant la longueur des foulards des joueuses musulmanes. Tout au long de la journée, plusieurs autres nouvelles ont été postées sur la page Facebook du CAIR, mais il n'y a eu aucune mention ou critique de la violation de la liberté d’expression de Hamza Kashgari par le gouvernement saoudien. Le même jour, un article sur la discrimination des musulmans par la police de New York a été posté sur la page Facebook de l’ISNA, et l’affaire Kashgari a été complètement ignorée.

Une pétition en ligne a été lancée pour recueillir des signatures pour la liberté de Kashgari. La pétition avait pour but d'alerter des organisations telles qu’Amnesty International et Human Rights Watch. Ces organisations n'ont pas vraiment besoin d’une pétition, car elles ont déjà fait des déclarations en faveur de Kashgari et elles tentent d’entrer en contact avec les autorités saoudiennes. Toutefois, les signatures sur la pétition montrent qu'un grand nombre de signataires proviennent de pays musulmans.

Cela donne à penser qu'il y a bien un certain nombre de musulmans dans les pays musulmans qui seraient prêts à s’opposer aux mouvements réactionnaires-conservateurs, mais cela nous rappelle également qu'ils ont besoin de soutien supplémentaire, tant à l'intérieur des pays musulmans qu’à l’extérieur.

Les musulmans vivant en Amérique du Nord et en Europe peuvent contribuer à ce soutien en sensibilisant le public au problème. Les mosquées et centres communautaires musulmans en Amérique du Nord et en Europe discutent rarement de la suppression de la dissidence religieuse dans les pays musulmans. Une autre mesure consisterait à demander à des organisations nationales telles que l'ISNA et le CAIR d’intervenir au nom des musulmans et des non musulmans opprimés par les gouvernements musulmans qui recourent à des décrets religieux [fatwa] pour étouffer les opinions dissidentes en matière religieuse.

Espérons que le CAIR et l'ISNA vont non seulement dénoncer l’atteinte à la liberté d’expression de Kashgari par le gouvernement saoudien, mais qu’ils adopteront également une approche plus large centrée sur la protection de la liberté d’expression des journalistes, des écrivains, des penseurs, des universitaires, des artistes et de tous ceux qui souhaitent exprimer leur opinion dans les pays musulmans sans avoir à craindre des sanctions et des représailles des gouvernements ou des lyncheurs.

Sources : Reacting to Reactionary Muslims, par Jalees Rehman, Huffington Post, 11 février 2012. Traduction par Poste de veille

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