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les Chrétiens d’Orient dans leur ensemble  sont aujourd’hui menacés. On estime que les Chrétiens représentent au Proche-Orient 20 millions de personnes sur une population de 350 millions. Israël est le seul pays de la région où la population chrétienne augmente (81% des chrétiens d’Israël sont Arabes). Ailleurs, la disparition des Chrétiens d’Orient n’est plus "une simple hypothèse" si l’on croit le jésuite égyptien Samir Khalil Samir

En Égypte, les coptes font l’objet de menaces et d’agressions continuelles depuis des années. Dans un article paru dans la revue Echogeo, Grégoire DELAHAYE, qui enseigne la science politique comparative à l’American University à Washington DC, nous dit qu’il s’agit avant tout de discriminations sociales qui peuvent parfois dégénérer, comme lors de ces pogroms qui ont ensanglanté Alexandrie en 2005:

Il existe surtout des discriminations sociales dont l’intensité et la fréquence varient grandement géographiquement. Sur le marché du travail et dans les administrations, les coptes sont parfois sujets à des abus de la part d’employeurs ou de fonctionnaires intolérants et il est, concrètement à l’heure actuelle, difficile d’obtenir justice ou réparation. Les coptes sont aussi parfois les victimes de violences qui peuvent aller de l’incendie au meurtre. Dans certains lieux où les tensions sont fortes, une simple dispute peut dégénérer en émeute sanglante comme en décembre 1999 à El-Kosheh (Marshall and Assad, 2001). Au-delà des stéréotypes sur « l’autre » dont se nourrit toute construction identitaire, les raisons de ces épisodes de violences sont complexes et peuvent avoir aussi bien trait à des usages politiciens de la variable confessionnelle comme ce fut le cas lors des émeutes d’Alexandrie en 2005, qu’à des dynamiques de classes se superposant aux tensions confessionnelles (Farah, 1986 ; Sedra, 1999) qu’attisent les inégalités rampantes dans l’Egypte contemporaine. Beaucoup moins nombreux, les coptes  font les frais de ce climat tendu.

Plus généralement, les faits divers sont suffisamment nombreux dans le monde musulman pour que l’on s’inquiète du sort des Chrétiens dans des pays où l'islam radical se développe. Ainsi, en septembre 2009, des algériens chrétiens ont été poursuivis en justice pour ne pas avoir respecté le jeûne musulman. Toujours en septembre, dans un État du sud de l’Inde, un professeur dans un collège catholique a été violemment mutilé par des islamistes parce qu’il avait distribué à ses élèves un exercice de ponctuation où se glissait le nom «Muhammad». Ce 1er novembre 2010, Le Figaro nous apprenait que trois églises chrétiennes -deux orthodoxes et une baptiste- avaient été incendiées dans la République russe de Karatcheïevo-Tcherkessie, dans le nord du Caucase, où des djihadiste cherchent à imposer la charia. Enfin, plus à l’Est, au Pakistan, on découvrait le 10 novembre qu’une jeune femme chrétienne avait été condamnée à mort pour avoir blasphémé le prophète Mahomet. Quand on lit les détails de cette triste histoire sur l’excellent blog de NYSTAGMUS, on peut se demander en effet si la cohabitation entre Musulmans et Chrétiens en terre d’Islam est possible.  D’ailleurs, en avril 2009, un reportage de France24 avait déjà attiré notre attention sur les conditions de vie difficiles des trois millions de Chrétiens qui vivent au Pakistan et qui sont soumis à la charia.

Comment, dans ce cas, ne pas songer aux persécutions et aux souffrances endurées par les chrétiens d’Orient au XIème siècle? Quand on lit La première croisade de Jacques HEERS [2], il est troublant de voir que les choses n’ont pas beaucoup changé :

Tout au long des années mille, la situation politique et la sécurité s’étaient gravement dégradées en Palestine. Les califes de Bagdad, au pouvoir donc depuis environ trois siècles, ne gouvernaient véritablement que des territoires de plus en plus restreints. Face à eux s’étaient d’abord dressés plusieurs chefs de tribus, proclamés indépendants en Syrie du Nord et dans le Yémen. Surtout, une autre dynastie, celle des Fatimides, qui se réclamait d’un Islam chhite, née et confortée dans le Maghreb et en Sicile, s’était lancée à la conquête de l’Orient. Ces Fatimides occupèrent l’Égypte, fondèrent une université chiite au Caire et ne cessaient de prêcher une religion de plus en plus rigoureuse, sans compromis, intolérante. Un de leurs sultans, al-Hâkim (996-1021), tristement célèbre pour son zèle de fanatique et persécuteur des chrétiens, fit détruire toutes les églises du Caire puis, en 1009, donna l’ordre d’abattre, dans Jérusalem, l’église du Saint-Sépulcre, d’en faire disparaître les emblèmes chrétiens et enlever les saintes reliques. Les autres sanctuaires de la ville furent également mis à bas, les biens des religieux confisqués ainsi que les objets du culte et les pièces d’orfèvrerie.

Ces persécutions continuèrent pendant tout le onzième siècle, si bien que le Pape Urbain II lança un appel aux armes, lors du concile de Clermont en 1095, pour venir en aide à ces chrétiens et ces pèlerins qui étaient sans cesse agressés et humiliés en Terre sainte.

Évidemment, aujourd’hui, il n’est plus question de partir en croisade. Mais on peut craindre que les souffrances endurées par les Chrétiens d’Orient finissent par donner raison à Samuel HUNTINGTON et à sa thèse du choc des civilisations. Il faut donc briser le silence. L’évêque de Troyes, Mgr Stenger, l’avait très justement dit dans une tribune publiée en mars 2009 dans Le Figaro, alors que huit chrétiens venaient de se faire assassiner à Mossoul:

Ce qui se joue en Mésopotamie ne concerne pas simplement le devenir des chrétiens orientaux, mais l’avenir d’un monde multipolaire et multiculturel. Accepter le crime sans réagir, c’est permettre aux extrémistes de prendre la main et de nous entraîner, demain, dans ce que nous refusons : le choc des civilisation.

On ne peut plus rester indifférent. Paradoxalement, en France, on n’entend guère ceux qui ont pourtant l’habitude de défendre les minorités et font l’apologie d’une société multiculturelle. 

 


 

 

 

 

[1] L’Aide à l’Eglise en Détresse vient en aide aux chrétiens qui cherchent refuge dans le Nord de l’Irak, en Syrie, en Turquie ou en Jordanie.

[2] Jacques HEERS. La première croisade. Libérer Jérusalem, 1095-1107, Paris, Perrin, 2002, 371 pages.

http://ethnolyceum.wordpress.com/2010/11/13/apres-lattaque-meurtriere-de-la-cathedrale-de-bagdad/#more-5428

 

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