Ce dimanche à l’aube, 36 heures après une vague d’attentats terroristes coordonnés, on dénombrait à la morgue principale de Kano, deuxième ville du Nigeria et capitale de l’Etat nordiste éponyme, 162 cadavres. Bilan effarant, mais qui risque de s’alourdir encore au fil des heures : les équipes de la Croix-Rouge locale et de la Nema, l’agence chargée des secours d’urgence, continuent d’y acheminer les dépouilles collectées dans les rues, aux abords des huit sites frappés par les tueurs de Boko Haram. Cette secte djihadiste, dont le nom signifie « l’éducation occidentale est un péché » en langue haoussa, prétend instaurer au nord du pays le plus peuplé d’Afrique -160 millions d’âmes-, région majoritairement musulmane, un émirat islamique régi par une version rigoriste de la charia, la loi coranique, mais aussi en expulser la minorité chrétienne. Elle a intensifié l’an dernier une guérilla déclenchée en 2009, visant tour à tour le QG des Nations unies à Abuja -la capitale fédérale-, des commissariats de police ou plusieurs églises, théâtres le jour de Noël d’assauts meurtriers. Motif du carnage de Kano, tel qu’invoqué par un porte-parole de Boko Haram ? Le refus opposé par les autorités de libérer les « frères » emprisonnés.

L’hécatombe alarme d’autant plus qu’elle endeuille une métropole plutôt épargnée jusqu’alors. Dans la demande d’accréditation adressée au début de la semaine au ministère nigérian de l’Information, aval requis pour l’obtention d’un visa, j’ai mentionné Kano parmi les étapes souhaitées d’un prochain reportage. Notamment parce qu’un diplomate français en poste à Abuja avait attiré mon attention sur diverses initiatives pionnières visant à enrayer la machine infernale des affrontements confessionnels, à contre-courant d’un fatalisme mortifère. Le 12 novembre dernier, lors d’un raid africain qui l’avait conduit en Afrique du Sud puis au Nigeria, et que j’avais eu la chance de couvrir, Alain Juppé fit escale sur le chemin du retour à Kano. Le ministre des Affaires étrangères, qui y avait rencontré le gouverneur Mohamed Kankwaso puis, en son palais, l’émir Ado Bayero, figure spirituelle et morale révérée, tenait à « témoigner de la solidarité de la France » envers ce nord nigérian aux prises avec le fléau du terrorisme. Fléau évoqué ensuite dans l’amphithéâtre de l’Université Bayero, devant un parterre d’étudiants et d’enseignants. A peine dix semaines plus tard, « l’inquiétant facteur de déstabilisation » dénoncé alors sape un peu plus l’assise du géant pétrolier subsaharien, colosse aux pieds d’argile.

 

 

 
Vincent Hugeux/http://blogs.lexpress.fr/
 
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