Le documentaire "The Light in Her Eyes" sur une école coranique pour filles montre que la Syrie, bastion du sécularisme arabe, est en train de s'islamiser. Et ce processus passe par l'adoption du voile par les filles, clairement identifié comme "l'étendard de l'islam".

La réalisatrice parle d'un islam "progressiste". Il est progressiste en ce qu'il encourage les filles à étudier, mais il est réactionnaire en ce que leurs études ont pour but d'en faire des soldates de l'islam. La bande annonce du film :


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Un documentaire sur l'une des écoles coraniques pour filles parmi les milliers que compte la Syrie a choqué certains Syriens et en a impressionné d’autres, car il implique que l’un des bastions du sécularisme arabe est devenu une société profondément religieuse.

Dans le film intitulé The Light in Her Eyes (la lumière dans ses yeux), Houda al-Habash nous reçoit dans la mosquée et l'école qu'elle dirige, où des centaines d'adolescentes inscrites par leurs parents passent l’été à mémoriser le coran et à recevoir des cours de religion au terme desquels la plupart d’entre elles adoptent le foulard islamique.

Les réalisatrices Julia Meltzer et Laura Nix disent avoir voulu montrer que le conservatisme représenté dans le film reflète le courant dominant en Syrie aujourd'hui et devrait être considéré comme progressiste à bien des égards. «Selon mon expérience, la pratique religieuse est en augmentation en Syrie et c’est l’histoire d’un islam modéré dont on ne parle pas, particulièrement en Occident, et qui mérite d’être racontée», a déclaré Meltzer, qui a enseigné le journalisme à l'Université de Damas en 2005 et 2006.

Meltzer a dit à Reuters, lors du Festival International du film de Dubaï qui s'est terminé ce week-end, que cette communauté islamiste est plus organisée, à bien des égards, que les institutions de l'Etat : «Dans cet environnement éducatif (l’université), les gens arrivent en retard et les professeurs ne semblent pas prendre leur travail au sérieux. La mosquée de Houda a été une expérience tout à fait différente pour moi, une expérience complexe qui m’a ouvert les yeux, où les filles sont encouragées à lire».

Houda enseigne aux jeunes filles que le port du voile est une obligation islamique - une vue contestée par de nombreux musulmans – prescrite par allah comme mesure de protection et qui, selon Houda, favorise l’autonomie des filles et leur émancipation en leur permettant de jouer un rôle actif dans la société en tant que musulmanes. «Le drapeau est le symbole de l'État, mais le hijab est le symbole de l'islam ... Vous n'avez pas été fidèles au symbole de l’islam, dit-elle aux jeunes filles dans un discours de motivation. Allah a rendu le hijab obligatoire pour mettre la femme à l’abri des regards inappropriés et la réserver à son mari».

Le gouvernement du président Bachar al-Assad allègue qu'il fait face à une insurrection armée par des islamistes dominés par les Frères musulmans dont l'accession au pouvoir détruirait l'équilibre maintenu par le régime Assad laïque. Le parti Baas d’Assad s’est largement appuyé sur sa secte alaouite pour gérer la sécurité, l’armée et d’autres fonctions clés de l’État.

Meltzer affirme qu’elle n’a pas perçu de signe évident, pendant qu’elle vivait en Syrie et tournait le film, de l’étendue du rôle des Frères musulmans dans le conservatisme islamique modéré qu’elle a observé et dont elle parle dans le documentaire. Elle dit qu’il y avait à peine quelques écoles de filles de ce type en 1982, l’année où Havez, le père d’Assad, a écrasé une révolte des Frères musulmans, et qu’il y en a des milliers aujourd’hui.

Le film comporte des scènes montrant des jeunes filles envoyées à cette école par leurs familles et qui adoptent le voile suite à la persuasion en douceur dans les cours de Houda et les discussions en tête à tête. Des expatriés syriens ayant vu le film ont été choqués par ces scènes, mais Meltzer fait valoir qu'elle laisse aux spectateurs le soin de juger du style de vie et de l'éducation islamique représentés.

La fille de Houda, Enas, une jeune femme de 20 ans étudiant à l'Université américaine de Sharjah, l'une des villes les plus conservatrices des Emirats Arabes Unis, affirme que l’éducation offre la possibilité, inconnue de la génération de sa mère, de s’engager dans du travail missionnaire islamique. «Je réalise que je peux servir l’islam en étudiant la politique ou l'économie. Ma mère n'a pas eu cela», dit-elle dans un parfait anglais à l’accent américain.

Le film se termine sur une fête où les élèves qui ont réussi à mémoriser le coran au grand complet sont habillées comme des mariées, avec une robe blanche et un diadème. Elles chantent une chanson d’où le titre est dérivé : «Maintenant que nous sommes voilées, il y a une lumière dans nos yeux».

 

Sources : Film shows spread of conservative Islam in secular Syria, Reuters, 20 décembre 2011 et ( Extraits traduits )par Poste de veille

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