Il n’est pas question de prendre la défense de la soldatesque syrienne, capable de tout et même du pire, comportement cependant certainement partagé par les « rebelles », qui ne sont que des militaires ayant changé de camp pour des raisons ethniques et religieuses, le plus souvent.

L’accumulation de témoignages sur des horreurs, de plus en plus nombreuses et de plus en plus épouvantables, commises toujours par le même camp, mérite donc la plus grande des circonspections. Les journalistes avaient juré qu’on ne leur ferait plus le coup des « couveuses du Koweït ». Et pourtant, ils sont prêts à replonger. Mieux, ils replongent.

A l’époque de la première guerre contre Hitler-Saddam, qui avait envahi le pacifique et gentil Koweït, il fallait noircir les envahisseurs. D’où ces témoignages sur ces soldats ignobles « entrant dans les hôpitaux et sortant les bébés prématurés des couveuses ». L’indignation avait été portée à son comble, jusqu'au fond de nos campagnes, et la guerre juste des « gentils » s'était trouvée, plus que jamais, justifiée. Bien sûr, il s'agissait d'une fable (comme déjà, avant, Timisoara), ainsi que cela a été démontré, puis reconnu. Mais elle a tenu son rôle dans la machine de propagande occidentalo-américaine.

Au lendemain du veto russo-chinois qui bloque la situation syrienne, il faut en rajouter pour faire sauter tous les verrous et justifier peut-être une intervention. Alors, depuis deux jours, on en apprend de belles. Les soldats entrent dans les hôpitaux, amputent les blessés ou les achèvent. Un prisonnier affirme avoir été ligoté et pendu la tête en bas puis amputé après la mise en place sur sa main d’un dispositif explosif. C’est peut être vrai, mais c’est invérifiable. Et d’ailleurs ce n’est pas vérifié, car ça sert la bonne cause.

Pour la Russie, ce n’est pas la bonne cause. Moscou n’a plus que la Syrie comme alliée dans le monde arabe et y dispose d’une grande base militaire et d’intérêts économiques. La Russie et la Syrie sont liées en effet par de juteux contrats d'armement estimés à plusieurs milliards de dollars qui alimentent le complexe militaro-industriel russe. En outre, la Syrie abrite, sur sa côte méditerranéenne, la seule base navale russe hors des frontières de l'ex-Union soviétique.

Pour de nombreux analystes, le veto russe s'explique moins par un soutien indéfectible à Assad ou à l'espoir de voir la Syrie revenir à la situation d'avant mars 2011 qu'à la volonté de Vladimir Poutine, qui entend être réélu à la présidence en mars, de démontrer qu'il est prêt à s'opposer aux initiatives occidentales visant à produire des changements politiques dans des Etats souverains et à défendre les intérêts géostratégiques de son pays.

Pourquoi la Chine s'est-elle jointe à la Russie pour opposer son veto à la résolution sur la Syrie à l'ONU ? Il y a une première explication, qui tient à la crainte partagée par Pékin, comme par Moscou, de faire les frais d'un soulèvement populaire similaire à ceux du « Printemps arabe ». Mais il y a une raison plus profonde.

Pour Minxin Pei, professeur au Collège Claremont McKenna, en Californie, cité par l'International Herald Tribune, la Chine a voulu, avant tout, préserver ses relations avec la Russie. En solidifiant un front du refus russo-chinois au Conseil de sécurité, Pékin et Moscou auraient passé un accord stratégique, chaque capitale venant au secours de l'autre pour résister aux pressions occidentales sur les sujets qui lui tiennent à cœur.

Les témoignages sur l'horreur et la stratégie de la compassion pour les populations civiles, Moscou et Pékin ont déjà donné. Pour ces deux capitales, c’est toujours la même stratégie des USA et de leurs alliés pour le bénéfice exclusif de leurs intérêts politiques et énergétiques. Il y a bien un avant et après la résolution sur la Libye, s'il n’y a pas d’avant et après les « couveuses du Koweït ».

 

 

Jean Bonnevey
Metamag.f

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