C’est par un bilan et une méthode effroyables qu’ont débuté les récentes attaques de musulmans contre des chrétiens dans l’Etat du Plateau au Nigéria le weekend des 7 et 8 juillet derniers. Cinquante chrétiens qui s’étaient réfugiés dans la maison de leCur pasteur ont péri par les flammes criminelles, parmi eux des enfants. La police privilégie l’hypothèse d’une collaboration entre des musulmans du voisinage et la secte terroriste Boko Haram qui a revendiqué les attaques. La réalité rejoint ainsi la fiction propagée par une rumeur via courriel au sujet de chrétiens nigérians carbonisés, qui s’appuyait sur une image de cadavres calcinés suite au renversement d’un camion-citerne d’essence en République démocratique du Congo en 2010.

Si la plupart des médias affirment que les chrétiens ont été brûlés vifs, Assist News Service précise que les assaillants ont ouvert le feu sur les chrétiens dans la maison avant d’incendier l’habitation. Si cette version s’avère, elle n’exclut cependant pas une combinaison des méthodes, avec le meurtre par le feu des survivants. Il reste que la manière peut avoir été perçue comme une préfiguration du jugement par le feu censé s’abattre sur ceux qui auront refusé l’islam, selon le Coran.

Première d’une série d’assauts sur une douzaine de villages qui ont nécessité l’intervention de la police et de l’armée, avec d’assez lourdes pertes dans leurs rangs s’élevant à au moins deux policiers et une vingtaine de commandos, l’attaque a ravivé les souvenirs des conflits inter-ethniques et religieux alors sans lien avec Boko Haram. Les divers raids ont fait plus d’une centaine de morts dans plusieurs villages théâtres d’une tension paroxystique entre les Foulanis, ethnie peule majoritairement musulmane, et les Biroms, surtout chrétiens. Deux politiciens de premier plan, un sénateur et un député de l’Assemblée de l’Etat, ont aussi été abattus lors des funérailles des premières victimes. Bien qu’un porte-parole des Foulanis ait déclaré que ces derniers étaient innocents de l’incendie, la police est convaincue que la secte Boko Haram n’a pas pu agir sans bénéficier d’appuis dans la population musulmane locale.

Une utilisation religieuse d’un conflit d’origine économique par Boko Haram

En juin dernier, Boko Haram avait annoncé que 300 islamistes étaient prêts à commettre des attentats-suicides contre les églises du pays ; elle a aussi réaffirmé que les chrétiens ne retrouveraient pas la paix tant qu’ils ne se convertiront pas à l’islam. Sa détermination à tuer est réelle, qu’il s’agisse ou non d’utiliser des kamikazes. Les autorités ne se limitent cependant pas à écouter la seule revendication de la secte. Selon, Innocent Chukwuma, un expert de la justice pénale nigériane, les islamistes qui terrorisent le pays n’auraient pas pu lancer de raid sur ces villages de nulle part, il a fallu un soutien local. Un analyste du Heritage Foundation Africa, Morgan Roach, explique que l’Etat du Plateau se situe hors du territoire habituel de Boko Haram et que l’incendie n’est pas dans les méthodes du groupe armé. Il convient de préciser que Boko Haram perpètre également des attentats dans cette région, mais plutôt dans la capitale fédérée, à Jos. Le président du Gouvernement de la région de Barki Ladi assure que les assaillants ont été guidés par des voisins, au sens large. L’armée a d’ailleurs exigé l’évacuation des villages et lancé une opération contre les présumés coupables.

Les tensions entre Foulanis et Biroms sont habituelles et leurs raisons sont plus économiques que religieuses. Mgr Ignatius Ayau Kaigama, Archevêque de Jos et Président de la Conférence épiscopale du Nigeria, donne d’ailleurs une lecture dépassionnée du conflit : « A mon avis, le problème est de nature économique. Les pasteurs Foulanis se sentent victimes d’une injustice parce que leur bétail est tué ou volé et qu’ils ne sont pas dédommagés pour les pertes subies. Je pense que la colère dérivant de cette situation les pousse à attaquer de cette manière terrible. » Le trésorier de l’Association des éleveurs de bétail Miyatti Allah, AlHaji Husseini Sidi affirme que les Foulanis ne sont pas considérés comme des gens de cet Etat : « Quand nous sommes attaqués, personne ne réagit. Mais quand les Biroms sont ciblés, ça barde ! Nous ne sommes pas heureux de ce qui s’est passé et je peux vous assurer que nous ne les avons pas attaqués. Si quelque chose se produit, c’est habituel pour le Gouvernement de nous accuser. Si les autorités veulent que la paix dure, elles doivent nous traiter équitablement. » Si les dénégations sont largement balayées par les analyses et les témoignages, et par les victimes et par les autorités, les accusations quant à une injustice de traitement méritent d’être prises en compte, tout en considérant que le christianisme et l’islam se retrouvent dans chacune des deux ethnies.

En 2001, 2004 et 2008 déjà, de lourdes violences avaient endeuillé l’Etat du Plateau, majoritairement musulman, et fait plus d’un millier de victimes, la population islamique voyant d’un mauvais œil grandir la participation politique des chrétiens au niveau fédéral. Il y a deux ans, des musulmans peuls avaient attaqué des villages et fait 500 morts, selon les autorités, dont des femmes et des enfants tués à la machette. Deux mois auparavant, en janvier, le nombre de morts avait atteint les 300. La secte Boko Haram qui n’est entrée clairement en guerre contre les chrétiens qu’en 2011 cherche à profiter des rancœurs pour bénéficier de l’aide des musulmans foulanis et donner une motivation confessionnelle à leurs crimes risquant de les fanatiser davantage. Les récents événements ne resteront plus que probablement pas sans lendemain.

source

Retour à l'accueil