Si des infidèles faisaient cela, Ban ki Moon lui-même condamnerait cette manifestation d'islamophobie...

_________________________

Sur ces images, filmées dans la ville d'Al-Rastan, à 20 kilomètres au nord de Homs, des soldats se livrent à une parodie de prière où ils tournent en dérision la religion et le mouvement de contestation. Un sketch qui rappelle que le régime syrien est laïc et présente le mouvement de contestation comme un complot terroriste mené par des islamistes.

Non datée, la vidéo a été postée en septembre 2011 sur YouTube. L’un des hommes présents, penché sur le Coran, fume une cigarette. Le reste du groupe appelle ensuite à commencer la prière. Ils se mettent en rang comme le veut l’usage. L’un d’entre eux endosse le rôle de l’"imam" pour conduire la prière, toujours une cigarette à la main. Mais très vite, les soldats chamboulent l’ordre des différentes étapes de la prière et parodient les textes ainsi que le rituel tout en s’esclaffant. De la même manière que les manifestants demandent "Seigneur, débarrasse-nous de Bachar al-Assad", ils demandent "Seigneur, débarrasse-nous de ‘Ar’our !" (0’34). Adnan Al ‘Ar’our est un imam très médiatique connu pour ses prises de positions anti-régime et vivant actuellement à l’étranger. Il a notamment été interviewé aux côtés de figures de l’opposition de premier plan comme Haythem al-Maleh, membre du Conseil national syrien.

L’"imam" poursuit : "Débarrasse-nous de ceux qui suivent Al ‘Ar’our, et des habitants maudits d’Al-Rastan et de tous ceux qui s’approchent de nous". Les autres répondent à chaque phrase : "Amen, Amen !" Il prend ensuite son téléphone (1’12) et ajoute : "Et ce portable avec lequel ils enregistrent des vidéos qu’ils diffusent par la suite sur les chaînes arabes pour donner une mauvaise image de la Syrie, que Dieu le maudisse !" Ils répètent ensuite plusieurs fois "Takbir !", une façon d’inviter l’assistance à répondre "Allahou Akbar" ("Dieu est grand" en arabe). Cette expression est souvent reprise lors des manifestations anti-régime au cours desquelles les invocations religieuses sont très présentes.

Cette seconde vidéo a été filmée visiblement au même endroit, au même moment. Elle a été postée la même semaine de septembre 2011 sur YouTube. Les hommes plaisantent de la même manière mais s’attaquent cette fois à la figure du Prophète, et celui qui jouait l’imam multiplie les superlatifs sur un ton sarcastique ("Mohammed est le meilleur des hommes", "Mohammed est un homme intègre"). Les autres répondent en détournant les formules d’usage. À partir d’une 1 minute et 47secondes, l’"imam" évoque à nouveau Al ‘Ar’our en ces termes :"C’est un être vil qui vient des bas-fonds. C’est un insecte qui s’immisce dans la société syrienne arabe pour la contaminer."


Le parti Baas, au pouvoir en Syrie depuis 1963, a fait de la laïcité un de ses piliers. Et il est arrivé auparavant que des éléments de l’armée détournent des formules religieuses, en préférant diviniser la figure du président ou l’image du parti. En 1982, les soldats d’Hafez al-Assad, père de l’actuel président, qui ont perpétré les massacres d’Hama, inscrivaient sur les murs : "Il n’y a pas d’autre divinité que la patrie et il n’y a pas d’autre Prophète que le Baas", une déformation de la profession de foi musulmane selon laquelle il n’y a pas "d’autre divinité que Dieu et Mohammed est son prophète".

 

Source : France 24, 4 janvier 2011 et Poste de veille
Retour à l'accueil