Reportage À l’hôpital al-Ahli dans le quartier alaouite de Zahra, gît Adnane, tué à la hache. À l’hôpital général, des femmes lavent le corps de la sunnite Nafla, abattue à Bayada. À Homs, les assassinats se multiplient et revêtent un caractère confessionnel.

Dans la troisième ville de Syrie, où vivent 1,6 million d’habitants, les tensions confessionnelles sont exacerbées par les meurtres commis par des hommes armés. Sunnites et alaouites se rejettent la responsabilité. « Mon père Adnane el-Ali circulait à bord de son camion jeudi, quand des hommes armés et masqués l’ont kidnappé. Trois heures plus tard, son corps a été jeté dans la rue. Il avait une balle dans la nuque et était défiguré par une hache », raconte son aîné Ali, 24 ans, alors que le cadet Abdel Karim lance, rageur, une injure à l’adresse des sunnites. Dans une rue avoisinante, sous une tente, une famille reçoit les condoléances pour la mort de Hassan al-Hussein, 46 ans, un militaire chiite tué en allant en mobylette acheter une bonbonne de gaz. Dans l’assistance, Chaadi Halabi, 25 ans, aussi chiite, est sans nouvelles depuis quatre mois de son père Jamal, un ingénieur de 52 ans. « Il a disparu en se rendant à son travail », dit-il.

Les vieux quartiers de Homs sont majoritairement sunnites alors que les nouveaux, comme Zahra ou Nizha, érigés il y a une quarantaine d’années, sont alaouites. « La confession ne figure pas sur la carte d’identité, mais les tueurs la déterminent à partir du quartier », explique Mohammad Joubaili, ingénieur alaouite de 48 ans.

À l’hôpital général de la ville, le mari de Nafla al-Darwich, 37 ans, tuée alors qu’elle était enceinte de sept mois, ne veut pas parler. Une fois les préparatifs de deuil terminés, il s’effondre sur la dépouille de sa femme recouverte d’un linceul vert. L’un des deux sunnites qui l’accompagnent lance avec une colère mêlée d’ironie : « L’armée est là pour protéger le peuple. » À l’extérieur, dans trois camions frigorifiques utilisés comme morgue, près de 80 cadavres sont entassés sans que personne ne les réclame. Selon la loi, l’hôpital doit les garder un mois avant de les enterrer. Selon le médecin légiste, qui ne veut pas être identifié par peur d’être abattu, l’hôpital a reçu en novembre 250 victimes d’assassinats contre 200 en octobre.

« À Homs, quand un sunnite est tué par des alaouites, les sunnites répliquent, et quand un sunnite est enlevé, c’est la même chose », constate un militant des droits de l’homme. Pour Omar el-Idilbi, porte-parole des Comités locaux de coordination, il s’agit de « cas rares ». « C’est une réponse à d’autres agressions (du régime). Il ne faut pas généraliser ce phénomène », assure-t-il.
Dès que le soleil se couche, la ville se terre dans sa peur. La nuit est déchirée par le bruit de rafales d’armes automatiques, de RPG, de mitrailleuses lourdes. Les policiers et agents des services de sécurité se protègent derrière des sacs et barils de sable. Si, dans la journée, les trois quarts de Homs ont un aspect normal, le vide se fait dès qu’on s’approche des quartiers sunnites de Bab Amro, Bab Sebaa, Khaldiyé et Bayada. Les ordures jonchent les rues et des pierres sont posées sur la chaussée pour éviter de s’y aventurer par mégarde.

(Source : AFP)
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