Dire la démocratie versus faire du prosélytisme

Le masque tombe ...

La rhétorique et les contradictions idéologiques et structurelles de Tariq Ramadan le trahissent :

  • À ce titre, il se réclame de la culture occidentale démocratique, des droits de l'homme (mais islamiques, revus par l'OCI) et de la liberté (celle de son projet d'un islamisme nouveau; cfDépasser l'islamisme).
  • En même temps au Sénégal, pour les travaux du CIMEF (Colloque des Musulmans de l'Espace Francophone, Dakar, le 23 août 2013), il a encore un discours anti-occidental et ne donne pas d'arguments à ses attaques verbales.

Mais pourquoi nous sert-il encore cette rhétorique qui relève de la théorie du complot?

Pour le politologue sénégalais Bakary Sambe,

« le prédicateur suisse ne ferait que chercher, d'une part, à étendre l'influence de l'idéologie hyper conservatrice des Frères musulmans en Afrique et, d'autre part, à régler ses comptes avec l'Europe et la France en adoptant, pour ce faire, un ton volontiers paternaliste à l'égard de son auditoire africain un tant soit peu déjà sensible aux thèses de l'islam politique et radical. »1

Mieux encore, s'il cherche à exporter en Afrique de l'Ouest l'idéologie frériste de son grand-père Hassan al-Banna, c'est qu'il n'a pas vraiment réussi en Suisse, en France (sauf dans certaines banlieues de culture tiers-mondiste et dans lesquelles il n'est pas diabolisé) ou ailleurs en Europe. L'implantation de l'islamisme de profil wahhabite/salafiste arabe au Mali majoritairement musulman africain modéré (mais aussi chrétien et animiste) fut un échec après les démonstrations barbares des jihado-terroristes d'AQMI (Al-Qaeda au Maghreb islamique).2Mais comme il rencontre en Afrique occidentale une opposition critique, il en vient à la confrontation.3

L'Occident à l'origine de tous les maux des musulmans ?

Cependant, Haoues Seniguer, chercheur et enseignant en sciences politiques à l'IEP (Institut d'Études Politiques), Université de Lyon 2, se demande « comment se fait-il que Tariq Ramadan, qui se vante si souvent d'être pleinement Européen, se situe dans une espèce d'extériorité à l'Occident en l'opposant clairement aux musulmans? »4

Pour montrer que le doute n'est pas permis, le prédicateur dérape une fois de plus, essentialisant l'Occident qu'il jette ainsi dans une altérité radicale. À preuve ce propos : « Il[l'Occident] nous [les musulmans ou les arabo-musulmans?] divise que parce que nous sommes divisables [sic?] et il nous colonise que parce que nous sommes colonisables ».

Les contrées musulmanes, dans une écrasante majorité, ne sont-elles pas indépendantes depuis plus de cinquante ans? se demande Haoues Seniguer : « Est-il bien responsable et sérieux de systématiquement désigner l'Occident comme l'origine de tous les maux des musulmans de par le monde? »

Multiculturalité islamo-communautaire versusInterculturalité

Une idéologie islamiste en action

En fait, sans le dire explicitement, Tariq Ramadan en contradiction avec les valeurs de la vieille Europe, se rattache habilement à la umma arabiya islamiya, la « Communauté-nation d'appartenance arabe et d'obédience islamique ». C'est bien entendu son droit, mais cela lui a permis de venir en France faire du prosélytisme dès les années 1992 (notamment à Lyon) et dechercher à imposer sa vision communautariste que l'idéologie islamiste met au-dessus des lois laïques de la République.

Ainsi, d'une part, il tente d'opposer en Europe une identité arabe5 et islamiste (et non « islamique », confusion récurrente des médias francophones) à une laïcité et une identité européennes. Mais, d'autre part, il débat dans les années 2010 et sous couvert de démocratie, de la promotion du multiculturalisme : le « respect de la différence et de l'autre » qu'implique l' « essence de l'islam », selon le prédicateur!6

C'est ainsi que dans un article intitulé : Le pape Benoît : comme un bilan,7 il cherche à remettre en cause cet héritage européen par un curieux tour de passe-passe réducteur. Ce multiculturalisme mettrait à mal l'héritage culturel de l'Europe au profit d'une nouvelle identité intégrant les musulmans « où l'Européen laïque ne peut plus [d'après lui] revendiquer aucun héritage culturel. » Dans sa logique identitaire, communautariste et culturaliste – la umma intégrant l'islam et les musulmans – l'Europe n'aurait le droit de revendiquer aucun héritage culturel. Inquiétantes perspectives qui n'augurent rien de bon du multiculturalisme, ou de l'interculturalité (d'échange), encore moins du dialogue interreligieux souhaité par l'Europe.

Le jihad idéologique

Tariq Ramadan qui veut dépasser l'islamisme par un autre oubli que les droits de l'homme – qui font défaut dans le monde musulman – sont eux aussi un héritage de l'humanisme européen et du judéo-christianisme.

Ses propos relèvent du jihad idéologique, d'autant qu'ils proposent la Bosnie comme exemple d'un islam identitaire communautariste européen en devenir. Le fait qu'un tel modèle confessionnel soit hérité de l'Empire ottoman hégémonique est passé soigneusement sous silence par notre idéologue.8Quel dommage que la Turquie ne fasse pas encore partie de l'Union Européenne! Cela lui permettrait d'aller de l'avant dans sa logique de déconstruction de l'identité et de l'héritage culturel gréco-romain (la démocratie grecque) et judéo-chrétien duVieux Continent.

Le théoricien qui veut dépasser l'islamisme par un autre oubli que les droits de l'homme – qui font défaut dans le monde musulman – sont eux aussi un héritage de l'humanisme européen et du judéo-christianisme.

Par ailleurs, à partir d'un bricolage idéologique et anthropologique, Tariq Ramadan perd de vue qu'un héritage culturel et une identité plurielle (qui ne sont pas immuables comme le laisse entendre la pensée islamiste monolithique) se façonnent sur des siècles, voire des millénaires. C'est aussi bien le cas de l'Égypte, pays de ses ancêtres que celui de la France. Qu'il commence donc par conseiller ce multiculturalisme pluri-religieux et ce respect de la différence à ses coreligionnaires d'Égypte et d'Orient exclusivement Arabes (de “racialité” et/ou de culture?).

Car, si l'on suit sa logique identitaire et multiculturaliste, les Coptes – que ses coreligionnaires fréristes d'Égypte rêvent de faire disparaître – ne seraient plus une « minorité chrétienne sans voix », ni une communauté « tolérée » dans un « monde majoritairement musulman » (lire plus loin), mais feraient partie intégrante du peuple égyptien. D'autant que le mot « Copte » veut dire « Égyptien » : une appartenance ethnique, une identité et un héritage culturel et religieux de la vallée du Nil.

Tariq Ramadan perd de vue le fait que les musulmans d'Égypte sont dans leur immense majorité les descendants de Coptes convertis. Paradoxalement, on rattache désormais ces appartenances au panarabo-islamisme : une imposture ethnique et religieuse qui reflète une duplicité culturelle antinomique et problématique depuis plus d'un demi-siècle (sous Abdel Nasser, puis Sadate); cette imposture est aussi le fruit empoisonné de l'idéologie wahhabite.

Une différence communautariste « islamo-culturaliste » ?

Mais, le dilemme – ou l'aporie – est ailleurs et se résume ainsi : comment concilier la charia de la umma islamiya, avec les « valeurs » de l'Occident?9 Elles sont radicalement inconciliables, à moins d'imposer à ce dernier une identité religieuse islamique communautariste, par le truchement d'un multiculturalisme (de séparation) de type anglo-saxon? Tariq Ramadan, à l'instar de ses ascendants, se prend à rêver de Tariq Ibn Ziyad10 et de son projet de conquête islamique universelle (Global Muslim Brotherhood Mouvement) afin d'implanter la umma islamiyaen Europe.

À ces conditions, l'interculturalité (d'échange) et la transculturalité (d'union) ne sont plus possibles, encore moins les identités plurielles (Amartya Sen)11 et la notion de métissage12 qui se « fragmente » (selon le terme d'Alain Finkielkraut; voir plus bas) : car, toutes sont proscrites en islam et dans le Coran au nom de la « différence communautariste » que le prédicateur souhaite pour les musulmans en Europe, tandis que paradoxalement ses coreligionnaires qu'il victimise la combattent systématiquement depuis des siècles dans le Machrek (Moyen-Orient) et le Maghreb (Afrique du Nord).

Monde majoritairement musulman versus altérités multiculturelles

Des minorités non-musulmanes orientales qu'on passe sous silence

Quoi qu'il en soit, pour faire bonne figure face aux médias européens et donner une preuve de respectabilité et de magnanimité condescendante vis-à-vis des “minorités” orientales, Tariq Ramadan utilise la périphrase de « monde majoritairement musulman »; une ruse de plus de lataqiya.

Depuis environ deux décennies d'offensive islamiste en Europe, le « monde arabe » est devenu dans les médias (particulièrement français) subitement et exclusivement « arabo-musulman ».13Une telle notion est assurément impropre et contradictoire. Elle sous-entend une ethnicité “raciale”, ainsi qu'un monisme culturel et religieux, chers au grand-père de Tariq Ramadan. Cependant, la notion fut empruntée par le nationaliste Gamal Abdel Nasser dans les années 1950-1960, mais ce dernier se contentait le plus souvent de « monde arabe ».

Des médias complices d'un négationnisme

Les médias occidentaux perdent de vue que le communautarisme islamo-culturaliste est uneinjonction fondamentale de l’islam politique – et de l’islam tout court.

De fait, les médias occidentaux perdent de vue que cette injonction fondamentale de l'islam politique – et de l'islam tout court; dès la fatiha, d'ailleurs – est une notion qui stigmatise et exclut de factoparticulièrement depuis près d'un siècle tout autre groupe religieux, ethnique, culturel ou linguistique : juifs sépharades, chrétiens, animistes, baha'is, zoroastriens, berbères, kabyles, coptes14 (y compris soudanais, éthiopiens), ethnies africaines nilotiques et noires subsahariennes non-arabes, chaldéens, assyro-chaldéens, araméens, syriaques, maronites, kurdes, etc., et même les chiites d'Orient. D'ailleurs, à ce sujet, la guerre syrienne d'aujourd'hui – comme celle du Liban hier (1975-1990) –, n'est-elle pas aussi la conséquence du partage franco-britannique lors de la chute de l'Empire ottoman en 1918? Par ailleurs, le partage de la Mésopotamie15 puis l'indépendance de l'Irak (1930) se sont faits en considérant les communautés kurdes, chiites et sunnites, à l'exclusion de toutes les autres communautés non-musulmanes (comme en Syrie) tout juste tolérées, comme c'est le cas aujourd'hui après la troisième guerre du Golfe (2003-2011).

L'exclusion des identités et religions orientales au nom de l'arabité islamique

Ne s'agissait-il pas de la négation des identités culturelles et linguistiques ainsi que des frontières ethniques et religieuses,16 notamment celles des Kurdes et des communautés chrétiennes, au profit du panarabisme naissant? Depuis, la France – comme la Grande-Bretagne – s'est convertie à la promotion de cette notion de « monde arabe » et « arabo-musulman » dans une sorte d'allégeance au nom d'intérêts économiques et d'une politique étrangère arabe cynique, maintenant largement dépassée (surtout par les événements) et obsolète (du point de vue géopolitique). Ce panarabisme généralisé est devenu un fait accompli après la guerre d'Algérie de 1954-1962, et les hyper-nationalismes arabes sont devenus ensuite islamiques avec l'offensive de l'OCI d'obédience wahhabite, mais surtout avec l'idéologie de Sayyid Qutb vers les années 1960-1965 en Égypte.

Tariq Ramadan est bien conscient que depuis plus d'un demi-siècle, avec le nationalisme arabe nassérien faussement laïc, et depuis beaucoup plus longtemps encore avec cette injonction coranique, au nom de l'arabité islamique, on exclut de facto toutes les identités et religions orientales. C'est là une contradiction majeure chez le prédicateur (et ses coreligionnaires orientaux) :

  • D'une part, cette notion encourage une umma centrifuge et un panislamisme cannibale de toute altérité, de tout multiculturalisme et de tout pluralisme religieux non islamique; c'est la négation absolue de l'Autre dans sa différence identitaire.
  • D'autre part, elle prône paradoxalement, une autre distinction, celle d'une communauté-umma en devenir en Europe.

Le rouleau compresseur de l'islamisme

Cependant, dans une démarche faussement magnanime, il tente de se démarquer par rapport à cette notion problématique de « monde arabo-musulman » pour tenter de neutraliser l'aporie au profit de l'arabisation et l'islamisation progressives par épuration ethnico-religieuse, en introduisant cette périphrase gadget, piège qui passerait inaperçu et imposant la loi hégémonique monoculturelle ou uniculturelle du plus fort (du « monde majoritairement musulman »); l'Occident semble perdre de vue sa portée tragiquement nihiliste pour tous les non-musulmans.

L’Occident semble perdre de vue la portée tragiquement nihiliste de la notion de « monde arabo-musulman » pour tous les non-musulmans en Orient.

Les islamistes d'Égypte n'avaient-ils pas comme projet primordial de substituer définitivement à l'identité égyptienne métisse et interculturelle17; de la vallée du Nil, celle monoculturaliste importée d'Arabie au nom de l'islam arabe?

Même des auteurs égyptiens de confession musulmane se sont soulevés avec le peuple contre cet arabisme et cet islamisme dit « modéré »;18 ils ont condamné cette grave dérive qui exclut une fois de plus les Coptes, déjà privés depuis des siècles de leur langue maternelle par la contrainte de l'arabisation et de l'islamisation.

Tariq Ramadan cherche la promotion d'un monoculturalisme communautariste islamique qui ne permettrait plus à l'Europe de revendiquer son héritage culturel.

Dans le même temps et par une antithèse contradictoire de nature idéologique, Tariq Ramadan cherche la promotion d'un monoculturalisme communautariste islamique qui ne permettrait plus à l'Europe de revendiquer son héritage culturel.

Soulignons ici un trait récurrent de la pensée islamique : les musulmans s'autorisent en Europe ce qu'ils refusent depuis plus d'un millénaire aux non-musulmans en Orient à cause de leur différence identitaire.

Islamophobie et jihad idéologique ou la police de la pensée

On voudrait nous défendre la liberté de pensée

Aujourd'hui, si l'on ose critiquer l'islam politique à cause de ces dérives verbales et idéologiques inlassablement martelées dans les médias on est taxé d' « islamophobie ».19 C'est parfois le cas des médias français accusateurs, adoptant la sémantique islamiste dans l'ignorance ou la complicité de solidarité et d'allégeance en les répétant sans comprendre vraiment les enjeux tragiques sous-jacents et faire, semble-t-il, le jeu de la stratégie propagandiste des fondamentalistes déguisés en islamistes « progressistes et modérés. »

Islamophobie : les islamistes fondamentalistes ont lancé ce mot impropre et dissuasif, qu’on pourrait qualifier de « terrorisme de la pensée »

Tel est par exemple le cas du journaliste Claude Askolovitch,20 se faisant l'écho zélé des islamistes et le défenseur du « multiculturalisme pluri-religieux » en France : il oublie que ses coreligionnaires juifs sépharades (il se présente et parle en tant que juif) n'ont pas eu hélas du tout la chance d'en bénéficier durant le XXe siècle dans le Maghreb, en Égypte et au Proche-Orient, notamment en Palestine déjà hétérogène depuis la fin du XIXe siècle.

Quant au discours des intellectuels Français musulmans, il est souvent ambigu et contradictoire mettant l'accent et dénonçant celui de l'élite française – et qui serait une construction sans fondements? –, ou alors disculpant la classe populaire musulmane qui serait innocente du dit problème d'islamophobie;21 ces universitaires ne considèrent pas le discours musulman lui-même, un nombrilisme et une partialité que je dénonce ici.

Cependant, Alain Finkielkraut résume la logique du discours musulman en Europe ainsi : « Pour ceux-là [les musulmans de certaines factions] est islamophobe toute mesure qui entend soumettre les musulmans aux lois de la République, car ce qu'ils veulent, sous couleur de lutter contre le racisme antimusulman, c'est soumettre la République aux exigences de l'islam. »22

Néanmoins, Tariq Ramadan joue habilement avec les mots et les érige en notions épouvantails dans l'ambiguïté, la contradiction sémantique et la censure de la pensée. Ses propos pourraient à la rigueur flouer un Occidental qui ne serait pas au fait de cette stratégie biaisée du jihad idéologique.23

Mais pour des non-musulmans d'Orient tributaires d'un lourd et tragique héritage historique et culturel, ayant été victimes du fanatisme abject, de discrimination douloureuse et de persécution religieuse au quotidien, pourraient très bien renvoyer la balle à ces islamistes qui furent et restent hautement judéophobes, christianophobes et génocidaires des cultures et des religions. C'est le cas des Frères musulmans d'Égypte que notre prédicateur transforme en victimes, alors que c'est eux qui ont semé la sédition et les assassinats, la haine de l'altérité depuis les années 1940.

Monde arabe et musulman ou Monde arabophone multiculturel?

Nihilisme de la notion de « monde arabo-musulman »

Bien avant les Frères musulmans, particulièrement depuis le XVIIIe aux débuts de ce XXIe siècle,24 toute la stratégie des wahhabites et des sunnites fut l'hégémonie de l'ethnicité“raciale” arabe, de la langue arabe,25 et de la religion de l'islam bien au-delà des frontières de la péninsule arabique.

De fait, c'est depuis la conquête musulmane de l'Égypte (639-646) que cette triade unitaire et totalisante, monoculturelle et holiste s'est imposée par la suprématie et la dictature du « monde arabo-musulman » à tous les non-musulmans d'Orient.

Les Arabes en tant que peuple élu de l'islam n'ont-ils pas le Coran qui précise qu'Allah a livré son ultime révélation sur toute l'humanité en langue arabe?

La déconstruction de l'héritage ethnique et culturel copte

Le cas des Coptes est significatif à cet égard : il s'agit de la déconstruction active de leur « héritage culturel », celui de l'ethnicité, de la langue, et de la culture/la religion.26 Déjà, lalangue n'est plus que liturgique, la culture s'est arabisée au fil du temps (déculturation/acculturation) et l'ethnicité s'est dévoyée au contact « monde majoritairement musulman » activement prosélyte de l'ultime révélation en langue arabe. Ajoutons à tout ce qui précède les inégalités des droits des Coptes.27

La charia et l'identité « arabisante » furent introduites dans la constitution de 1971 par Sadate qui fit partie des Frères musulmans dans sa jeunesse. Ces discriminations furent renforcées par les Frères musulmans dans la constitution de 2012. Mais la vallée du Nil appartient-elle vraiment à la umma arabiya islamiya, la « Communauté-nation d'appartenance arabe et d'obédience islamique »? Affirmer cela c'est travestir l'histoire et faire abstraction de la multiethnicité et du multiculturalisme pluri-religieux que l'on réclame maintenant pour les musulmans d'Europe.

L'impérialisme d'un islam négateur de toute altérité

Tariq Ramadan avec sa périphrase gadget « monde majoritairement musulman » n'est plus à une diversion cynique près. Car cette expression ne peut plus s'appliquer à de nombreux pays du Proche-Orient et d'Afrique du Nord où de nombreuses minorités ont disparu et bien des identités gommées par l'impérialisme d'un islam arabe négateur de toute altérité et de toute pluralité. Tout cela s'est fait à coup de persécutions sauvages et d'épurations ethnico-religieuses à long terme, imposant l'islam et l'arabité par la force et la terreur.

Ruines - SyrieBeaucoup de ces épurations ethnico-religieuses remontent aux origines de la conquête islamique, et aux siècles suivants. Cela se répète une fois de plus en Syrie28 et peut-être à nouveau au Liban. Nous retrouvons le même phénomène au Soudan islamiste dans la continuité de l'État mahdiste islamique de la fin du XIXe siècle, entre 1881 et 1898 (voir plus bas, note), ainsi qu'en Irak, en Palestine, en Jordanie, au Yémen, dans le Sahel et en Afrique de l'Ouest. Ce fut également le cas dans les débuts de la seconde moitié du XXe siècle sous couvert d'un nationalisme arabe nassérien faussement laïc.

Tout cela s'est fait sous l'égide et la bénédiction tacite de la Ligue Arabe puis de l'OCI (Organisation de la Coopération Islamique; Organisation de la Conférence Islamique, créée en 1969); exit donc le Machrek et le Maghreb multiculturels pluri-religieux et multi-identitaires.Tout cela au profit de l'arabité nationaliste et islamique, c'est-à-dire l'hégémonie de idéologie monolithique et uniculturelle du « monde arabe et musulman ».

Le droit à l'égalité des Dhimmis-infidèles mécréants

Étonnant donc qu'on veuille maintenant répéter le même scénario en Europe, et que les islamistes exigent ce que leurs coreligionnaires ont refusé et combattu pendant des siècles au Machrek et au Maghreb multiculturels et pluri-religieux.

L'on nous assène volontiers que l'islam est une « religion de tolérance et de paix », mais tout ce qui se déroule depuis treize siècles, tant en Afrique qu'en Asie, démontre qu'il s'agit là d'un mythe et d'une imposture.29

La « tolérance » musulmane... au goût de l'intolérance et de la discrimination

D'ailleurs du point de vue sémantique, mais aussi de la prescription coranique, la « tolérance » requise par les musulmans d'Occident à coup de manifestations revendicatrices et de banderoles brandies au nom du « respect de la différence » est paradoxalement, tout juste uneindulgence à l'égard de l'infidèle juif et chrétien. Telle est la condition des “minorités” non-musulmanes mécréantes exclues de fait du « monde majoritairement musulman. »

La tolérance selon la définition islamique ne donne aucunement le « droit à l'égalité. 30 C'est tout simplement une autre forme du jihad idéologique, et qui tente de s'imposer en Europe en manipulant le sens de « tolérance » au profit de l'islam communautariste et du « droit aux minorités musulmanes en Occident. » Que Tariq Ramadan, et les islamistes « modérés » de France et d'Europe, commencent par revoir ces définitions sélectives et de remédier au double langage, la taqiya au nom du jihad idéologique.

Car c'est bien trop souvent (et non « parfois ») que les « droits à l'égalité » des juifs et des chrétiens31 sont bafoués en Orient, comme dans le passé proche et lointain. Évidemment ces droits sont bafoués exclusivement à cause de certaines interprétations de l'islam, et ce sont les nombreuses injonctions du Coran qui font que juifs et chrétiens sont discriminés, contrairement à ce que soutient Tariq Ramadan.

Ne pas voir l'évidence

D'ailleurs, n'avons-nous pas des prédicateurs islamiques en France qui soutiennent qu'il n'y a pas de persécutions chrétiennes en Orient. Leurs propos révèlent leur mauvaise foi quant au présent et leur amnésie totale de l'histoire.32 Un autre prédicateur parisien, pourtant connu pour prêcher un « islam de tolérance et de paix », déclare sans sourciller que la vallée du Nil est « terre d'islam »?33 Exclusivement?

Or la vallée du Nil n'est ni islamique ni ethniquement arabe; elle est métisse et interculturelle (le fameux mythe à abattre celui de l'uniculturalité arabe). Par contre, la notion de « terre d'islam » est devenue une réalité pour tout le Maghreb judéophobe qui a pourchassé ses juifs implantés en Afrique du Nord depuis des siècles (plus de 800.000; sans compter ceux d'Égypte et du Proche-Orient). Ceux-ci ont été poussés au départ durant le XIXe et le XXe siècle sous prétexte d'antisionisme, mais évidemment aussi au nom du Coran antijudaïque.34 Ce Maghreb nie, par ailleurs, la berbérité au nom de la toute puissante arabité et pratique la déculturation des berbérophones au nom de l'arabisation.

De l'amnésie historique séculaire des Arabes

Assurément, le « monde arabe et musulman » est amnésique de son histoire hégémonique et de son impérialisme sanglant;35 il lui manque de faire son mea culpa à l'instar de l'Europe.

Les conversions forcées et faire table rase

 

Assurément, le « monde arabe et musulman » est amnésique de son histoire hégémonique et de son impérialisme sanglant; il lui manque de faire son mea culpa à l'instar de l'Europe.

À ce titre, l'exemple de la conversion massive à l'islam de la région nubienne (et du nord du Soudan) entre le XIVe et XVIe siècle est significatif;36 c'est un cas de figure qui s'est répété aujourd'hui entre le Soudan-Nord, musulman, et le Soudan-Sud, chrétien et animiste, ainsi que dans le Darfour pourtant entre musulmans cette fois-ci.37

En Nubie, l'église “royale” de Dongola fut remplacée par une mosquée vers 1350, la cathédrale byzantine de Kasr Ibrim consacrée à la Vierge Marie au VIIe siècle fut détruite au XVIe. La Nubie, noire et africaine, est devenue royaume musulman vers la seconde moitié du XIVe siècle.

Les nombreux édifices chrétiens de Nubie sont désormais des sites archéologiques en ruines. La conquête arabe islamique ne laisse généralement après son passage que la désolation. Les conquérants s'adonnent aux conversions forcées par la terreur, les massacres, les viols et l'esclavage. Le cas des Nubiens vendus au « marché aux esclaves » de Djeddah ou celui du Caire (Bab el-ʿAbid) est significatif.

L'esclavage par les Arabes a été le plus virulent et le plus durable

C'est là un autre mythe qu'on occulte soigneusement en dénonçant unilatéralement l'esclavage occidental (qui est évidemment à déplorer), alors que celui des Arabes fut encore bien plus virulent et plus durable (dès les débuts de la conquête).

Afrique - EsclavageIl s'est pratiqué dans tout le Sahel/Sahara, le Soudan, l'Afrique du Nord jusqu'au Mozambique et Zanzibar (arabe : barr el-Zenj, « la Côte ou Littoral des Nègres »).38 Cet esclavage est purement et simplement ignoré par les Arabes, qui feignent d'ignorer qu'il est encore pratiqué dans certains pays du Proche-Orient, en Afrique subsaharienne et en Mauritanie.

De très nombreux exemples de massacres et de conversions forcées peuvent être donnés; c'est là un des traits de la civilisation musulmane qui s'est généralement imposée par des génocides culturels et religieux; il faut avoir le courage de le dire! Le génocide arménien de 1915-1916 fut perpétré par les Ottomans au nom de l'islam, tout comme le massacre des Assyriens (env. 275 000 morts) en 1915 à l'est de l'Empire ottoman, et le génocide des Grecs Pontiques (1916-1924) qui a fait entre 350 000 et 500 000 morts.39 En Syrie, durant l'année 2012 et la première moitié de 2013, des églises et édifices chrétiens ont été profanés ou détruits par centaines40 au nom du jihad islamique des combattants barbares de Jabhat al-Nosra (“Le Front de la victoire”).

Les islamistes à l'oeuvre aujourd'hui

- Pakistan" alt="Haute-Égypte - Pakistan" height="269" width="335" src="http://www.pointsdereperes.com/sites/default/files/images/articles-contenu/haute-egypte-pakistan.jpg" class="droite-1" />C'est ce que les Frères musulmans ont tenté d'exécuter contre les Coptes d'Égypte en août 2013 : destruction massive d'églises (dont historiques du Ve et VIIIe siècles), spoliation des biens de chrétiens, viols, meurtres, terreur, etc., afin de provoquer la guerre civile confessionnelle.

Tout cela est loin d'être nouveau dans la vallée du Nil et dans de nombreux pays du monde à « majorité musulmane »;41 c'est ainsi d'ailleurs que le christianisme est devenu minoritaire dans ces pays. Après tout cela, les islamistes de France et leurs alliés osent prétendre que l'intervention de l'armée égyptienne mettant un terme à ce projet insensé et criminel fut un coup d'État militaire?

L'art de cacher le réel

Plutôt de reconnaître leurs torts, les Arabes amnésiques de l'histoire sanglante de leurs conquêtes colonialistes invoquent l'« unité des musulmans et des chrétiens ». Pour mieux occulter les pogroms passés, on pratique la propagande mensongère de « treize siècles de cohabitation pacifique ».42

Cette langue de bois diplomatique et ce négationnisme relèvent de la taqiya. Comme si dans l'esprit musulman arabe, le mythe des conversions pacifiques et paisibles à l'islam allait de soi. On ne décèle même pas la contradiction logique et historique entre cette dite « cohabitation pacifique » avec les non-musulmans et cette monoculturaliré de nature religieuse, la fameuse arabité-musulmane que l'on martèle!

À cet effet, il faudrait que tous les pays arabophones cessent de falsifier les manuels scolaires, exclusivement consacrés à la gloire de la civilisation musulmane et d'amputer leur histoire de pans entiers du passé antéislamique et des siècles qui ont suivi leur conquête. Mais c'est là un rêve face à une “schizophrénie” culturelle et historique caractérisée par l'ambivalence paradoxale d'une pensée qui a perdu tout contact avec les réalités historiques.


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