Un article paru dans un quotidien pakistanais rapporte les déboires d´un chrétien pakistanais accusé de blasphème et menacé à plusieurs reprises par des islamistes, après qu´il eut fait figurer par écrit son nom, "Jew Jurian", sur un formulaire officiel. Le terme "Juif" [Jew] contient une forte charge émotionnelle au Pakistan, où l´antisémitisme est profondément enraciné dans les esprits.

L´article, intitulé "Le nom Jew crée des ennuis à un chrétien", rapporte que les problèmes ont commencé pour Jew Jurian après qu´il eut inscrit son nom dans un formulaire de demande d´obtention de carte d´identité nationale, accordée aux citoyens par le gouvernement pakistanais. L´employé en charge de son dossier a estimé qu´il était juif, et plus tard un procès a été intenté à Jew Jurian, en parallèle de menaces provenant d´islamistes de Lahore.

Selon le rapport paru dans The Express Tribune, Jew Jurian et les membres de sa famille, ainsi que d´autres personnes accusées de blasphème, ont quitté la région du district du Lahore où ils vivaient. Le procès a mis en évidence la façon dont les officiers de police pakistanais coopèrent avec les islamistes sur les questions religieuses. Extraits : (1)

"pour la première fois… un Pakistanais a été déclaré juif. Le problème est qu´il était chrétien"

"Un homme a indiqué qu´il s´appelait ´Jew Jurian´ sur son formulaire de demande de carte d´identité nationale. Le secrétaire chargé d´enregistrer les données en a conclu qu´il était juif. Et pour la première fois dans l´histoire des cartes d´identité informatisées, un Pakistanais a été déclaré juif. Le problème est qu´il était chrétien.

Le principal problème pour Jurian… est qu´étant accusé d´être juif, il fut, en vertu de la logique tordue des esprits tordus, accusé de blasphème. Après des enquêtes approfondies, Julian a été relâché par la police, avec trois autres personnes, en mai 2003. Près de neuf ans plus tard, lui et sa famille reçoivent encore des menaces de mort [pour blasphème].

Qaiser Azeem, l´un des trois autres hommes, a été poignardé à mort deux ans plus tard. Un autre, du nom de Mushtaq Ahmed, a été tué après avoir témoigné contre des extrémistes religieux accusés de terrorisme. Bien que les familles de Jurian et des victimes se soient enfuies de la région [de Lahore], les menaces de mort se poursuivent. Un Premier Rapport d´Information [FIR] semble le confirmer.

Selon ce FIR, remis à la station de police de Bakri [Lahore] par Jurian contre des extrémistes inconnus, la victime (Jurian) a été détenue pour blasphème en 2002. Bien qu´il ait été déclaré innocent, lui et sa famille ont été menacés. Par le biais de son père, Maqboul Masih, il a ensuite contacté Kamran Michael, ministre pour les droits de l´homme et des minorités de la province [du Penjab], et a rempli un formulaire de demande.

Dans sa requête [adressée au ministre gouvernemental de la province], il a demandé à être sauvé des extrémistes, précisant que l´assistant du sous-inspecteur du commissariat de police de Baghanpura [district de Lahore] assurait la sécurité de ces extrémistes.

Le contenu du rapport révèle que la victime ne cessait de recevoir des menaces téléphoniques. Tard dans la nuit du 25 octobre 2011, il reçut un appel d´un étranger le traitant d´infidèle (´kafir´). Ce type d´appels étant récurrent, Jurian et sa famille ont quitté la région. Il n´y a qu´une seule famille chrétienne dans la région, à Mohallah Green Park, dans Shalimar, district du Lahore. Jurian a assuré que des résidents locaux seraient en contact avec des extrémistes religieux.

Collaboration entre police locale et islamistes

Il a en outre affirmé qu´un officier de police d´un commissariat local sympathisait avec les extrémistes, et qu´ils auraient agi d´un commun accord pour créer des problèmes à Jurian et sa famille, les contraignant à partir. Il a relaté que la police de Baghanpura n´a cessé de harceler sa famille, effectuant plusieurs descentes chez lui.

Jurian, sa famille et les familles des victimes de ces extrémistes ont quitté la ville pour mener une existence sous-terraine. Qu´ils soient juifs, chrétiens ou non classifiables, [ils subissent] une situation incontestablement inacceptable."

[1] The Express Tribune (Pakistan), 9 janvier 2012.

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