Une application pour mobiles débusque la viande halal

Trois Français ont mis en ligne un logiciel permettant aux consommateurs de ne plus manger de la viande issue de l’abattage rituel sans le savoir. L’initiative ravit la droite identitaire.

Image: Keystone

«Vérifiez-abattage». C’est le nom d’une application disponible sur Android, et bientôt sur iPhone, qui a connu l’honneur équivoque d’être mise en avant cette semaine par le fdesouce.com, l’un des principaux sites anti-islam de France. Depuis, de nombreux sites ou blogs identitaires s’en sont fait l’écho, jusqu’à un forum de partisans de Marine Le Pen à la présidentielle française.

Le principe? Pour savoir si la viande achetée par le consommateur est issue de l’abattage rituel (halal ou kasher), l’utilisateur n’a qu’à glisser un numéro d’abattoir, qui figure sur les emballages de viande, dans l’application. Le logiciel se charge ensuite de garantir à ses utilisateurs que l’animal est issu d’un abattoir dans lequel les bêtes sont étourdies ou non avant leur mise à mort.

Motivations diverses

Le logiciel est-il destiné aux amis des bêtes ou aux «anti-islams»? Contacté par le matin.ch, Matthieu, l’un des auteurs de l’appli, refuse d’entrer dans une de ces cases. Les concepteurs ont voulu créer un outil fédérateur de diverses motivations, explique cet étudiant de l’Est de la France. Parmi celles-ci, l’attachement au «principe de laïcité», et donc à ne pas financer «un culte à son insu», et le droit à ne pas manger une viande qui serait plus facilement porteuse de risques sanitaires qu’une autre. L’étudiant explique que de tels dangers ont mis en lumière par une émission de télévision du service public, en France. Pour rejeter «toute idée de stigmatisation», les termes halal et kasher ont été évités sur le site de «Vérifiez-abattage» et dans l’application, précise le jeune homme.

Cela n’empêche pas Fabrice Robert, président du Bloc identitaire, de célébrer le fait que d’autres continuent un combat dont son mouvement a été «le précurseur», selon lui. «Cela fait des années que l’on dénonce qu’on nous vende du halal sans nous le dire. Prenez les repas dans les avions d’Air France, c’est garanti sans porc. Est-ce à nous de nous adapter aux autres ?» Lui aussi voit dans la généralisation du halal une manière de financer les mosquées et l’islam.

Contactés mercredi, la Grande Mosquée de Lyon ainsi que divers annuaires web réservés aux magasins vendant du halal n’ont pas répondu à nos questions. Jeudi, le blog.paris-halal.com, qui recense les établissements halal dans la capitale française a toutefois jugé le projet «louable» et « totalement désintéressé».

 

 

 

 (Le Matin)

 

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