© IBRAHIM CHALHOUB / AFP

Face à la flambée du terrorisme au Pakistan, en Syrie, en Egypte, au Kenya, au Nigéria et ailleurs, des voix s’élèvent pour demander aux musulmans de condamner les atrocités commises au nom de l’islam


       Carnages au Pakistan, dans le centre commercial de Nairobi au Kenya, dans des écoles et dans des églises au Nigéria, bains de sang en Syrie, violences en Égypte…l’actualité abonde d’épisodes de la violence terroriste contre des musulmans modérés ou d’autres confessions (chiites, alaouites, druzzes…) et contre des chrétiens.
 
Pourtant les printemps arabes, menés conjointement par des musulmans et des chrétiens avaient permis d’espérer en un avenir meilleur, constate sombrement le père jésuite Samir Khalil Samir, jésuite, spécialisé en dialogue islamo-chrétien, professeur à l'université Saint-Joseph de Beyrouth et à l'Institut pontifical oriental de Rome, dans un article publié par AsiaNews, signé Samir Khalil Samir.
 
Voici quelques extraits de cet article traduit par Radio Vatican :
 
(…) On a l’impression d’être revenu quelques années en arrière, pendant l’occupation américaine et internationale en Irak avec des exécutions, des décapitations, des voitures piégées même pendant les célébrations religieuses. Dans les faits survenus - en Égypte, au Pakistan, au Kenya, en Syrie - le point commun est le terrorisme et le fait que ce sont tous des terroristes islamiques.  (…) Dans certains cas ce sont les sunnites qui attaquent les chiites ; parfois ils attaquent la police, symbole de l’ordre qu’ils veulent détruire ; dans la plupart des cas, ils attaquent les chrétiens. (…)
 
(…) Ce sont des terroristes prêts à risquer leurs vies pour donner la mort à d’autres, sans aucune explication. Leurs attaques sont perpétrées contre des innocents, contre des catégories considérées comme ennemies : les musulmans chiites ou ahmadis mais le plus souvent contre des chrétiens. 
 
Toutes ces personnes font face à des situations difficiles. En Somalie, d’où proviennent les Shebaab, responsables du massacre à Nairobi, le problème se situe entre musulmans (vu qu’il y a un nombre limité de chrétiens) mais ils exportent leurs problèmes au Kenya avec l’excuse que Nairobi aide le gouvernement somalien à reprendre le contrôle du pays. La motivation est politique mais quelle que soit la motivation exprimée, celle-ci est toujours traduite en violence. Et le pire est qu’elle s’exprime comme une violence commise au nom de l’islam.
 
Quelle est la réaction des musulmans ?
 
Dans certains cas ceux-ci disent : C’est inacceptable ! Mais à quoi ça sert de dire cela ? Qu’est-ce que l’on fait pour arrêter ces groupes ?
(…) Le premier ministre pakistanais Nawaz Sharif a également condamné l’attaque suicide [contre une église] en disant « les terroristes n’observent aucune religion ». Ceci n’est pas correct : la religion des terroristes est déclarée, et comment ! Ils se déclarent islamiques. Ils prétendent même être de vrais islamiques qui appliquent fidèlement la charia. Malheureusement, les musulmans modérés, presque comme une manie, cherchent à tout atténuer, en éloignant les critiques de l’islam, en disant que les terroristes « n’ont pas de religion », ou qu’ils « ne sont pas de vrais musulmans car l’islam est une religion pacifique, l’islam est la religion de l’équilibre ( din al-wasat) et elle ne peut pas être extrémiste ! » 
(…) Chaque semaine il y a de nouveaux groupes fondamentalistes qui naissent, inspirés par l’islam, dirigés par des imams qui les guident ou qui les soutiennent dans l’utilisation de la violence contre les chrétiens ou contre certains groupes musulmans ou contre les mécréants (kuffār). La majorité des musulmans dit : « Ce n’est pas le vrai islam ! » Mais alors il faut lutter contre cette fausseté, il faut donner des indications précises, demander à la police d’arrêter ces massacres.
 
Les terroristes sont guidés par de vrais imams, cultivés et fanatiques 
 
(…) C’est un fanatisme islamique sous différentes formes. C’est contre cela que doivent protester surtout les musulmans et pas seulement par des paroles. À la base de ce comportement des terroristes il y a l’enseignement de certains imams qui les forment aux disciplines islamiques, qui les guident, qui les soutiennent, qui les éduquent jusqu’à leur donner l’ordre de tuer.
Tant que l’on ne dénoncera pas ce comportement comme de la responsabilité de l’islam et que ceux qui se taisent sont d’une certaine manière complices, cela ne servira à rien de dire que nous ne sommes pas d’accord avec la violence, même si par après on console les familles des chrétiens tués. Ces considérations valent pour le Pakistan, le Kenya, l’Egypte et la Syrie. (…) 
 
Des propos qui trouvent une consonance dans les paroles d’Anwar Ibrahim, responsable islamique en Malaisie, à l’occasion de la rencontre internationale organisée ces jours-ci à Rome par la communauté de Sant’ Egidio, intitulée « le courage de l’espérance : religions et cultures en dialogue  » : « Que les musulmans dénoncent les violences faites aux minorités chrétiennes …qu’ils dénoncent ces atrocités et défient ces musulmans qui combattent les chrétiens ». 

Cette rencontre annuelle organisée par la communauté de Sant’Egidio a réuni à Rome du 29 septembre au 1er octobre, plus de 400 représentants des grandes religions et de la vie politique et culturelle européenne et mondiale, de soixante pays.
 
Pour sa part, le pape François, dans le sillage de ses prédécesseurs, a rappelé qu’aucune religion « ne saurait justifier le recours à la violence quelle qu’elle soit », et appelé tous les représentants des grandes religions à « ne pas se résigner devant la douleur de peuples entiers, otages de la guerre, de la misère, de l’exploitation », à « ne pas assister, indifférents et impuissants, au drame d’enfants, de familles, de personnes âgées, atteints par la violence ».
 
« Nous ne pouvons pas laisser le terrorisme emprisonner le cœur de quelques violents pour semer la douleur et la mort chez tant de personnes. Disons tout particulièrement avec force, tous, continuellement, qu’il ne peut exister aucune justification religieuse à la violence. », a-t-il ajouté.
 
Lire tout  le discours du pape traduit en français par Zenit :http://www.zenit.org/fr/articles/il-ne-peut-y-avoir-de-justification-religieuse-a-la-violence

 

 

http://www.aleteia.org/fr/societe/article/terrorisme-islamique-musulmans-indignez-vous-5699535418425344

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