Carole Poirier, députée d'Hochelaga-Maisonneuve et porte-parole de l'opposition officielle en matière de laïcité, a dénoncé hier à l'Assemblée nationale les propos tenus par Foudil Selmoune, imam du Centre communautaire de Brossard, lors de l'édition du 22 novembre du Téléjournal de Radio-Canada (voir ici). Face au tollé soulevé par sa présentation des vertus sociales de peines telles que l'amputation des voleurs et la lapidation des adultères, il a présenté des excuses (peu convaincantes) le 6 décembre (voir ici).

Ces châtiments sont des traitements cruels, inhumains et dégradants interdits par le droit international. Il s’agit d’une forme de torture. Ces pratiques doivent être universellement condamnées, et sans réserve.

Une question demeure au sujet de cet imam : qui l'a fait entrer au Québec ?

Ci-dessous, des extraits du journal des débats de l'Assemblée nationale.

Assemblee-nationale-quebec
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Mme Poirier: Merci, M. le Président. Alors, lapider une femme ou un homme consiste à tuer une personne reconnue coupable d'adultère. Il s'agit en fait d'un crime planifié et orchestré. Nos lois en vigueur ne prévoient aucune tolérance pour ce genre d'acte criminel. Aucune croyance religieuse, aucune pratique dite culturelle ne peut justifier le meurtre organisé d'une personne.

Or, l'imam Foudil Selmoune, du centre communautaire de Brossard, professe de la façon la plus naturelle qu'il soit que la lapidation des femmes, c'est dans la charia, et je le cite: «Ce n'est pas nous qui nous donnons ce droit, ce sont des lois de Dieu, et on ne peut pas les changer.» Ces paroles incitent à la violence et doivent être jugées comme telles.

Le ministre de la Sécurité publique peut-il nous dire en vertu de quelles lois les propos de M. Selmoune doivent être jugés, celle du Code criminel ou celle de la charia?

Le Président: M. le ministre de la Sécurité publique.

M. Dutil: Oui, M. le Président. Il est évident que nous condamnons les propos de M. Selmoune, et elles entrent en parfaite contradiction avec nos valeurs québécoises mais également avec le Code criminel. D'ailleurs, il y a une motion qui a été adoptée ici à l'unanimité par l'Assemblée nationale le 26 mai 2005 et qui se lisait comme suit:

«Que l'Assemblée nationale du Québec s'oppose à l'implantation des tribunaux dits islamiques au Québec et au Canada.»

Et cette motion-là avait été longuement argumentée par la députée de La Pinière, et j'invite les gens à aller lire le texte qu'elle a fait à ce moment-là, qui est très explicite. J'en cite quelques extraits, je pense, qui vont démontrer notre parfait accord avec elle. Alors, ma citation, c'est: «Pourtant, la Charte canadienne stipule clairement que "la loi ne fait exception de personne et s'applique également à tous, et tous ont droit à la même protection et au même bénéfice de la loi."»

Deuxième citation: «Peut-on justifier l'application de la charia au Canada quand, dans les pays musulmans, [des] groupes de la société civile réclament son abrogation pour en finir avec la discrimination faite aux femmes?»

Alors, M. le Président, je pense qu'on ne peut pas avoir une plus grande unanimité des propos de la députée de La Pinière à l'époque qui sont encore d'actualité aujourd'hui.

Mme Poirier: Alors, le ministre vient de nous le confirmer, M. le Président. Alors, les paroles de Foudil Selmoune concernant la lapidation et la punition d'un voleur heurtent profondément les valeurs québécoises et sont ni plus ni moins que la justification d'actes criminels condamnables.

Est-ce que le ministre de la Sécurité publique va ordonner la tenue d'une enquête concernant cet imam et intervenir efficacement contre les individus et organisations qui tiennent de tels propos?

Le Président: M. le ministre de la Sécurité publique.

M. Dutil: M. le Président, comme j'ai eu l'occasion de le mentionner à plusieurs reprises, les forces policières ont toute l'autonomie pour déclencher les enquêtes quand il y a des gestes criminels qui sont commis, ou des paroles criminelles, ou des incitations à la violence. D'ailleurs, sur plaintes de citoyens, en général les forces policières ont le devoir de faire les vérifications qui s'imposent. Ce n'est pas le ministre qui déclare s'il y a enquête ou s'il n'y a pas enquête. Nous, nous avons un code, nous avons des positions, et ce sont les policiers qui sont en droit et qui ont le devoir de faire respecter nos lois.

Source : Journal des débats, Assemblée nationale, 8 décembre 2011 via Poste de veille

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