L'Iran, avant la révolution islamique de 1979    


Et après...

Documentaire : vague verte en Iran

The Green Wave, c'est le titre d'un documentaire iranien sur la révolte des jeunes et la répression des manifestations de l'été 2009, après la réélection de Mahmoud Ahmadinejad.

 

Nous sommes en 2009 en Iran, peu avant les élections présidentielles. Les étudiants aspirent à un changement de gouvernement et se mobilisent. Leurs espoirs s’effondrent d’un coup après la victoire d’Ahmadinejad. Pourtant, malgré la répression, les jeunes Iraniens ne baissent pas les bras. Dans les fêtes, les concerts, les cafés, l’underground bouge.

La société iranienne est l’une des plus jeunes et des plus réprimées au monde. Comment la jeunesse de ce pays trouve-t-elle malgré tout le moyen de conquérir sa liberté ? Réponse d’une femme originaire de Téhéran.

J’ai invité une amie allemande à m’accompagner aux répétitions d’une pièce à la « Maison des artistes ». Nous nous rendons aussi à des lectures, à des enregistrements, à des fêtes et à des expositions. J’observe son étonnement sans cesse croissant depuis son arrivée à Téhéran. Dans ses mails à ses amis et à sa famille, elle dit combien l’Iran est différent de ce qu’elle croyait - de ce que tout le monde croit. Au fil de ses courriels, je sens grandir en moi l’envie de révéler au monde le vrai visage de mon pays. Au-delà des manifestations contre Israël et les Etats-Unis, médiatisées à outrance, au-delà des images sombres et monotones des prières du vendredi.

Faire la fête et non le deuil. En Iran, les jeunes aiment la musique et le cinéma tout autant que ceux de n’importe quel autre pays. Le nombre des activités artistiques qui requièrent davantage de liberté que la loi ne l’autorise augmente de jour en jour. Cela se passe dans les lieux les plus insolites, souvent confidentiels : caves, jardins privés, appartements. L’underground n’est pas en Iran un mode de vie extraordinaire. Ici, quand un jeune mène une vie de son âge, quand il satisfait ses besoins élémentaires, physiques et intellectuels, interdits par la loi de la République islamique d’Iran, il vit de fait dans la semi-clandestinité. Mais il trouve quand même le moyen de s’épanouir. Pendant le mois de Muharram, vécu dans l’Iran chiite comme une période de deuil, la jeunesse fait de la résistance en douce lorsqu’elle se retrouve dans les rues de Téhéran et fait semblant d’être affligée. En réalité, elle profite de l’occasion pour se rencontrer et faire la fête. En toute autre période de l’année, de tels attroupements seraient qualifiés de « troubles à l’ordre public » et nullement tolérés. Il est interdit aux femmes de porter des hauts moulants – qu’à cela ne tienne, elles s’y conforment mais compensent par des pantalons plus courts ou des coiffures plus seyantes. La jeunesse prend de plus en plus ses distances face au régime. Plus grande est la pression sociale, plus résolue la désobéissance civile. Le signe le plus flagrant, c’est que ce sont précisément les jeunes femmes qui se distinguent dans ce genre de protestation pacifique. Et ce, bien qu’elles soient les plus opprimées au nom de la religion – ou peut-être précisément à cause de cela ?

Génération Protestation. Ces manifestations pacifiques s’amplifient de jour en jour, et de génération en génération. Ils ont entre 28 et 30 ans, ceux qui forment la majorité du plus récent de ces mouvements de protestation, l’« insurrection verte ». Ils sont venus au monde au début de la révolution islamique de 1979. Ils ont passé leur enfance dans la peur de voir leur père tomber au front pendant le conflit Iran-Irak, ou être arrêté comme dissident. Ils ont connu la pauvreté des années de guerre. Dès qu’ils en ont eu le droit, ils sont allés aux urnes et ont voté. Ils ont fait ce qu’il fallait pour que la politique fondamentaliste de leur pays connaisse certaines réformes. En 1999, ils avaient 20 ans. Lorsque certains journaux réformateurs ont été interdits, ils se sont soulevés. Mais les appels des étudiants à la démocratie sont muselés, la répression policière est l’une des plus violentes depuis la Révolution. Pourtant ils continuent de résister, aujourd’hui encore : malgré les arrestations et les expulsions de l’université, l’année 2009 voit surgir l’insurrection verte. Une résistance réfléchie, non-violente, qui réussit à focaliser l’attention internationale sur la population iranienne, à déclencher une vague de solidarité inédite. Une résistance qui puise sa force dans la répression exercée par l’État, et qui empêche cette société d’être de plus en plus isolée.

Révolution à domicile. Après avoir contribué à ce que l’idée de réforme se répande, la jeunesse iranienne conquiert maintenant sa place dans la société, par le biais de la subculture. En l’espace de vingt ans est apparue en Iran une vie musicale qui se professionnalise de plus en plus, et qui se manifeste bruyamment. Tout ce dont on a besoin ici pour faire de la musique, c’est un casque, un lieu sûr et un logiciel. Ce que signifie « underground » en l’occurrence : les musiciens n’ont pas d’autorisation légale d’exercer. Au lieu de travailler tranquillement dans leur environnement social, avec le soutien de l’État, les musiciens iraniens produisent leurs titres en étant constamment sur le qui-vive. Pour le cinéma, pareil. Ce qui est surprenant dans ce contexte de semi-clandestinité, c’est la sympathie de la population. De plus en plus de familles même traditionnelles, religieuses, prêtent leur maison pour y tourner des films, y donner des concerts ou des pièces de théâtre. Les mentalités évoluent. Un pas de géant qui contribue à rapprocher les générations, à forger une coexistence harmonieuse et à créer les conditions les plus élémentaires pour l’avènement de la démocratie.

Il ne reste qu’à espérer que cette évolution conduise au fil des ans à la naissance d’une démocratie jeune dans l’un des plus importants et des plus turbulents pays du Proche-Orient. La jeunesse iranienne est comme un tonneau de poudre qui peut exploser à tout instant. Mais il n’explose pas.


Auteure invitée par ARTE, Lida Arezai naît en 1977 à Téhéran. Assistante à la mise en scène, chargée aussi de la presse et des relations publiques pour la « Maison des artistes ». Directrice de production du documentaire de Petr Lom « Lettres au Président» (2008). Après les élections de 2009, elle quitte l’Iran et demande l’asile au Canada. (ARTE Magazin, juin 2010)
 
*Vidéos empruntées à  Révoltes en europe et  ARTE
Retour à l'accueil